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CHAPITRE I

DÉBUTS DE LAFONTAINE DANS LA VIE PUBLIQUE — VIOLENCÆ APPARENTE DE SON TEMPÉRAMENT — 11, ATTAQUE LES MONDELET

Entachés d’une violence de langage presque extrême, les débuts de LaFontaine dans la carrière font assez mal augurer de son avenir, Certes, ses antécédents, alors qu’il était aux ordres de Papineau, ne laissent pas entrevoir dans l’'agitateur de 1834, l’homme à la fois ferme et coneiliant, penchant à la modération, qui rendit possible le régime de 1840. LaFontaine, premier lieutenant de Papineau, est un exaspéré, un libéral, et même de son propre aveu, un radical. Il est vrai que, à cette époque, il n’est pas encore luimême. Maîtrisé par l’ascendant de son chef, il fait abstraction de ses idées Pour s’assimiler celles du grand tribun. La jeunesse explique cette sujétion et Pair ambiant si enflammé, la violence de ses paroles. Sa manière des jours révolutionnaires se reflète dans un pamphlet : les Deux Girouettes. Ce pamphlet, il le lançait, en 1834, Pour dénoncer la prétendue trahison des deux frères

10 pbéBurs pe LAFONTAINE DANS LA VIE PUBLIQUE

Ylondelet, Dominique et Charles, coupables devant les patriotes, d’être Passés au parti de lord Aylmer, Ce lourd réquisitoire vise à être violent dans le fond et ne l’est réellement que dans ses gros mots. Aux yeux de l’auteur, il es qu’il y

vaient pu-

Argus, journal aussi ar-

leurs opinions, vilier et à u plus justement celles

voulait bien la voir ?

Quoiqu'il en soit, les Mondelet, ayant censuré comme géditieux et révolutionnaires les fauteurs des Quatre-vingtdouze Résolutions ”, LaFontaine bondit sous le coup de l’outrage, fonce sur les ennemis, et de l’encre la plus vitriolée écrit les Girouettes, pamphlet destiné à terrasser les “traîtres”, Cette tâche lui semble facile ; il s’y emploie avec rage en soixante-treize Pages, long travail qui l’entraîne à des redites sans fin. Cent lignes auraient suffi à Ja démonstration, mais Papineau et ses lieutenants, grisés Par leurs colères concentrées, pleins de leur sujet, croÿaient ne rien faire s’ils ne parlaient ou n’écrivaient longuement. Puisant à pleines mains dans l’Argus qui, en 1826, dénonçait le Bouverneur Dalhousie et sa bande, traitait les Anglais d'étrangers, de “ Parvenus ”, de “ rapportés ” qui viennent dans ce pays allumer le feu de la discorde, de reptiles venineuT qui outragent tout ce qui est canadien, pour rapprocher

ces propos de ceux que tiennent les Mondelet de 1884 à l’endroit des Canadiens, traités à leur tour de rebelles et de révolutionnaires, LaFontaine les interpelle pour savoir quel vent à fait tourner les Girouettes ? La réponse s’impose ; c’est le vent de la faveur qui, soufflant du Château Saint-Louis, a fait glisser la toge de conseiller exécutif sur les épaules de Dominique Mondelet.

LaFontaine prend un malin plaisir à énumérer les contradictions de ses deux amis du temps passé, Cent fois il a prouvé leurs changements d’opinion ; il revient encore à la charge. Il se plaît à rappeler, avec une ironie discutable, qu’il fut un temps où les idées de Mondelet étaient aussi avancées que les siennes, “J'avais toujours cru, Dominique, vous avoir convaincu dans nos conversations amicales que j'étais un aussi bon patriote et un radical aussi sincère que vous”. Ce n’est pas tout, Mondelet ne doit pas avoir perdu le souvenir d’un dîner où il était présent avec LaFontaine. “ A cette fête, une quarantaine de radicaux, Dominique Mondelet à leur tête, portent les trois couleurs à la boutonnière, en signe de sentiments libéraux. ”

Dans sa fureur d’extermination, LaFontaine s'attaque aussi aux Canadiens de la société, hôtes habituels du Chàteau Saint-Louis et qui, malgré leur flagornerie, ne trouvèrent pas grâce devant Dalhousie, ce gouverneur les ayant un jour sacrifiés à ses haines nationales. La proscription générale enveloppe, dit notre pamphlétaire, jusqu’à notre petite aristocratie qui, rêvant toujours les sou-

