HI DORE
vaient pas encore pu conquérir droit de cité au Parlement. Ce n’est qu’aux élections de 1854 que Dorion et Laberge en forcèrent les portes.
“Le jour de la prorogation, écrit-il le 3 septembre 1851, Cauchon et Ross m’ont présenté une adresse signée de 24 membres, dont 14 du Bas-Canada et 10 du Haut-Canada, y compris Prince. Si cette adresse n’eût pas exprimé le désir que je changeasse ma détermination de me retirer, il paraît qu’elle aurait été signée par tous à l’exception de quatre.”
Comme ses sentiments se traduisent en peu de mots ! On dirait du détachement philosophique. Avoir aperçu ses amis se grouper autour de sa personne comme autour d’un sauveur, tant qu’il restait un droit à conquérir, un coup à parer ; puis constater qu’il n’est plus l’homme indispensable, quand surgissent les intérêts personnels, quel sujet de pénibles réflexions même pour un stoïque ! Le 29 août, il avait déjà écrit : “ Si je n’avais pas aanoncé d’avance ma détermination de me retirer de la vie publique, je n’aurais pas eu l’occasion de connaître certains hommes comme je les connais maintenant !” Voilà une cruelle découverte qui dut lui aller au cœur! Et comme si le mobile de l’isolement qui se faisait autour de sa personne n’était pas assez évident, il écrit encore quelques jours après : “ Tous les députés de Québec veulent entrer dans le Cabinet à l’exception d’un ou deux. C’est désolant de voir tant de petites ambitions en mouvement. ”
Il se pose ici une question : LaFontaine, mis aux prises avec les petites misères inhérentes à la nature humaine, devait-il s’en affecter à ce point ! La conviction, chez un homme d’Etat, de sa supériorité sur ses partisans, alliée au sentiment d’un grand devoir public à remplir, ne devrait-il pas lui faire dédaigner les passions qui s’agitent à ses pieds? Ces hautes raisons existaient-elles au moment où Lak'on-
taine voulait s’effacer? Sa mission était, pour ainsi dire, accomplie et le péril disparu. Le règne des hommes d’affaires pour lesquelles il se reconnaissait peu d’aptitudes, était commencé et il lui était loisible de laisser le pays s'orienter vers ses destinées dans la paix qu’il lui avait conquise. Il nous plairait de nous arrêter à cette hypothèse, plutôt qu'à celle de croire, qu’à l’exemple de César, il renonçait à se défendre parce qu’il avait reconnu l’ingrat Brutus sous le masque de plusieurs de ses assaillants !
Le plus souvent tout homme n’a qu’une seule mission ; en atteindre le terme est donc un succès aussi rare que flatteur, si l’on envisage les échecs de tant d’autres à qui la Providence semble avoir assigné un rôle prépondérant dans le monde. Les persévérants efforts, la fermeté, la loyauté de LaFontaine, n’avaient-ils pas triomphé de tout et assuré aux Canadiens la liberté civile et politique qu’ils avaient en vain revendiquée avant lui ? N’avait-il pas aussi bien achevé la conquête libératrice en élaborant les lois nécessaires à son fonctionnement harmonieux ? La tâche était terminée ; le vainqueur méritait à la fois le repos, l’admiration et la gratitude universelles.
L’histoire, en toute justice, lui reprocherait sa retraite, s’il n’avait pas laissé des continuateurs de son œuvre. Mais des députés, disciples éminents, formés à son école, et fiers de se réclamer de ses leçons, gravitaient, sortes de brillants satellites, autour de sa personne. Les intérêts canadiensfrançais pouvaient-ils péricliter entre les mains de Morin, des deux Taché, de Chauveau, de Cauchoz st de Cartier surtout, tous hommes d’Etat de haute valeur et de large envergure ? Les disciples seront l’honneur du maître et consacreront sa gloire.