‹ Laïs de Corinthe et Ninon de LenclosChapitre 1 sur 45 · PARALLÈLE · texte numérisé non relu

PARALLÈLE

Déjà dans trois ouvrages (1) écrits pour les gens s^ du monde, nous avons esquissé, aussi fidèlement que possible, le portrait de la femmie en général : notre but, dans cet opuscule, a été de choisir deux types féminins réunissant, au plus haut degré, les diverses qualités qui constituent la beauté de la forme vivifiée par Vesprit et les grâces. Ces deux types, nous les avons trouvés dans Laïs de Corinthe et A7non de Lenclos.

On rencontre dans la vie de ces deux femmes, jus-

(1) Phrjsiohgia des trente beautés de la femme, prix :2 fr. 50 C; Hygiène et perfectionnement de la hcauté humaine, dans ses lljnc?, ses formes et sa couleur, prix : 3 fr.; Hygiène du visage et de la. •leau, prix : 2 fr. 30 c. — Chez Donlu, libraire, grJcrie d'Oi'lô.nns, ralaij-Royal; à Paris.

îement célèbres, des rapprochements et des rapports si intimes, des ressemblances et des analogies si frappantes, que le biographe étonné se demande s'il ne s'est point trompé en attribuant à l'une ce qui appartient à l'autre : mêmes grâces, mêmes penchants à la galanterie, mêmes moyens de plaire et d'enchaîner les cœurs, même amour pour les plaisirs, même esprit philosophique, et, cependant, plus de deux mille ans séparent ces deux existences ! La seule différence qu'on puisse signaler dans cette identité singulière, c'est que la Gorinthieime passe pour avoir thésaurisé, tandis que la Parisienne fut toujours généreuse et désintéressée. Cette différence trouvera son explication dans les KSurs des temps où elles vécurent.

L'antiquité montre plusieurs femmes qui eurent l'orgueil de se faire bâtir des temples pour y être adorées; Laïs fut de ce nombre. L'exécution d'un semblable projet exigeait des sommes énormes : sa réputation d'incomparable beauté, qui remplit le vieux monde, les lui fit trouver. On vit à Gorinthe s'élever un temple où la statue de Laïs, ouvrage de Timmortel Scopas, reçut l'encens réservé aux déesses, sous le nom de LaïsEucliarite.

Au siècle de Ninon, une religion plus austère avait renversé , de leur piédestal, les statues des

dieux de l'Olympe; la beauté physique n'était plus regardée que comme une qualité accessoire, et les vertus seules pouvaient prétendre à la canonisation.

Quelques lecteurs objecteront peut-être que le jhoix de Laïs et de Ninon, prises comme termes de comparaison, pourra bien ne pas être du goût de toutes les femmes ?

Nous répondrons à cela qu'il n'est nullement question ici de l'individualité, et que, faisant une entière abstraction de tout ce qui peut ternir le vif éclat dont brillèrent ces deux célébrités, nous ne les considérons que comme le portrait le mieux dessiné, l'expression la plus éloquente de la beauté féminine dans ce qu'elle a de plus complet , c'est-à-dire, esprit, grâces et perfection de formes.

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