CHAPITRE XII
LE PARLEMENT INCENDIÉ — LA POPULACE INSULTE LORD ELGIN — LA MAISON DE LAFONTAINE SAOCAGÉH,
Dans l’après-mic' du 25 avril 1849, le gouverneur se rendait au Parlement pour donner l’assentiment royal à un certain nombre de projets de loi: entre autres à celui qui avait soulevé de si Apres discussions. La foule hostile à ce projet, avait envahi les abords du Conseil législatif pour s'assurer si lord Elgin oserait accéder à l'avis de ses ministres. Dès que le greffier eût énoncé ce titre : Bill à l'effet d'indemniser Ceuæ qui ont subi des pertes durant les troubles politiques, un murmure sinistre éclata dans la tribune. C'était le signal de l’émeute, Lorsque le gouverneur parut à la porte du Parlement pour monter en voiture, il fut assailli par une grêle d’œufs gâtés et de pierres lancées au milieu des hurlements de la multitude.
Ce n’était pas seulement la populace qui se livrait à cette démonstration ; il Y avait dans la cohue des hommes de lettres et des députés de marque. i’un des fauteurs de l’émeute occupa plus tard un poste élevé dans l’administration. Pour atténuer la portée de l’insulte faite au gouverneur, quelqu'un s'étant permis de lui dire : “C’est la ca-
naille qui vous attaque ”, s’attira cette repartie : “ Oui, la Canaille en habit fin. ”
absents ss
Quelques heures après cette scène déshonorante, la Gazette de Montréal conviait dans les termes suivants ses amis à la recommencer :
“ Les personnes qui s'étaient assemblées dans les environs du Parlement, apprenant ce qui venait de se passer (la sanction du bill d’indemnité) éclatèrent en hurlements, cris de rage et d’indignation, contre le “ dernier gouverneur du Canada.” Quand lord Elgin (il ne mérite plus le nom d’Excellence) reparut en ville, en sortant de la Chambre du conseil, il fut reçu par les sifflets, les grognements et les cris d’indignation de la foule. On lui lança des œufs pourris ; lui et ses aides de camp furent arrosés de cette liqueur savoureuse, et toute la voiture fut cou-, verte du contenu des œufs et de boue. Quand la provision d'œufs fut épuisée, on se servit de uierres pour saluer le départ de la voiture ; lord Elgin s'enfuit au milieu des sifflets et des malédictions de ses compatriotes.
“ Ecoutez-nous, Anglo-Saxons ! vous devez vivre pour l’avenir, votre sang et votre race seront désormais votre loi suprême, si vous êtes vrais à vous-mêmes. Vous serez Anglais, “ dussiez-vous n’être plus britanniques”. A qui et quelle est votre allégeance maintenant ? Que chaque homme réponde pour lui-même. Le pantin entre les mains de LaFontaine doit être rappelé ou repoussé par le mépris universel du peuple.
“ Dans le langage de Guillaume IV, le Canada est perdu et livré. ”
“ Une multitude doit s’assembler sur la Place d’armes, ce soir, à huit heures. Anglo-Saxons, au combat, l’heure est
arrivée, ”
Tel fut le premier acte du drame de l'émeute qui terrifia
Montréal en ces jours néfastes. Le soir, l’appel au peuple réunissait sur la Place d'armes des centaines d'individus, trop heureux de manifester leurs haines nationales. Pour exalter les esprits et enflammer les colères, des agitateurs Prononcèrent des discours féroces ; C'était verser de l’huile sur le feu du fanatisme. A un mot d’ordre, les émeutiers se portèrent, poussant des cris, vers les édifices du Parlement. La Chambre discutait tranquillement un projet de la loi de M. LaFontaine, tendant à améliorer l’administration de la justice, lorsque l’armée du désordre parut sous les murs. Une grêle de pierres qui brisent les carreaux des fenêtres signale son arrivée sinistre. Les députés désertent leurs sièges et se réfugient dans les corridors bientôt envahis par l’émeute. Au milieu du désordre général et de l’effroi des députés, le cri “ au feu, au feu ! ” retentit soudain: l’incendie éclate sur quatre points à la fois. Une heure plus tard, il ne restait plus que des cendres fumantes du monument parlementaire. La soif de destruction de la multitude n’est pas encore assouvie ; elle se dirige vers la résidence de LaFontaine, Tout ce qu’elle contient est brisé, saccagé; le feu est mis aux étables et l’arrivée de la police sauve seule la maison de l'incendie.
Et c’étaient les forcenés, auteurs de tous ces actes de vandalisme, qui traitaient les Canadiens de rebelles, parce que quelques-uns d’entre eux s'étaient trouvés un jour les armes à la main, à la suite de Provocations inouies! Ces misérables ne s’apercevaient pas qu’eux-mêmes s’insurgeaient Sans Cause contre l'autorité ! Le fanatisme s'était à ce point
emparé de leur esprit qu’ils avaient perdu toute notion du sens commun.
