UNE VOIX
Mais on l'accuse de flatterie, de basse adulation envers le tyran Denys.
ARISTIPPE
S'il en était autrement, je serais le seul homme sur la terre qui n'eût des envieux.
LAÏS
Je l'absoudrai encore de cette accusation par l'anecdote suivante : Aristippe implorait la clémence de Denys pour un des amis de Platon compromis dans une conspiration contre le tyran de Syracuse; il le suppliait de lui accorder sa grâce. Denys repoussa brusquement Aristippe, qui trébucha et alla tomber à ses pieds, le suppliant toujours . Un de ces
misérables qu'on nomme courtisans, crut plaire à son maître en taxant Aristippe de bassesse ; mais Aristippe répondit : « Ce n'est pas ma faute , c'est celle de Denys, qui a les oreilles aux pieds. » Le tyran se mit à sourire de l'à-propos, releva notre ami et lui accorda la grâce qu'il demandait.
Léontidès, Xénophon, Scopas, Myron et plusieurs autres convives, qui avaient écouté Laïs, se levèrent pour serrer la main d' Aristippe en signe de félicitation.
LAