‹ LagibasseChapitre 21 sur 23 · L\C31BAS.SE · texte numérisé non relu

L\C31BAS.SE

Elle L'tail écrasée de fatigue, licureiise (rèlrc assise. Elle ignorail, d'ailleurs, les terreurs nocturnes. Elle répondit à son geste d'autorité en lui baisant la main. 11 «-n éprouva une joie singulière, comme à la constater son esclave. Derechef, ainsi que le matin précédent avant de quitter la petite maison de là-bas, il se dit :

— 3Ioi aussi, je suis un thaumaturg-e.

Les clefs du château étaient gardées à la ferme; mais une ancienne poterne, condamnée en dedans par des traverses de bois, permettait jadis de sortir. Il décloua les traverses avec ses doigts, dans une A'iolence d'efforts qu'il ne se connaissait point et dont il ne fut pas étonné. Il descendit jusqu'aux communs de la ferme, d'un pas furtif, muet el somnambulique. Il ouvrit sans bruit, enl'arrachanl pourtant dune secousse, le volet d'une lucarne par où prenait jour le fournil. A côté du fourni! était la chamhrette de Doctrové. II alluma, dans le fournil, une lanterne dont il trouva aussitôt la place habituelle: puis muni de cette lanterne, entra chez Doctrové, lui posa la main sur la bouche pour l'empêcher de jeter un cri en se réveillant, el lui dit :

— C'est moi. Tu vas te lever sans qu'on t'entende. Tu viendras me rejoindre à la poterne condamnée. Tu m'y apporteras du pain, du fromage et du cidre et surtout les clefs des appartements. Et pas un mot à qui que ce soit! Je ne veu.x pas que Mélanie, que personne, sache que je suis airivé, (jue je suis là-haut. Je t'expliquerai tout

h llieure pourquoi, et je le donnerai mes autres ordres pour demain et les jours suivants.

Il était ajjsolumrnt sûr de Doelrové, do sa soumission passive, de sa prudence rusée, de sa diligente et adroite discrétion. Il remonta en courant, sans se cogner ni buter malgré les ténèbres, rejoignit Zénaïde, vit qu'elle attendait toujours Iranquillc el patiente, lui commanda de patienter un peu t'ucore, la quitta de nouveau pour revenir ai rendez-vous de la poterne, se fit ouvrir les portes des appartements par Doctrové, arrangea 1^ lit avec elle dans la cliambre qu'il occupait pendant ses vacances, lui remit les clefs, la reconduisit jusquà la [joterne et lui dit:

— Encore une fois, silence absolu, à tout le monde, sur ma présence ici ! Cela, pendant (juel- (|ues jours, où tu m'apporteras chaque jour, à cette poterne, quand on dormira dans la ferme, de (luoi manger et boire. La poterne sera décondamnée à rheure qu'il faudra. Pendant ces quel- (jues jours, veille bien, empêche qu'on entre au château. Caches-en plutôt les clefs, si c'est nécessaire. Il y a des gens qui me veulent du mal, qui viendront j)eut-ètre dans le pays pour me chercher, me demander. On leur répondra que je n'y suis pas. C est ma vie, entends-tu, Doctrové, c'est ma vie qui en dépend.

Et il embrassa la bonne vieille servante avec une effusion de confiance et de tendresse dont elle eut tout le cœur inondé. Elle aimait déjà bien fort monsieur Valenlin, nô maîlre, lui était dévouée

du moillour (rello-mrme; mais à présent, il en avait la pleine certitude, plutôt que de le trahir par une parole, elle se serait laissée arracher la langue avec des tenaillrsde fer rouge.

Il revint vers Zénaïde, la conduisit dans sa chamhre, la fil manprer et boire, ce qui ne fui point de refus, car elle mourait de faim ei ')<■ soif.

Lui, n'éprouvait aucun besoin de ce genre, n'eût pas pu se mettre un morceau de pain dans la bouche, ni verser une lampée de liquide dans sa gorge serrée. 11 n'avait pas non plus envie dv dormir, tandis qu'elle tombait de sommeil.

Elle se fourra dans le lit à demi dévêtue. Debout au pied du lit, il la regardait, les yeux fixes. Elle dit, d'une voix lente et somnolente:

— Toi coucher aussi.

— Non, répliqua-t-il, très bas.

— Pourquoi? demanda-t-elle, dune voix déjà presque dans h; rêve.

Elle nentendit pas la réponse, qu'elle n'eût pas comprise d'ailleurs et que lui-même fit sans la comprendre davantage :

— Parce que nous sommes au château <le> Hommes-sans Tète.