1 Les trois couleurs auxquelles il est fait ici allusion, n’étaient pas celles du drapeau français. Les patriotes avaient adopté comme symbole et signe de ralliement un drapeau portant une bande blanche entre une rouge et une verte,

12 pégurs pE LAFONTAINE DANS LA VIE PUBLIQUE

venirs d'une noblesse usée, s'était imaginée jusque-ià trou. ver des immunités et des privilèges exclusifs dans de vieux Parchemins controuvés. ”

Enfin, pour accabler les Mondelet, LaFontaine termine sa philippique en les sommant de “ sonder leur cœur, leur conscience, pour répondre à l'appel que leur fait l’honneur d'expliquer et de justifier leur conduite actuelle,” Et i] ajoute avec un air triomphant, certain de leur silence : “Vos compatriotes vous regardent et votre ancien ami Vous attend, ”

Quel étrange état d'esprit nous révèle ce singulier réquisitoire ! LaFontaine d tes fois les vio.

lences lorsqu'on re ithètes dont il

Mondelet,

Il pouvait affirmer que les principes chez lui, mais dans l'autorité ?’ln tagne, mais la Montagne était venu sant qu’un homme public ne peut ja à ses amis, sortir des rangs où l’ sans être taxé de tra

"ec des opinions en quelque

Par les amis. Peu à peu, on premières, et de ce travail innouvelles convictions. N°

la condamner à l’immobilité, Pour apprécier le che ngement d'opinion ou d’attitude chez un homme publie, il faut savoir s’il a eu ou non l'intérêt public pour mobile,

Il n’apparaît pas bien clairement que Dominique Mon:delet ait obéi à un motif d'intérêt en se ralliant au gouvernement. Quelques esprits inclinaient à la conciliation et croyaient qu’en sa qualité de conseiller exécutif, c’est-à-dire de ministre occupant un siège à la Chambre, il lui serait possible d'amener une entente entre le gouvernement, le Conseil et l’Assemblée, Les patriotes ne l’entendirent pas ainsi ; ils se hâtèrent d’expulser le faux frère, Cartier, l’ami et le disciple de LaFontaine, blâmait vingt-cinq ans plus tard l’expulsion de Mondelet ; il voyait dans sa présence en Chambre un acheminement ‘“ers la responsabilité des ministres devant le peuple. A, avoir constaté le ton exaspéré du réquisitoire de LaFon. , on ne s’étcunera plus de l’avoir vu si longtemps aux côtés de Pasireau.

À la session du mois d’août 1837 — dernière session du parlement du Bas-Canada, — nous trouvons encore LaFontaine au nombre des députés patriotes les plus entêtés dans leur résistance aux tentatives de conciliation de lord Gosford. Rappelons qu’au début de cette session de huit jours, Morin —- le plus doux des hommes — signifiait, dans une harangue au gouverneur, la détermination des députés de la majorité de persister, comme les années précédentes, à refuser tout subside à la Couronne tant qu’elle n’aurait pas donné un Conseil législatif électif. Cet ultimatum reçut l'appui de LaFontaine. En réponse à cetie mise en demeure, Gosford dissout le Parlement, et à la suite de ce coup d’autorité, tous les événements concourent à amener le conflit inattendu de Saint-Denis. La fusillade qui en-

Fontaine l'effet du jet d’eau froide sur la reur du carna

étonné d’a

il fit à ce moureau M. Amable Ber.

“ Nous aVOns adressé andant la Convocatio

ion d'avocat avec Il mourut en 1893

Les événements, hélas ! ne justifièrent que trop les prévisions de LaFontaine.

La supplique arrive trop tard ; comme disent les Anglais, “the dogs of war” sont déchaînés. Au lieu de retourner à Montréal, LaFontaine prend la route de la rivière Kennebec pour passer au plus vite aux Etats-Unis et de là en Angleterre. Après un séjour de quelques mois à Londres, où il aurait pu être arrêté, sans certaine protection, il se rend à Paris.

Dans cette ville comme ailleurs, la vision de la patrie meurtrie, en butte à des persécutions imméritées, le hante et l’obsède sans cesse. Luttant contre la maladie, suite de grandes fatigues et de réflexions angoissantes, va-t-il abandonner une partie qui semble désespérée? Non, son courage le tient debout, prêt, soit à prévenir, si possible, une aggravation de notre état, soit à obtenir réparation de l'injustice présente.

Dès qu’il apprend que lord Durham a reçu la mission de pacifier le Canada, il se met en mesure de lui fournir des renseignements pour corriger les fausses impressions qu’il aurait pu recevoir des événements récents. 11 se reprend même à espérer des jours meilleurs. Ne vante-t-on pas partout l’esprit élevé, les qualités éminentes de l'esprit et du cœur du haut-commissaire ?

