Watzinger, Holzsarkoph., pl. LI
2. Cf. Bulard, Peintures murales de Délos, p. 116 et suiv., pl. VI, A, etc. Un autre exemple d’ornementation illusionniste nous est fourni au 1v° siècle par les plats à poissons, de la technique des figures rouges. Cette variété de poterie se rencontre en Grèce, en Italie eten Crimée. (Cf, Watzinger, Athen. Mütteil., 1901, p.51, pl. Ill; Comptes rendus, 1866, pl. IV, p. 81; 1896, pl. V, p. 164; 1880; p. 107.)
3. Musée Égyptien, II, pl. VII, X, XVI, XVII; dans certains cas s’ajoutait encore à cette décoration une couronne de feuillage artificiel en bronze ou en terre cuite. Jbid., p. 21, fig. 1, pl. XI, VII, VII. Cf. aussi Lombroso, Bull.
Soc. Alex., 1910, p. 3 et 4.
ces lagynophories dont parle Athénée, le vase était orné de vrais feuillages. Peut-être un rite obligeait-il les comastes à poser leur propre couronne sur leur cruche à vin, comme on faisait aux Choes d'Athènes. C’est cette couronne que rappellent et remplacent les rameaux de myrte, de lierre ou d’olivier si souvent peints à l'épaule des lagynoi:.
La même intention se retrouve dans ces colliers à breloques, ces cordons chargés d’amulettes, dont les poteries à fond noir sont maintes fois décorées’. Cet ornement tient encore lieu d’un objet réel. Lorsqu'on en faisait une offrande, ou qu'il devenait un accessoire du culte, le vase à boire était sans doute paré, comme un autel, de bandelettes et de colliers3. De là vint, et de là seulement pouvait venir l’idée d’un pareil ornement.
Ce ne sont pas dans la céramique grecque les seuls faits à inscrire au compte de l’art illusionniste. D’autres motifs ont certainement la même origine, mais en quelque sorte au second degré. Ils n’ont pas été créés par les peintres de vases; à la place et dans les dimensions que ceux-ci leur donnent, ils ne peuvent viser au trompel'œil; mais là où ils firent leur première apparition, j'entends dans la peinture murale, ils voulaient sans nul doute et pouvaient facilement produire cet effet. Je veux surtout parler de la guirlande de fleurs, relevée çà et là par des lemnisques ou des supports tels que des bucränes.
Ce fort beau motif, dont l’art grec des derniers siècles
1. Dans la pompe de Ptolémée Philadelphe on portait des cratères couronnés de roses (Athen., V, 199 e).
6 2. Watzinger, Athen. Mitteil.,r901, p.70,n° ro; p. 7h, n° "#8 et note 1; p. 76, n°21; p.79, n° 27. Cf. Arch. Anzeig., 189r, col. 19; Comptes rendus, 1865, p:182(S Reinach, Antiq. Bosph., pl. XI; etc.). 3. Dans la « Magicienne » de Théocrite, le vase qui sert aux incantations est couronné d’un lemnisque de laine rouge (Theoc., Pharm., 2); cf. Comptes rendus, 1863, pl. VI, 4, cratère orné de bandelettes, dans une scène de comcdie. :
use jusqu'à l’excès, est certainement une invention de la peinture et de la sculpture monumentales, non point des céramistes. Je n’en connais pas d'exemple antérieur à cet autel peint de Ptolémée II, qu’on voit au Musée d'Alexandrie. Ici, la guirlande occupe la place et produit exactement l'effet des feuillages vivants dont l’autel était paré pendant les cérémonies du culte. Soutenue par des bandelettes, elle court aux quatre faces du cube de pierre et forme huit larges festons. Elle a ses dimensions et ses couleurs naturelles. À quelques mètres, l'illusion pouvait être parfaite. On sait combien d’imitateurs trouva cette innovation. Au second et au premier siècle avant notre ère et plus tard dans l’art romain, tout autel aura sa guirlande peinte ou sculptée. À Délos, les monuments de ce type ne se comptent plus. Les potiers qui faisaient du brüle-parfum un autel en miniature, n’ont pas manqué de reproduire cette décoration consacrée.