Les associations d'idées, dans un cerveau sain et normal, procèdent parfois d'une façon fort bizarre, et il est impossible d'en retrouver la mai:che aux crocbcts capricieux, inattendus. En revanclie, les • vocations qui en sont le produit sont, à l'ordinaire, furtives et fugaces, la pensée n'y attachant pas grande importance et les laissant s'éteindre au moment oii elles s'allument.

Il en va tout au contraire des associations d'idées dans un cerveau de dément. Le labyrintiie n'en est pas inextricable, en général. Elles sont extrêmement simples, les idées y étant à l'état d'idées fixes qu'enchaîne souvent, pour ne pas dire toujours, une logique rigoureuse jusqu'à en être implacable. En revanche, les évocations qui en sont le produit sont impérieuses, tenaces et l'hallucination en prend une consistance de réalité.

C'était le cas chez Valentin, en qui l'évocation du château des Hommes-sans-Tête s'expliquait aisément, s'imposait même, par l'arrivée nocturne dans les ruines et par la conversation avec Doctrové, la conteuse du conte. Mais qu'il eût répondu de la sorte à la demande de Zéna'ïde en

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subissant uno association diciées, voilà ce qu'il n'était pas à même de comprendre, ni seulement de soupçonner à celte heure. Car, au château des Hommes-sans-Tète, elFectivement il y croyait être, et, par conséquent, il y était.

Quant au jiarcc que précédant la pin-ase et répliquant si mal au pourquoi de Zénaïde, il n'avait aucune raison d'être, sinon son absurdité même.

Cette absurdité, toutefois, d'un certain point de vue, peut et doit être considérée comnx' «"•■ (\\\\ subsiste de sagesse dans la démence.

En l'admettant à titre de suprême résidu dans l'alambic de la raison volatilisée...

Mais à quoi bon vouloir s'épuiser plus longtemps en vaines tentatives pour expliquer les mouvements d'une àme désormais sans boussole, tourbillonnante épave ballottée de remous en remous?

Déjà peut-être, au cours de cette histoire peu commode à rendre claire, on n'y a que trop tâché, risquant à maint endroit d'être inintelligible par désir excessif d être intelligent.

Et peut-être aussi eùt-il mieux valu narrer des faits, qui sont véritables, sans essayer d'en chercher les causes. (|ui demeurent souvent [irobléFiia- (iques.

Le moment est venu, en tous cas, de renonct i ici à des analyses d'une psychologie devenue impossible, de se borner à dresser modestement, sans commentaires, des constats d'actes, en les illustrant des tableaux extérieurs et intérieurs qui en furent le décor.

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CoimiK'iit ;i-l-on pu reconslituer ce décor, en ce qui a Irait aux tableaux intérieurs, cest-à-dire noter, fût-ce à peu près, les sensations, les pensées, les rêves, les visions, la vie délirante enfin, d'un homme qui n'en a fait confidence, à personne? C'est ce qu'il n'est pas permis de révéler.

Libre aux sceptiques de ne voir là qu'une ruse d'auteur désirant donner à ses imaginations, par un trop facile artifice, un inquiétant parfum de mystère !

Les croyants au surnaturel, ceux pour qui l'abbé Garuby nest pas un personnage fictif, n'auront pas de peine à excuser ce qu'un tel dérobement a de forcément énigmatique, et ils s'inclineront d'eux-mêmes devant les nécessités déclinatoires d'une discrétion dont le seul aveu est déjà presque indiscret.

Son collier do perles ! OEufs de corneille dénichés au château des Iloninies-sans-Tète ! Elle les a au cou. Et elle est là. L'oiseau bleu n'avait pas menti.

La Vieille des Vieilles en a un aussi, de collier d'œufs, mis deux à deux. Le sien est en spirale sans bouts. Et voici pourtant que les bouts se sont rejoints. 11 le faut bien ! La spirale et la circonférence, en Tô, communient.

La Vieille des Vieilles et la petite-Hlle, elles sont là. Elles sont une. Elles ne sont pas. Elles vont être. Quand elles seront, elles ne seront plus.

Chansons en tamoul, volière d'oiseaux multicolores, vous répétez sans fin :

— Encore ! Encore !

Et les Nombres, en tourbillons, essaiment de la ruche en forme d'œuf, qui est en forme de zéro.

Des zéros, des zéros î Des œufs, des œufs! Des ruches, des ruches! Des essaims, des essaims! Toujours, toujours! Dans l'infini à n dimensions! AVronsky les chiffre. Wronsky archange foudroyé. Baiser de Wronsky ! Baiser de Zénaïde!

Pauvre petite, qui était si gentille! Pourquoi est-elle retournée au pays du préhumanisme, où

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elle parle en racines? Broguct lui faisait peur avec son scalpel. Les lettres rouges des onze petits caliiers, gouttes de son sang, manqueront aux lettres du nom de l'Innomable. Tant pis! Tant pis!

