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LA TECHNIQUE

ès

base de la panse, où il arrive fréquemment que la surface de l'argile est imparfaitement recouverter.

Le vase, qui subissait une première cuisson avant la pose de l’engobe, était de nouveau remis au feu avant de passer aux mains du peintre. Nulle part, en effet, on n’aperçoit que l’enduit, pourtant liquide, se soit mélangé à la couleur brune du décor.

Cette couleur est d’une composition évidemment analogue à celle du célèbre vernis attique. Noire à l’état cru, elle tourne, sous l’action du feu, au brun rouge, puis au rouge pâle2. La transformation se produit plus ou moins vite, suivant que ce vernis a été déposé sur l’engobe par . touches minces ou épaisses. Les premières pälissent rapidement, tandis que les autres demeurent tout à fait noires ou brunissent à peine. Si le vase est alors retiré du feu avant l'oxydation totale, on obtient un décor nuancé, dont les tons fort divers vont du noir au jaune pâle, en passant par le rouge orangé. Si le vase, soit à dessein, soit par mégarde, reste soumis plus longtemps à l’action du feu, le décor tout entier, même dans les touches épaisses, tourne au rouge et prend un ton clair uniforme.

En général, il semble bien qu’on n’ait pas cherché cette uniformité et qu’on ait au contraire tâché d'arrêter la cuisson au moment précis où les tons se trouvaient différenciés par une oxydation inégale. Les ornements prenaient alors un aspect plus riant et donnaient l’illusion de la polychromie. Il est douteux que les heureux effets de nuances et de relief, obtenus sur certains de nos vases, notamment dans les décorations florales, soient uniquement dus au hasard. Connaïssant cette propriété

1. Sur l’engobe et la pose de l’engobe dans la céramique antique, cf. L. Franchet, Céramique primitive, Paris, 1911, p. 91. 2. Cf. L. Franchet, ibid., p. 105 et suiv.

de la couleur dont ils faisaient usage, les peintres pouvaient songer à en lirer parti. Ils escomptaient sans doute ces transformations du vernis noir et les provoquaient eux-mêmes par la qualité de la touche. L'exemple le plus heureux de cette peinture nuancée nous est fourni par le beau lagynos du Louvre, qui porte à l'épaule une guirlande d’oliviert.

Sauf un petit nombre d'exceptions, la décoration répond à un type uniforme. Elle est sobre et légère. Au bas de la panse, à l’arête de l’épaule, au pied et au sommet du col, des cercles parallèles marquent les nervures du vase, accentuent les profils. Les ornements caractéristiques n’occupent jamais que la surface plane ou très légèrement convexe de l’épaule. Ils sont de deux sortes et les lagynoi se peuvent à cet égard classer en deux catégories distinctes. Le décor est tantôt linéaire, tantôt, et bien plus fréquemment, naturaliste. Ou bien il se compose de motifs abstraits et géométriques, tels que des oves, des languettes, des quadrillés ; ou bien il représente des feuillages, des animaux, des objets tels que des lyres, des couronnes, etc. Les deux styles ne se mélangent que très rarement.

Parmi les vases à décor linéaire, on a pu noter plus haut un lagynos d’Odessa, un autre d’Heidelberg, un troisième de Berlin:, simplement ornés de languettes rayonnantes. Sur un vase du Louvre et deux fragments de Pergame se rencontre la zone d’oves?. Celle de postes apparaît aussi à Délos, mais unie à d’autres motifs. Enfin, un tesson délien nous montre un exemple de ce style géométrique récent (quadrillés, lignes parallèles, etc.), si fréquent dans la poterie à fond

2, NAGT, 119.

noir'. Somme toute, l’ornement linéaire reste, dans cette série, exceptionnel.

Il y est d’ailleurs d’un médiocre effet et convient mal à la manière libre et lancée qui distingue ces peintures de vases. Il n’a rien à faire de ces tons nuancés que la qualité du vernis brun permettait d'obtenir et qui donnent parfois un joli relief aux motifs floraux. Au contraire, les vases noirs du style de Gnathia, avec leur décor ténu imitant le métal incrusté?, s’accommodaient bien du dessin linéaire. Les peintres ne s’y sont pas mépris. À part quelques rares essais, ils s’en sont tenus pour la céramique à fond blanc au style naturaliste.

Des motifs que nous classons sous cette étiquette, les uns sont des images isolées, jetées sur le fond blanc à la manière de culs-de-lampe: les autres, des feuillages, courant à l'épaule du vase, comme une couronne naturelle passée autour du goulot. Parmi les premiers, le plus commun de tous est la couronne de banquet, nouée d'un lemnisque dont les boucles s’écartent et dont les extrémités retombent verticalement. Un bel exemple en est fourni par le fragment de Pergame dont M. Conze a donné la reproduction en couleurs$. Détail qu'on retrouve dans la décoration des autels sculptés, le lemnisque n'est pas un simple ruban, coupé à ses extrémités; il a l’apparence d'une longue manche de laine, terminée par deux poches que prolongent deux minces cordons pendants.

Une variante de ce motif consiste dans la couronne

1. Les fragments en question, qui ne figurent pas dans notre catalogue, seront publiés et reproduits dans un prochain fascicule de l’Exploration archéologique de Délos.

2. Îl est certain que le style de Gnathia imite les incrustations métalliques. Cette intention est surtout frappante dans les premiers essais qu'on a faits de ce style, vers la fin du 1v° siècle, dans les grands vases noirs dont le col est orné d’une très mince guirlande dorée. Comptes rendus, 1865, p. 182 (Ermitage, 605); Musée de Berlin, 2851-2864.

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