Au mois d’août 1849, près de quatre mois après l’incendie du Parlement, l’émeute reprit encore son œuvre à Montréal; et c’est à ce moment que se place le dernier épisode de ces événements durant lesquels il était si périlleux de maintenir les droits de la justice. Quelques jours avant le 12 août, un ami de LaFontaine, Charles Coursol, informé d’un complot dirigé contre la vie du premier ministre, se concerta avec quelques citoyens pour le déjouer.
D’après les renseignements fournis à Coursol, les orangistes, auteurs du complot, devaient mettre le feu à sa maison et essayer, à la faveur du trouble et de la confusion suscités par l'incendie, d’assassiner le premier ministre. Comme on ne savait ni le jour ni l’heure de l’attaque, Coursol s’associa le colonel E.-P. Taché (plus tard Sir Etienne), alors ministre des terres de la couronne, pour parer à toute éventualité. Le premier ministre leur accordait pleine autorisation à cette fin. Les deux amis eurent bientôt placé la demeure en état de défense. Barricader portes et fenêtres au rez-de-chaussée, installer des tables au second étage, sur lesquelles s’alignaient des fusils chargés, poser des paillasses aux ouvertures fut le premier soin des défenseurs. Ils firent ensuite appel au dévouement de quelques intimes qui promirent leur concours opportun si les ennemis de LaFontaine en venaient à leur coup de force. L’audace les y conduisit bientôt. Dans la soirée du 15 août, une bande de factieux hurlant comme de vrais démons, proférant des menaces de mort contre LaFontaine, défile dans la rue de l’Aqueduc et se dirige vers sa demeure. Au milieu des vociférations retentissent des coups de revolver.
Les plus audacieux des émeutiers escaladent le mur et s’apprêtent à sauter dans la cour, quand à la suite d’une
; ils prennent la alors neuf heures,
t l’autorité Militaire n’ay
ait pas fait même, elle avait été prévenue de
qualité de corone collègue M. Jones, sur les ca ment à l'heure de la
se renseigner sur la marche de r Permit de tenir ]’
Main. Elle commença d’abord au marché Bonseco se Continuer à Phôtel Cyrus
d’hui l'hôte] Riendeau. A
Î ara dans Phôtel, ;
Que faire en face d’ qui, depuis deux mois, Cuns qualifiaien la “ Gazette »”
une telle audace ?
quête à Sain état quasi insurrectionnel de la ville. Le Coroner représenta
qu’une telle Conduite ressem- ————__…
Présent par hasard à lhôtel, il , la foule hurlante d’un ramassis d'orangistes étonnés de son
blerait à une fuite devant l’émeute ; que, si l’autorité lui concédait pleine liberté, l'enquête se terminerait à Montréal ; le gouvernement s’en remit à sa discrétion. Coursol requiert sur-le-champ le maire de Montréal, M. Fabre, de mettre la police municipale à sa disposition. Sur le refus de ce dernier d’obtempérer à sa requête, vu la faiblesse de ce corps, il somme le commandant des troupes de lui donner deux compagnies de soldats pour protéger l'administration de la justice. Coursol fait annoncer la reprise de l’enquête dans le corps de garde, situé alors rue Notre-Dame, à peu de distance du monument Nelson. À l'heure indiquée, il est au poste, et lorsque la canaille turbulente se présente pour intimider les jurés, elle reste figée d’effroi en voyant, autour du corps de garde, deux cents soldats la baïonnette au fusil. Tout marche dès lors au gré du coroner ; les ennemis essaient en vain de prouver qu’il était sous le toit de LaFontaine au moment de l’attaque de son domicile, qu’il a dirigé le feu, que c’est un scandale de le voir juge de sa propre cause. Il établit un alibi sans peine et fait rendre ensuite aux jurés — huit Anglais et quatre Canadiens — un ver- ” diet impartial. Ce verdict déclare que Mason a été tué d’un coup de feu, tiré par une main inconnue. La conduite énergique de Coursol lui mérita les félicitations de tous les honnêtes gens et surtout celles de l’honorable M. Blake, père de l’honorable Edouard Blake.
Ce dénouement si raisonnable n’agréait point aux fanatiques qui voulaient atteindre LaFontaine en incriminant ses amis. Dans tous ces troubles de 1849, c’est lui seul que cherche et vise la haine. La Minerve rapporte que, sur son lit de mort, le jeune Mason avait fait l’aveu que l'intention des émeutiers, dans la nuit du 16 août, avait été de s’empa-
PARLIAMENT HOUSE, Taken while burning on the night of the hours after the G