Au labyrinthe du corridor, les pMerins se sont retrouvés. L'un après l'autre ils se sont retrouvés. Le dernier qui est venu porte le lampadaire; à sept brandies. Une, deux, trois, quatre, cinq, six, sept! Le collier de perles n'a plus que sept perles. Il en avait des myriades et des myriades. Oti sont celles que je ne vois plus? Dans la nuit de sa crinière. On les reverra au réveil.

Ce chien qui hurlait au loin, c'est à la mort qu'il hurlait, à la mort du vieux bonhomme si vieux, vieux, vieux. Il nest plus au château des Hommessans-Tète, le vieux bonhomme qui jouait aux boules avec les chefs des statues décapitées. Il est mort. Il n'avait plus rien à faire. A force de compter sur ses doigts combien il avait dannées, i] s'est embrouillé dans son compte. Wronsky le lui recommencera.

Je sais qui est sept. Je sais qui est ciinj. Je sais qui est quatre. Je sais qui est trois. Je sais qui est un. C'est le Verbe du Silence. Je me tairai, puisqu'elle dort.

Elle dort. C'est la Vieille des Vieilles, c'est la petite-fdle, c'est Zénaïde, c'est la fille des rois, c'est la descente éternelle dans l'Absolu. Zénaïde, Zénaïde, Zénaïde, Zénaïde ! Je ne le dirai plus, puisqu'elle dort.

ses I.AGIBASSF,

Tout bas, seulement une fois, sous la fenêtre, pour le départ. Rue du Bouloi. Inscrire qui nous sommes sur le rej^istre? Mais j)arfaitement! M. et M™" Valentin Leleup de Marcoussy de Lagibasse.

AUM. AUM. AUM. Trois, pas plus, non soixantedix-sept. L'ère des épreuves est passée. Les instructions sont inutiles. Le vieux si vieux, vieux, vieux, n'est-il pas mort au cbâleau des Hommessans-Tôte?

Vieille, bonne vieille, conte encore un conte de fées. Il y a une fois cela, qui est ceci, et tous les contes sont finis. C'est la ronde de quoi et pour qui? Wronsky est Wronsky. Par un y grec, non par un i. Tous les points sont mis sur tous les /. Mais il n'y a plus d'/. Il y a une fois cela, qui est ceci, et tous les contes sont finis.

Ah ! Oui, sans doute, boire le vin qui fait croire qu'on est le bon Dieu! J'en ai bu. Je n'en boirai plus. Je bois mieux que ça. Garde ton vin pour d'autres, brave Doctrové! Mais ne le dis à personne, à personne, à personne, que je suis ici. Broguet la cherche. Il la disséquerait.

Si le Silence est nu et s'il a froid, c'est moi qui lui broderai une layelte d'images. Elles seront toutes neuves, par exemple! On parlera enracines. On refera le langage. Du préhumanisme va sortir une autre humanité. C'est nécessaire, pour que Lagibasse soit reconstruit. Et le voici qui refleurit de ses ruines. Au palais des Apparences, le Prince Charmant s'émerveille avec la Belle au bois dor-

mant. J'en amuse mes rêves. Les Lettres y épousent les Nombres.

Thiérache, antique et noble Thérache, il y aura encore des jours glorieux pour toi ! Le preux est revenu, compagnon de Godefroy de Bouillon à la première croisade. A tous les souffles du paradis reconquis, claquent mes oriflammes. Les oiseaux chantent des chansons en tamoul, qui sentent le musc.

Avec les chefs de ({uelies statues décapitées le vieux jouerait-il aux boules maintenant"? Il n'y a plus de statues. Toutes, en or, en argent, en orichalque, en airain, elles ont fondu dans le lac de mercure. Au miroir qui a tant de facettes, c'est la ronde des miroitements. On s'y regarde. On s'y voit trop. On ne s'y voit pas.

Le collier de perles ! Tous ces œufs dont chacun est Rien, œuf de Tout! Car je sais bien qu'ils sont vides, les œufs de corneille, puisque c'est moi qui les ai vidés, sans les casser. Et dire que je les ai enfdés à la queue-leu-leu, sur le fil en spirale, tous ces zéros! Et dire que de chacun il en tlue des chiffres à travers les n dimensions!

Compte, Wronsky, compte! Moi, je ne compte plus que triangulairement, dans le triangle dont les trois sommets sont œ, y et z.

Elle dort. C'est la plus belle petite fille qui soit. Mais elle ne veut pas qu'on le dise encore; car l'heure de le dire n'est pas venue. Peut-être que l'heure de le dire ne viendra jamais.