Dans la sculpture monumentale où elle n’est guère d’une moindre fréquence, la guirlande en relief tenait encore lieu d’un ornement rapporté. Au front des temples et des portiques, elle remplace les feuillages naturels qu’on suspendait en festons, avec les têtes des victimes".
Il est curieux de voir que ce motif de la guirlande sculptée, portée par des têtes de taureaux, ne fut pas créé d’un seul coup, mais par des essais successifs. L'illusionnisme, à ce qu'il semble, n’avançait que pas à pas. À Délos, au grand portique du Nord (fin du 1° siècle)?, il n'y a encore de taillé dans le marbre que les têtes de taureaux. Elles sont placées de distance en distance sur les triglyphes de la façade. Réduite à ce seul élément, la déco-
r. Sur cette coutume d’orner de guirlandes les édifices du culte et même les maisons pendant les jours de fête, cf. le relief d’Icarios. Pour les têtes des victimes, cf. Mon. d. Inst. 1859, pl. XXII.
2. Comptes rendus de l’Acad. des Inscr., 1907, p. 336 et suiv.
ration n’est pas du plus heureux effet. Elle se complétait évidemment par une guirlande de vrais feuillages qu'on posait sur les têtes de pierre. Ainsi se combinaient étroitement l’ornement vivant et l’ornement figuré. On ne tarda guère à franchir la seconde étape et les feuillages furent sculptés à leur tour. Sous cette forme complète et définitive, le motif se rencontre pour la première fois dans des édifices de Magnésie du Méandre:.
Quand il passa de la grande sculpture polychrome dans la céramique peinte ou à reliefs, il fut donc détourné de sa destination et de son sens primitifs. On n’y vit plus qu'un très gracieux ornement, à la fois très simple et très vivant, où se conciliaient avec bonheur le goût du décor floral et celui du décor linéaire. On l’apprécia pour luimême et sans songer à ces effets d'illusion qui en avaient tout d’abord été la raison d’être.
D’autres ornements que la guirlande purent ainsi prendre naissance dans la fresque murale, comme motifs trompe-l’œil, et ne passer qu'’ensuite dans la peinture de vases. Il est fort possible que certains des objets dionysiaques figurés sur les lagynoi aient été introduits par cette voie au répertoire décoratif. Dansles fêtes bachiques, on se servait certainement d'accessoires tels que des lyres, des couronnes et des vases, tout comme on faisait des guirlandes, pour orner les murs des édifices ou les parois des salles. La peinture illusionniste, qui si souvent imita les chaînes de feuillages naturels, dut aussi s’essayer à reproduire ces objets. On imagine facilement, dans une salle de banquet, des fresques figurant en trompe-l’œil des vases, des instruments de musique, des couronnes bien détachées sur le fond clair des stucs.. Ces images peintes pouvaient donner l'illusion du réel et c'était une raison nouvelle pour qu’on se plût à de tels sujets.
1 Magnesia am Maeander, p. 8r et 84. Cf. Dict, des Antiquités, s. v. Serta.
En Grèce, où les peintures murales n’ont laissé que de rares vestiges, ce genre de tableau ne s’est pas encore rencontré. Mais les fresques pompéiennes ont développé à l’envi des thèmes fort analogues. On y voit des vases posés sur des corniches, des pièces de gibier, des masques accrochés aux parois des chambres. Enfin, les textes nous font connaître une composition décorative, fameuse dans l’antiquité, et d’une inspiration toute pareille, C'est cette mosaïque de l’Asorolos oikos, qu'avait dessinée pour une salle à manger un artiste de Pergame du nom de Sosos :. Elle figurait, avec tant de vérité qu’on s’y pouvait méprendre, les reliefs d’un repas épars sur le sol. L'exemple de cette œuvre, qu'on peut avec vraisemblance rapporter au temps des Attalides, est un de ceux qui attestent la diffusion du procédé illusionniste. Il nous laisse apercevoir comment les peintres pouvaient être conduits à faire un ornement de l’objet le plus vulgaire. Si l’art de ce temps montre un tel goût pour ce genre de représentations, ce n’est pas seulement qu’on voie dans certains objets des symboles de la religion dionysiaque, ce n’est pas non plus qu’on trouve une beauté de lignes particulière à des ustensiles tels qu’une lanterne ou un filet: c’est que ces images, bien mieux que d'autres, se prêtent au jeu favori de l'illusionnisme. Une fois admis dans la liste des sujets consacrés où puisaient les décorateurs, on oublia leur sens originel : on y vit des motifs pareils à tous les autres ; ils plurent surtout par l’idée joyeuse ou mystique qu'ils évoquaient, et c’est à ce titre qu'ils passèrent dans la peinture de vases.
