HIPPIAS
Antisthène, qui hait les hommes d'argent parce qu'ils font mille bassesses pour se le procurer, accuse Ghrysidès et Aristippe d'aimer l'argent.
CHRYSIDÈS.
Oui, j'aime l'argent, mais point les coups de bâton.
BACCHTS.
Aristippe se procure l'argent avec esprit et le dépense largement; tandis que toi tu le subtilises à tes clients pour l'enfermer dans tes coffres.
CHRYSIDÈS.
Oh! ob! ma jolie colombe, on devine que tu es
l'amie de Musariou, à qui j'ai refusé l'autre jour un
talent. Ce que tu viens de dire ne saurait empêcher
que Socrate, Platon, Diogène et vingt autres aient
porté contre Aristippe la même accusation qu'An-
tisthène.
BACcms.
Et qu'est-ce que cela prouv3?
CHRYSroÉS.
Cela prouve qu' Aristippe ferait encore pis que moi pour se procurer de l'argent.
LAÏS
J'ai pour principe de défendre mes amis; or, Aristippe étant mon ami, je dois dire à sa louange qu'il no tient nullement à l'argent, et qu'il s'en passerait tout aussi bien que Diogène, si les plaisirs s'obtenaient gratis. Les faits suivants, que vous ignorez peut-être, vous en fourniront la preuve :
Aristippe venait de recevoir une forte somme; s'étant aperçu que son esclave pliait sous le poids de l'argent qu'il portait et marchait difficilement
jette tout ce que tu as de trop, lui dit-il, et ne portes que ce que tu pourras.
BACCHIS
Tu n'aurais pas fait cela, toi, Chrysidès?..,
LAÏS
Une autre fois, Aristippe fit cadeau à un débiteur de deux talents, pour ne pas réduire une famille à la misère. Remarquez bien surtout qu'ArisliiJpe fit ce cadeau dans un moment où il a-\'ait luimême besoin d'argent. Je pourrais citer plusieurs autres faits semblables en faveur de mon ami Aristippe. Est-ce là un homme d'argent?
SCOPAS
Certainement non.