Elle dort. Ses cheveux, qui étaient en soleil,

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sont devenus noirs, parce qu'ils dorment. Ses yeux en étoiles sont éteints. Jls voient sa face par le dedans. Sa peau sera en aurore quand elle s'éveillera, aurore elle-même. Maintenant elle est bistre et verte à cause de ma mélancolie qui se reflète en elle. Ma mélancolie vient de ce qu'elle dort. Mais tant que ses cheveux resteront noirs, c'est qu'elle veut dormir. Leur nuit m'ordonne de me taire.

Vieille, bonne vieille, conte encore un conte de fées, pour que j'écoute et que je me taise. Mais non! Tais-toi, tais-toi! Elle les aime aussi. Elle voudrait écouter. Elle dirait :

— Pourquoi m'empêche-t-on de dormir?

Le vieux ne joue plus aux boules avec les chefs des statues décapitées. Les miroitements sont muets. Tous les contes sont finis. Doctrové veille en retenant sa respiration. Wronsky a fait le tour des n dimensions. La spirale communie, en Tô, avec la circonférence. Tout cela sans bruit, sans bruit, parce qu'elle dort.

Tais-toi aussi, toi, ma pensée ! J'ai beau ne point parler au dehors. Tu parles toujours, en toi-même. Elle va t'entendre. Il ne faut pas qu'elle t'entende. Elle dort.

Tais-toi aussi, toi, le Silence! Ton Verbe est un. Cest encore trop. Quil soit zéro! Que zéro ne tressaille pas, fût-ce infinitésimalement, pour être un/ Que zéro s'absorbe en son zéro! Elle dort. Ses cheveux sont toujours noirs. Ils dorment. Le collier de perles dort. Chut ! Chut ! Tous ! Elle dort.

Un nombre incalculable de fois Valentin refit cet incohérent voyage en lui, repassant par les mêmes carrefours, y arrivant par des voies difîerenles, toujours ramené à ce chut par quoi il essayait d'imposer le repos à sa pensée errante, l'observant (juelques minutes pendant lesquelles il s'hypnotisait à regarder fixement le collier de perles, puis repartant à la débandade jusqu'à un nouvel accès d'hypnotisme oiî derechef il s'abîmait un moment pour recommencer ensuite son vagabondage de délire.

Bien d'autres images encore lui apparurent, à ces carrefours de sa mémoire, bien d'autres suggestions d'idées ou de sensations anciennes y resurgirent, fulgurantes et vivantes, mais à la façon de comètes traversant de leur parabole un système solaire, sans y demeurer à l'état de planètes.

Chose étrange, contraire à toutes les prévisions humaines : une seule ligure ne se montra jamais nulle part, et ce fut celle de l'abbé.

Chose non moins étrange, au premier abord, mais qui, à la réflexion, s'explique mieux : la ligure

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mémo de Zénaïde, unique objet pourtant d'une incessante contemplation, y perdait tout caractère individuel, au lieu de s'y préciser, s'y transmuait en de rapides et totales métamorphoses, devenait tantôt la petite tille du conte, tantôt Doctrové, tantôt la Vieille des Vieilles, tantôt un Nombre, tantôt une Lettre, parfois Wronsky, et le plus souvent une sorte de Nébuleuse tour])illonnante et chaotique en forme de zéro s enflant à 1 infini par un grouillement de zéros qui pullulaient les uns des autres.

Mais, à cette hallucination dernière, Valentin n'avait jamais le temps de s'arrêter. Toujours elle se produisait juste au moment où il imposait silence à sa pensée tumultueuse, sous le coup d'un nouvel accès d'hypnotisme devant le collier de perles.

Somme toute, ce n'était pas Zénaïde elle-même qu'il contemplait; c'étaitsurtout le collier deperles. Il ne la voyait, elle, que par un rayon, divergent en haut, de son regard, dont le faisceau central de rayons droits était dardé sur le collier de perles.

Néanmoins, et quelque avatar que revêtît Zénaïde, et si dill'usément qu'il prit conscience visuelle du réel visage de Zénaïde, c'est bien à la Zénaïde, présente dans le lit, qu'il rapportait tout ce que lui suggéraient ses souvenirs en désordre, ses idées à la fois en poussière et en almagame, ses évocations kaléidoscopiques, les sensations composées et décomposées instantanément par la chimie de sa démence.

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Tout entier à ce monde intérieur en si bouillonnante activité, il ne recevait du monde extérieur que des impressions passives auxquelles il ne faisait aucune attention. Pas plus qu'à la faim, à la soif et au sommeil, il n'était accessible au froid, qui cependant, grâce à une fenêtre restée ouverte, glaçait et raidissait ses membres ankylosés dans une immobilité absolue. Celte ankylose même de ses membres ne lui était point douloureuse. Debout au pied du lit, sans s'y appuyer, il n'éprouvait aucun besoin, fût-ce réflexe, de hancher tantôt sur une jambe, tantôt sur une autre, comme on le fait macbinalement, même dans la somnolence, pour se reposer de l'énervante lassitude qu'engendre la station droite trop prolongée. Cette lassitude, il ne l'avait pas. Son corps était comme en état de catalepsie rigide, de yoghisme, une statue.