Maintenant il s’agit d’arriver jusqu’au grand seigneur ; s’adressera-t-il directement à lui ? Il ne faut pas y songer. Que vaudrait aux yeux de cet aristocrate l'expression d’opinion d’un pauvre colonial, en plus fauteur de rébellion ? N’est-il pas préférable de se servir d’un intermédiaire bien en cour pour appuyer ses protestations ? Aussi, s’adresse-til à M. Ellice, seigneur de Beauharnois, et personnage im-

ayant l'oreille des ministres

Pour tout u Canada, I] lui

de trop, Nulle part nous

redressement

aux ministres, Une an Puis six, et ]

es abus subsistent, C’ Patience, la Ch 2’ayant pas été faite, la Chambre Persiste da jusqu’en 1837. Dur-n nouveau refus de

Souvernement réforme le Conseil ] seront votés,

Voilà la Querelle entre 1 Chambre et le Bureau colonial nn.

1 Le lecteur les trouvera à la fin du volume,

bien indiquée. Qui en est responsable? LaFontaine n’a pas de peine à répondre à cette question, puisque, après l’événement, les deux grands partis anglais au Parlement s’accusèrent réciproquement d’être les auteurs de tout le mal. Et il trouve une justification de la conduite de l'Assemblée, et même de la révolte, dans ces paroles de lord John Russell, “ The wonder would have been, if instead of such a collision havi .z arisen, harmony had, for any long period, been observed.” D

Laissors maintenant parler LaFontaine :

Paris, 30 mars 1838.

Mon cher M. Ellice,

“Il est digne de remarque que dans tout le cours des dé-

bats sur le Canada, les Tories et les Whigs, se renvoyant la boule réciproquement, s’accusent, tour à tour, les un: es autres, c’est-à-dire les différents ministères qui se sont succédé depuis 1828, d’être la cause de la continuation de nos difficultés politiques. C’est admettre un fait dont nous nous sommes toujours plaints. Et pourtant c’est contre nous que l’on sévit !

“La question du Conseil législatif, dont tout le monde condamne la composition, est sans doute devenue maintenant la question la plus délicate, “ owing to the former neglect experienced by the colony ”, suivant les expressions mêmes dont lord John Russell a fait usage, en parlant de la non-exécution du rapport de 1828. Le Conseil actuel étant une anomalie en principe, et une expérience de 40 ans nous ayant démontré cette vérité, nous avons suggéré, comme remède efficace, l'application du principe électif comme

UBLIQUE

”, selon l’aveu

“A notre adresse du 25 ndement fut .

ajouté à ma Suggestion, en comité général, Pour mieux expliquer cette pensée, et Conformément à l'opinion de la généralité des

Manifestée dans les débats, 1 Ce.

août dernier, un ame

du Gouvernement (c’est-à-dire is

qu’il n’en - &ucun des Législature.”

influence in the Province, of liberal views and entitled to the respect and confidence of the public, but not committed to the extreme opinions ”, de manière à être en état, en assemblant la Législature, “to appeal to the alteration which might have been made in the composition of the Council, as a proof of the sincerity with which His Majesty’s Government are disposed to carry into effect the intentions wi. h they have expressed on this head”. La Chambre d'Assemblée aurait certainement procédé à la dépêche des affaires, et voté les subsides nécessaires ; ce qui en était la conséquence naturelle. J’aime à croire que lorc Gosford était disposé à le faire ; mais il n’est peut-être malheureusement que trop vrai que certaine influence étrangère, mue par la vengeance, l’en a empêché. Il a donc là perdu encore une fois l’occasion d'opérer une réconciliation qu'on lui offrait. Si j’entre dans ces détails, c’est pour prouver que la Chambre d'Assemblée n’a point mérité l’injustice dont la frappe l’acte de suspension. ”

Quelle plus éclatante apologie de la conduite de la Chambre pourrait-on désirer, que cette simple et logique narration des faits ? Fit-elle une impression favorable sur l'esprit de lord Durham ? On peut présumer qu’elle l’a aidé à porter ce jugement si sévère de son rapport sur la conduite des autorités coloniales, et surtout à déclarer que c'était sur elles que pesait la responsabilité des événements de 1837, provoqués de propos délibéré par leurs machinations. Il est fâcheux, pour cette homme d'Etat, qu’il ne se soit pas plus inspiré des idées de LaFontaine pour entreprendre une œuv:e de justice réparatrice qui aurait illustré son nom.

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