I.ACilHASSE
muet. Il attend. Il guelle. II sait bien (ju'elle va venir- Son être entier est absorbé en cela. Toute son âme a cela pour âme. C'est l'âme de la vieille Thiérache. (jui sue l'amour, l'embuscade et le meurtre.
Par le cornet acoustique de la fente, un bruit nouveau est arrivé, le bruit d'un pas sur le sable.
Valentin a relevé la tête, tendu l'oreille. 11 est à plat ventre dans lliumidité moussue. Il a les mains crispées contre le roc. Il est immobile. Sa respiration s'est faite loule menue. Son cœur bat très vile. Une sueur froide lui mouille les cheveux. Il écoute.
Comme le pas est léger, rapide! Le pas d'un oiseau (jui sautille ! Sous lui le sable de la grimpette grince à peine, ne s'effrite pas beaucoup plus qu'au désagrégemeni produit par la chaleur. Mais le sable a beau être complice du pas si léger, si prudent, si furtif ! Valentin ne saurait s'y tromper. C'est le bruit dun pas.
Le pas monte dans la grimpette. Le voici qui arrive au tournant du lacet précédant la fente. Le voici devant la fente. Il ne s'y arrête point. 11 continue. Il monte. 11 a passé le second tournant du lacet.
Maintenant, la bête est prise au piège. La proie est sûre. Elle ne peut plus redescendre sans être happée au passage.
II n'attendra pas qu'elle redescende. Il n'a plus la patience d'attendre. Son cerveau bout. Ses nerfs vibrent à se rompre. Devant ses yeux tlansent des flammes noires.
Il rampe, sort de la fente, à son tour gravit la grimpette. Son pas est encore plus léger, plus prudent, plus furlif, que celui de tout à Tbeure. Le sable ne dit plus rien. Seul, dans le silence, parle le crissement aigu des mouches qui vrombissent à la lumière. Il dit j, z, z, z, z, à l'infini. Zénaïde! Zénaïde ! Zénaïde !
Elle est là, sur la plate-forme. Elle est couchée, collée au roc, pour n'être aperçue de nulle part. Elle se confond avec le roc. Sa tète seule en émerge, à peine soulevée. Sa crinière y met une poignée de mousse brune et frisée. Ses deux talons nus resplendissent au soleil, comme des œufs roses.
Immobile, elle regarde, vers le château. Elle n'a pas entendu venir Valentin. Il la regarde, immobile, aussi, à deux pas d'elle. Il est ramassé sur lui-même, prêt à s'élancer. Il a la face en contracture et exsangue, les narines pincées, les yeux démesurément agrandis, fixes, hagards, la bouche grande ouverte ; et du coin de sa bouche, à gauche, coule sur son menton un filet de bave.
Soudain elle le sent derrière elle, se retourne sans avoir le temps de se redresser, crie, et son cri d'épouvante s'achève en cri de douleur.
Elle est étreinte, écrasée. Elle se débat. Elle étouffe. Elle le mord au cou. Il le lui rend. Leurs sangs se mêlent. Ils en ont le visage éclaboussé.
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rouge. Elle râle. Elle ag^onise. Il s'acluinic. li hoil la pourpre qui se dégorge en suprêmes glouglous. Il s'évanouit dans un spasme.
Et ce fut le troisième et dernier évanouissement de Valentin.
XLVITT
Sur la plate-forme, debout et tôte nue au soleil, l'abiié contemple les deux cadavres.
Mélanie et le p^arçon de ferme, après une scène de clameurs effrayées et de questions sans réponses, sont allés au villag-e faire les déclarations et les préparatifs nécessaires.
Doctrové n'a pas voulu (juitter le corps de monsieur Valentin. Elle pleure, n'interroge pas, ne parle pas, ne comprend rien à ce qui est arrivé, ni pourquoi ce prêtre est venu, ni comment il sarait, ni à (juelle force elle a obéi en lui obéissant. Elle pleure. Elle est à genoux. Elle ne bouge que pour écarter à chaque instant, du coin de son tablier, les mouches vertes qui se posent sur la flaque de sang.
Un long temps se passe ainsi. Doctrové s'étonne (|ue ce prêtre reste debout, ne s'agenouille pas comme elle, n'ait pas même esquissé une vague génuflexion quand on a trouvé les deux morts, n'ait pas fait une seule prière. Elle finit par en être irritée. Malgré son respect pour la soutane, elle ne peut se tenir d'insinuer enfin :
3j3 LAGIBASSE
— Monsieur le curé, si vous disiez une petite oraison !
ToucIk- (lu reproche, et tendre pour celte siinplesse, Tabbé murmura, du bout des lèvres, un Requiem. Mais sa pensée n'en suivait pas les mots. Intérieurement, elle y substituait ceux-ci :
— Une fois de plus le Neutre essentiel s'esl polarisé, puis reconstitué. Une fois de plus Aïsb et Aïsha se sont superposés et il n'en est resté que Va qui est Vo avec un jambage, qui est z^ro accru de î<;/, "lequel est le verbe du Silence. Une fois de plus lod-Iïé-Vau-Hé redevient Hé, celui du Tarot perdu. Une fois de plus le JNon-htre a eu besoin de l'Être. Mais une fois de plus n'est qu'un Nombre, et tous les Nombres ont pour matrice zéro et zéro pour tombe. Et Tô est Td.
Puis, le Requiem achevé, en g-uise d'Amen, avec des yeux mornes où se reflétait l'éternel néant des choses, d'une voix lointaine qui était la voix même de l'Infini au fond de l'Absolu, il dit :
— C'est bien. C'est bien.
Sceaux. — Imprimerie: E. Charairi?