Et des heures, des heures et des heures s'écoulèrent de la sorte, sans qu'il perçut seulement la lente venue du jour, la lutte entre les premières clartés pâles de l'aube crépusculaire et les suprêmes lueurs rouges des bougies agonisantes, puis la victorieuse entrée du soleil dans la chambre.

Son monde intérieur, cependant, en fut afTecté à son insu, teinté par l'ambiance dont les impressions reçues, pour être passives, n'en avaient pas moins une influence modifiante sur son activité cérébrale. C'est ainsi qu'à la lente et sinistre venue du petit jour, parmi les râles de pourpre des bougies, s'accentuèrent les images funèbres, celle de la mort du vieil homme, celle des gouttes de sang

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dans les cahiers de Bussiiis, le souvenir du chien hurlant au lointain. C'est ainsi, en revanche, que le soleil illumina de triomphe le retour àv la croisade, le claquement des oriflannnes à tous les souffles du paradis reconquis, Téclosion des chansons en tamoul, sentant le musc, la langue des racines, le prrhumanisme enfantant l'humanité nouvelle avec Zénaïde, fille de rois, fille de rois, fille de rois, et, dans le Palais des Apparences, les émerveillements féeriques du Prince Charmant et de la Belle au hois dormant.

Ces concordances, Valentin ne pouvait pas en soupçonner la cause. D'autant plus fortement devait-il en subir les effets.

La nappe de soleil s'ép.indait d'une coulée insensible, sur le parquet violemment éclairé, à la droite de Valentin. Il n'en discernait pas la marche. La réverbération de la lumière le frappait de côté, par-dessous, et lui pénétrait de biais dans les prunelles. Elle y produisait de papillotantes scintillations, qui sollicitèrent, d'abord un peu, puis de plus en plus, son regard à se détacher du colher de perles. Il commença par résister à cette sollicitation. Le tourbillon de ses pensées se condensa un moment en cette pensée unique, conmie en un centre :

— C'est la ronde des miroitements.

Et, son regard fixé une fois encore au collier de perles, il repartit une fois encore pour son incohérent voyage, mais avec cette ronde des miroitements mêlée à tout, partout, toujours, en une

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farandole obsédante où la lumière augmentait sans cesse, vertig-ineusement, de vibrations et d'intensité.

Brusquement, la farandole se dénoua; le tourbillon de ses pensées s'évanouit de nouveau; son regard quitta d'un saut le collier de perles ; et son être entier eut pour point d attraction un foyer d'éclatante blancheur qui incendiait le drap au bord du lit.

La coulée de soleil avait avancé peu à peu sur le parquet, avait rencontré le drap traînant à terre, s'y était heurtée, cabrée, puis accrochée, en avait fait l'ascension, et déferlait maintenant sur le lit où elle déroulait lentement sa lave incandescente.

Elle la poussait vers Zénaïde, que Valentin ne voyait plus du tout, désormais hypnotisé par cela, blanc, coulant, étincelant, aveuglant, s'étalant, allant, par celaqu'il ne pouvait ni ne voulait arrêter, par cela dont il pressentait la lente et sûre arrivée jusqu'au collier de perles, par cela qui, bientôt, y arriverait, bientôt, si tôt, si terriblement tôt, tout à l'heure, tout de suite !

Entre le moment où Valentin eut conscience de ct'l inéluclahl»' toul-do-suite, et celui oii ce toutdc-suite fut là, il ne se passa pas dix minutes. Valentin y vécut dix milliards de milliards d'éternités. Chacun des battements précipités de son cœur, par (juoi se mesurait la progression du blanc vers le collier de perles, était lui-même ces dix milliards de milliards d'éternités.

El cependant, cette durée infinie, absurdement faite d'infinis sengendrant les uns les autres, n'était peuplée par rien, absolument rien, que par la progression continue du blanc vers le collier de perles, rythmée aux battements de plus en plus précipités de son cœur.

Elle-même, cette précipitation en vint à ne plus pouvoir être perçue, tant le rythme en multipliait sa cadence accélérée. Telle une toupie, en rotation de parfait équilibre, prend l'apparence d'être immobile. Telles certaines mouclies, leurs ailes fouettant l'air avec une vitesse dont l'œil ne saurait noter les inimaginables vibrations, semblent s'y soutenir suspendues sur un plan d'une horizontalité mathématiquement idéale.