Nous ne pouvons traiter de l'illusionnisme sans mentionner au moins un autre thème ornemental, qui rappelle fort, par son origine, celui de la guirlande aux
r Overbeck, noie 2158-2160 (Pline, Nat. Hist., XXXVI, 184; Stal., Silv. I, 3, 53: Apoll. Sidon., Garm., 23, 55).
bucrânes. Il consiste à figurer des armes, en bas-relief, sur les murs ou les entablements des édifices. Ce mode de décoration demeure spécial à l’architecture, et la peinture céramique ne se l’est pas appropriée.
Un très vieil usage voulait qu'on suspendiît aux parois des temples, des trésors ou des portiques les dépouilles prises à l'ennemi. Dans Athènes, les colonnades de l’Agora étaient chargées de ces trophées?. Aux temples d'Olympie et de Delphes, des boucliers de bronze étaient fixés sur les blocs de la frise. Le Parthénon lui-même finit par recevoir une semblable parure. De même qu'elle imitait les guirlandes naturelles, la sculpture monumentale reproduisit cette autre sorte d'ornement. Si les ruines qu'a pu voir encore Ulrichs près de Leuctres étaient bien celles du trophée construit par les Thébains*, la première idée de ce décor remonterait jusqu’au 1v° siècle. Le monument en question, aujourd’hui disparu, était un mausolée circulaire, couvert d’une coupole et orné, tout autour, de boucliers sculptés en forts reliefs. À Milet, au second siècle, le bouleutérion récemment découveri étale sur sa frise des armes galates !. Plus tard, le motif du bouclier sculpté devient banal jusqu'à perdre toute signification. On en usa comme d’une simple rosace, pour combler les vides des métopes. A Pergame, la stoa d’Athéna Polias nous montre une variante du thème primitif 5. Les célèbres reliefs de la balustrade ne figurent plus des boucliers suspendus de place en place, mais un amoncellement d’armes de toute sorte. C’est le butin de la bataille, jeté là, pêle-mêle, en offrande à la déesse de
. On voit cependant représentées quelquefois sur des ne à reliefs, soit a armes galates, soit des armes de gladiateurs. “ . Wachsmuth, Athen im Altert., 11, p. 427.
3. Ulrichs, Reisen und Forschungen in Griechenland, P- 110. h. Knackfuss, Das Rathaus in Milet, Ausgrabungen in Milet, fasc. Il, Berlin,
1908 ; Durm, Baukunst d. Griechen, 3° Et p. 511, fig. 458. 5, Durm, ibid, p. 504, fig. 448.
la cité. Nous retrouverons plus tard ces monceaux de dépouilles sur les arcs de triomphe romains.
Les vases peints qui nous ont fourni l’occasion des remarques précédentes sont parmi les derniers produits des fabriques grecques. Après eux, la peinture céramique ne fera plus que végéter. Mais le style ornemental dont ils participent, et dont nous avons marqué quelques traits, n’en est encore qu'à sa première floraison. Il continuera de se développer en Grèce, dans les autres branches de l’art. Transplanté sur le sol italien, au contact d’une civilisation plus jeune, il portera des fruits imprévus. Le naturalisme et l’illusionnisme, dont nous avons observé le lent progrès, ont désormais cause gagnée. Dans les styles pompéiens ils régneront sans conteste.
Vu; Le 9 octobre 1912:
Le Doyen de la Faculté des Lettres de l’Université de Paris,