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AVIS DE L'AUTEUR

Le volume Lafontaine et son temps ‘que l’auteur offre aujourd’hui à un public dont il apprécie la bienveillance passée, est la suite de Papineau, publié l’an dernier.

Dans leur continuité, ces deux volumes forment la majeure partie d’une histoire politique du Canada, qu’une troisième étude, Cartier et son temps, viendra compléter.

L'auteur a trouvé, dans les bibliothèques publiques et les collections particulières, une foule de lettres et de documents inédits qui l’ont aidé à tracer un portrait aussi complet que possible de LaFontaine, la plus grande figure d’une des plus belles parties de notre histoire.

C’est un plaisir pour l’auteur de s’acquitter ici d’une dette de reconnsissance à l'égard des personnes qui lui ont ouvert leurs bibliothèques. Ses remerciements s'adressent, en particulier, à Madame Joseph Turgeon, fille de feu le Juge Amable Berthelot, l’ami intime et le confident de LaFontaine ; au Principal de l’Ecole normale Jacques-Cartier, M. l’abbé Dubois ; à M. Joseph Girouard, 1e Saint-Benoît, ancien député, fils de M. Girouard, un autre ami de LaFontaine et enfin au Dr Doughty, conservateur des archives du Canada.

ATTITUDE SPÉCIALE DE LAFONTAINE DANS NOTRE HISTOIRE.-— L’IDÉE QUI L’INSPIRE AINSI QUE SES SUCCESSEURS.

LaFontaine occupe une place à part dans nos annales politiques. L'importance d’hommes d'Etat comme Papineau, Cartier et Dorion, se mesure plutôt sur les préférences de parti, tandis qu’il est avéré que libéraux et conservateurs se réclament concurremment de LaFontaine, et prétendent s'inspirer également de ses doctrines. Ainsi l’unanimité des suffrages s’est faite sur son mérite, et sa mémoire rayonne de l’éclat de la gloire nationale la plus incontestée. C’est un phénomène assez rare pour que l’historien en fasse état ; et, si l’on vient à étudier la physionomie de LaFontaine à la clarté des faits, le phénomène s’explique de soi avec une logique toute naturelle.

En effet, élu tacitement chef des Canadiens, au lendemain du départ de Papineau pour l'exil, LaFontaine a longtemps mené au combat la phalange unie de ses concitoyens ; mais, dès qu’il aperçut la désunion s’insinuer dans les rangs, il abdiqua le commandement. Avant de

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A ce sujet, il convient de faire remarquer que les Franco- Canadiens, à travers toutes les vicissitudes de leur histoire, ont eu la bonne fortune d’avoir une suite de chefs désignés par des qualités spéciales et appropriées aux nécessités du jour, pour les diriger et leur faire tirer le meilleur parti possible des contingences de la politique. En jetant un coup d’œil rétrospectif sur notre passé, on voit ce phénomène s’accuser en un fort relief. Papineau ne s’était-il pas avancé à la tête des siens, avec des aptitudes éclatantes, une éloquence sans rivale, dans un moment où manquant de confiance en eux-mêmes, regardés par les Anglais comme une race inférieure, il était urgent de donner à ce petit peuple dédaigné le plus de prestige possible aux yeux de ses détracteurs et de lui faire prendre conscience de sa force ? Une tactique savante lui valut la maîtrise absolue de la province jusqu’à l’heure où, perdant patience, il laissa ses colères s’exaspérer devant la résistance obstinée de l’oligarchie, et pousser sa cause à une Catastrophe, Pour nous comme pour tant d’autres la liberté devait se payer par le tribut du sang. Puis paraît LaFontaine; la partie, compromise par la violence et perdue sur le champ de bataille, est reprise sous sa direction avec une stratégie nouvelle. :A la fois ferme et conciliant, esprit détaché du moindre intérêt personnel, il n’hésite pas à repousser les avances du pouvoir lorsque, tout en caressant ses ambitions, elles ne sont pas assez complètes pour répondre aux aspirations populaires. Sous son commandement, de 1841 à 1851, c’est encore la bataille constitutionnelle qui se poursuit. On aperçoit bien la victoire dans le lointain : l’ennemi battu recule,

rageur, et brûle ses dernières Cartouches en épuisant son fanatisme dans les émeutes de 1849.

Après LaFontaine arrive son SuCCesseur, Cartier : bien Jui qui prit la suite de P

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A l’heure présente, nous avons touché une de ces étapes de la course d’un peuple qu’on ne doit pas franchir sans bien déterminer préalablement vers quel but nouveau il convient de se diriger. Régler aujourd’hui les rapports politiques de la Grande-Bretagne et de la plus puissante de ses colonies, que le gouvernement anglais vient de convier à prendre rang parmi les nations, n’est pas une affaire de politique courante ; c’est une tâche qui relève plutôt de la diplomatie que des rapports ordinaires d’un gouvernement avec ses colonies. Il était d’usage jadis que la mère patrie s’engageût dans la voie qui lui convenait, et le Canada était tenu de suivre. En 1846, Robert Peel, sans se préoccuper de nos intérêts, donnait le libre-échange à l’Angleterre, :iévolution économiqre qui produisit une grande perturbation dans nos affaires. En 1870, le gouvernement impérial, sans nous consulter, décidait de retirer ses troupes du Canada, au moment où nous menaçait une invasion fénienne provoquée par la persécution de l’Angleterre en Irlande.

Cette forme d’égoïsme a vécu, et M. Chamberlain l’a sans doute aussi compris, en présence du refus de sir W. Laurier de mettre le Canada à la remorque de l’Angleterre, en vertu de prétentions qui faisaient passer les intérêts de la Grande-Bretagne avant ceux de notre pays, si elles ne les ignoraient pas dans une proportion démesurée. Le plan Chamberlain, sous le déguisement d’un impérialisme qui n’était pas sans grandeur dans sa conception, présentait de séduisants appâts aux esprits superficiels. Concentrer les forces de la mère patrie et celles des colonies, dans le dessein de créer un vaste empire aussi puissant dans la paix que dans la guerre; envelopper avec l’aide

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INTRODUCTION T avait à élaborer une œuvre de conservation en présence d’ambitions visant à une prépondérance qui ne pouvait s’établir que sur notre écrasement. La postérité tiendra compte à nos hommes d’Etat d’avoir su maintenir l’équilibre entre des forces sociales trop disposées à le rompre.

Il est rare que la sagesse humaine puisse exercer une action exclusive sur le cours des événements; ils paraissent être souvent la résultante de causes mystérieuses supérieures à notre entendement, ou tout au moins en dehors de sa portée. Cependant, la suite de notre histoire nous montre LaFontaine et ses amis faisant obstacle à la mise à exécution d’un plan savamment conçu dans une pensée hostile à notre existence. Il le détourne de son but et en tire un parti avantageux. Cette évolution forcée s’est accomplie, comme sans effort, à la gloire de ceux qui l'ont dirigée. La pensée dominante de nos fondés de pouvoir avait à faire front de deux côtés : vers l’intérêt général du pays et vers notre intérêt spécial en vue de notre vie propre dans l’existence commune ; mais cette aspiration spéciale des Canadiens s’appuyait tellement sur un idéal de justice qu’elle put s’adapter à toutes les contingences et à toutes les nécessités d’une situation fort complexe. Cette noble ambition a dominé l'esprit de nos chefs pour rendre leur force indomptable. Les politiques d’aujourd’hui et ceux de demain devront puiser leur inspiration à la même source, s'ils ambitionnent les mêmes succès.

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