Alors, dans cette durée que ne peuplait, que ne

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mesurait plus rien, absolument rien, pas même le rythme des battements de son cœur, rythme désormais annihile à l'impossibilité de le percevoir, ce fut pour Valentin le néant pur, essentiel, la résorption à zéro, si tant est que les mots misérables, vaine logomachie, vides simulacres d'idées intraduisibles, bulles creuses échappées au clialumeau de la philosophie, ombres sans substance, figures de ces ombres, soient capables, non pas d'exprimer, mais de suggérer seulement, (|uel([ue peu que ce soit, la sensation qu'il eut, profonde, réelle et vivante.

11 va de soi qu'il ne chercha pas, lui, à l'exprimer, cette sensation. Il n'en aurait trouvé, en aucune occasion, les moyens, ni, d'ailleurs, en l'occasion présente, le loisir. A peine, en effet, l'eut-il, que déjà il ne l'avait plus.

La lave incandescente louchait au collier de perles. L'inéluctable tout-de-suite, retardé par les milliards de milliards d'éternités, était là. L'angle de blanc s'insinua entre deux des perles. Elles s'allumèrent aux deu^ points tangents. Valentin les vit énormes, pâles, phosphorescentes.

C'étaient les deux yeux de l'abbé.

Pour la première fois depuis hier, depuis si long temps, depuis des milliards de milliards d'éternités, il y pensait, à l'abbé, ou plutôt, il le pensait, l'abbé, il le...

Ici eut lieu l'éruption du volcan, cru éteint, l'éruption qui couvait, fatale, et dont la secousse explosive fut épouvantable.

— Non! Non! cria Valentin d'une voix tonitruante.

En même temps, la salue qu'il était, droite, rigide, d'un bloc, toute l'armature intérieure de son yoghisme en hypnose se désarticulant d'un coup, cette statue sur elle-même s'elfondra. Valent in tomba, écroulé.

Mais, aussitôt, comme si en tombant il s'était rechargé d'électricité en accumulation dynamique, il se redressa, et sauta d'un bond prodigieux sur le lit en criant à nouveau d'une voix tronitruante :

— Non! Non!

Les yeux de l'abbé, les deux yeux énormes, pâles et phosphorescents, il voulait ne plus les voir. Sous ses poings abattus, il allait les clore, les écraser, les broyer, les crever, les faire gicler hors des orbites, les changer en deux trous de ténèbres! Enfin! Enfin! Enfin! Enlin!

C'est sur l'oreiller que s'abattirent ses poings, s'y enfonçant dans du vide mou. Les yeux de labbé n'étaient plus là, ni le collier de perles non plus, ni Zénaïde non plus, ni rien.

Ici un furtif retour à la notion de la réalité ambiante, non hallucinatoire; un durable éclair de raison appréciant les choses à leur valeur ; cela, né au choc de cet objet concret, palpable : l'oreiller.

Des déductions en coulent, limpides :

— Zénaïde était dans ce lit. Mon premier grand cri l'a réveillée. Elle m'a vu choir, puis bondir. Je devais être effrayant. J'avais les paupières fermées en poussant mon second cri. Je ne l'ai pas, moi, vu bondir aussi, pour m'éviter. Si leste, elle a fui très rapidement. Elle a, du même saul, gagné la porte, s'est sauvée, de terreur. Mais où est-elle?

Conclusion : un mouvement réflexe, vers la fenêtre ouverte, toute proche, pour regarder si, en effet, Zénaïde est dehors, en fuite.

Elle y est, là-bas, déjà, non loin des arbres. Elle a dû descendre l'escalier quatre à quatre. Elle court. Elle est à demi dévêtue. Elle ne se retourne pas. On dirait qu'elle vole. Ses manches sont des ailes qui battent. La voilà presque sous le bois. Elle va y disparaître.

— Pourquoi ne cours-tu pas après elle? Pour-

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quoi restes-tu là, immobile, stupide, à la regarder courir? Pourquoi ne l'appelles-tu pas? Pourquoi? Pourquoi?

— Parce que, si je cours après elle, sa terreur redoublera. Parce que, si je l'appelle, des gens pouvent m'entendre. Pourvu qu'elle n'appelle pas, elle! Qu'on nous entende, et nous sommes perdus! On sait que je suis ici, qu'elle est ici. Broguet nous guette. Broguet la prend. Broguet la dissèque.

Ici, fin de l'éclair de raison ordinaire, et rentrée dans le tourbillon. Recommencement, plus incohérent, de l'incohérent voyage, moins en vision hypnotique toutefois, plus du tout en posture de raide yoghisme, mais avec mélange d'impressions extérieures semi-conscientes, la sortie de la chambre, les pas sans bruit dans l'escalier, l'arrivée dans le parc, le regard à l'affût pour tâcher de voir la fuyarde en n'étant pas vu par elle, l'entrée sous les arbres, la précaution prise de se dissimuler, la joie de reconnaître les sentes conduisant au carrefour d'oii Ion peut sonder les longues avenues, prêter l'oreille aux échos qui révèlent une course parmi les branches froissées.

Il marchait, toujours hanté de ses tourbillonnants délires, mais, à la fois, et se dédoublant fort bien, avec toutes les astuces d'un chasseur à la piste d'un gibier. Que ce gibier fût la Vieille des Vieilles, au collier d'œufs mis deux à deux, et tout ensemble la petite-hlle du château des Hommes-sans-Tête. au collier d'œufs de corneille.

et qu'il fût lui-même le petit g^arçon à qui avait parlé l'oiseau hk*u, et qu'il fût aussi le Prince Charmant en quête de la Belle au bois dormant dans le Palais des Apparences, et que le collier de perles eût pour perles des zéros de Rien qui étaient les œufs du Tout, voilà ce dont il demeurait entièrement convaincu, sans enjamais douter de lombre dun doute. Mais il n'en avait pas moins la certitude de Zénaïde en fuite, et qu'il fallait retrouver afin de la soustraire aux convoitises scientifiques de Broguet, et il n'en faisait pas moins tout ce qui était humainement dicté par la prudence pour y arriver au mieux, jusqu'à ratiociner de la sorte :

— D'instinct, étant égarée dans le bois, elle ira vers l'endroit le plus élevé, d'où l'on embrasse le plus d'horizon, ce qui sert à se guider, à voir par où l'issue est possible. Tôt ou tard, à cet endroit qui existe, elle y sera forcément attirée. Plusieurs chemins y mènent. Elle en prendra un. Elle viendra là. C'est là que je dois l'attendre.

Et il s'y relidit, non par un des chemins à découvert, lui, mais par des passées tortueuses qu'il savait, y conduisant en cachette.

C était une petite colline de rocs, située à luu des bouts du parc, et entre lesquels montait une grimpette en lacets, jusqu'à une plate-forme d'où l'on dominait tout le panoi-ama de Lagibasse et de la plaine environnante. On était, une fois là-haut, au dessus de la cime des plus grands arbres, dont la nappe de ramures dévalait jusqu'au château. A cent mètres de lautre côté, le mur d'enceinte du

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parc crêlait un escarpement à pic, au bas duquel passait la route venant du village.

Valentin prit la j^rimpette, et la gravit jusqu'aux deux tiers environ. Il y avait là, formée par deux rocs afirontés du sommet et s'écartant de la base, une fente étroite donnant accès en retour à une sorte de palier, d'oii était masquée la vue du chàleau, mais d'où l'on surplombait les cent mètres broussailleux du fond du parc, la plaine et la route .

Là, on pouvait se tapir, sûr de n'y être pas soupçonné par quelqu'un faisant l'ascension de la grimpette jusqu'à la plate-forme supérieure. Une fois la fente dépassée, une fois tourné le dernier lacet de la grimpette, il n'y avait plus moyen de redescendre sans être happé au passage par celui qui s'était établi là en sentinelle.

Valentin se glissa par la fente, et se tapit sur le palier, silencieux, immobile, attendant.

Il était environ dix heures du matin. Le soleil dardait violemment, et sa violence se multipliait aux réverbérations produites par les deux rocs. Les ronces, dont le palier était encombré, grésillaient de lumière et de cuisson. Valentin y était tète nue.

Malgré la chaleur étouffante, presque de fournaise, qui le frappait, l'enveloppait et le pénétrait, lui brûlant le crâne, lui calcinant le dos, lui faisant respirer du feu, il ne souffrait pas, ne s'assoupissait point, et sentait lui monter du sol, dans tout le corps, une fraîcheur. La terre, en effet, sous les ronces ardentes, était moussue, herbeuse

et détrempée par une mare iiiiausculc où s'attardait une infime sourcelette suintant goutte h goutle d'un des rocs. Quoique ses pieds n'en fussent humectés que bien lég^èrement, et qu'elle fût plutôt liédasse que fraîclie, Valentin avait l'impression d'y être baigné jusqu'au torse et dans du froid. Son cerveau, sous la calotte de plomb fondu qu'y mettait le soleil, n'en était que plus incendié.

Mais, si son activité délirante en était accrue, son activité sensorielle ne s'émoussait pas dans la congestion. Elle s'y aiguisait, au contraire Sa vue perçante, quand par hasard elle sondait la plaine et la route où pourtant il ne cherchait rien, y distinguait les choses à d'extraordinaires distances. Son ouïe, tendue aux plus vagues bruits qui pouvaient venir de la grimpette par la fente, y entendait les éboulis du sable désagrégé par la chaleur, et percevait en même temps le suintement de la sourcelette filtrant goutte à goutte, à travers l'herbe et la mousse, l'obscure chanson de ses larmes silencieuses.

Là-bas, là-bas, très loin, tout au bout «le la route, à l'endroit oii, blanciie, elle émerge d'une sapinière noire, là-bas, sur cette blancheur, ces deux foyers de blancheur plus blanciie encore! Ces deux choses énormes, pâles t't phosphorescentes! Les yeux de l'abbé!

Est-il en voiture, lui? Marche-t-il à pied? Quelqu'un l'accompagne-t-il? Est-il seul? Voilà ce (juc Valenlin ne sait pas, ne saura jamais. Un détail unique lui est discernable, à cause de sa nouveauté sans doute, (jui lui est inattendue, presque ridicule : cest un haut chapeau g-allican, aux larges ailes retroussées. Encore son attention n'en est-cllf frappée «juiine seconde, d'un éclair aussitôt éteint «jLi allumé. Tout le reste, il ne s'en doute pas, il ne le remanjue pas, il ne le voit pas. Il voit les yeux, les yeux, les deux yeux énormes, pâles el phosphorescents.

Et il en voit le regard, (jui le regarde.

Et ce regard avance lentement, comme ce matin avançait sur le lit la lave incandescente vers le

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collier de perles. Ce re^^ard sera là hionlôt, si tôt, si lerrihlenieiil tôt, tout à riiciirc, ton! de suilc!

Non! Yaleiiliu s'est enfoui sous les ronces, qui lui égralignent les mains et le visage, et qu'il ne sent pas. Il s'est jeté la face contre terre. Il iw voit plus les yeux de labbé. Le n.'gard ne viendra pas. Le regard est arrêté dans sa marche. Le regard se brisera contre le mur d'enceinte. Valentin rit d'un rire muet.

La terre est humide, molle, feutrée. L'obscure chanson de la sourcelette, murmurée de plus près, à l'oreille, se fait claire. Il y chante les mille bruits fourmillants de la terre toujours en travail, sous laquelle l'eau court comme de la lave, comme du sang. Un bourdonnement en émane, chatouillant à fleur de peau, s'insinuant dans les pores, mettant la chair en vibration. C'est le lit vivant, voluptueux, aux courtines de désirs, qu'est cette vieille terre de Thiérache.

De la mare minuscule où son front se rafraîcliit, Valentin respire l'odeur avec délices. L'éponge congestionnée de son cerveau s'y parfume, s'y grise, y jouit. Vient-elle de la mare minuscule seulement, cette odeur?Non. Elle s'exhale du creux de la vallée prochaine, du creux de toutes les vallées. C'est l'odeur légèrement croupie du marécage, qui sent la grenouille visqueuse aux prunelles d'or en extase. Il s'y rpêle l'haleine acre de l'oseraie, qui fleui-e l'écorce verte, arrachée, écrasée, de suc irritant, aphrodisiaque. C'est l'odeur même de la vieille Thiérache.

;IUi KAGIBASSE

Au-dessus, dans les ronces grésillantes de lumière et de cuisson, le soleil continue à darder viohminiont. Ainsi fail-il aux chevelures embroussaillées de toutes les sentes, à tous les détours des grimpettes d'où l'on peut bondir ainsi qu'un fauve. Ce sont les sentes et les grimpettes, c'est le soleil, de 11 vieille Thiérache.

i.lie les cache dans l'ombre de ses plus épais taillis, elle les cache sournoisement, ses étangs sinistres, la vieille Thiérache. Il y en a un non loin d'ici, à mi-chemin du cliâteau, un qui est voilé de grandes herbes et de larges nénuphars, qui semble un pré de velours, et dont la vase enlizante a des trous sans fond, des trous de noirceur impénétrables, des trous pareils aux trous de ténèbres que seront les yeux de l'abbé quand Valent in les aura crevés enfin. Quel bon repos, quel repos pour tous, dans la vase enlizante du sinistre étang, repos pour la petite fille du conte, pour Aïsii et pour Aïsha, pour le Prince Ciiarmant et pour la Belle au bois dormant ! Mais l'étang n'est pas si loin d'ici. Il est ici même. Le voici : celtcî mare minuscule que hume Valentin, dont il mange et boit l'àme en mâchant de la mousse. Il y mange du tambour. Il y boit de la cymbale. C'est l'âme même de la vieille Tiiiérache.

Son âme en détente s'y fond. Il en pleure doucement. Ses larmes goutte à goutte s'unissent aux larmes silencieuses de la sourcelelte. 11 est une chose qui flue dans l'inconscience. Tout en pleurant, cependant, il se reprend à rire d'un rire

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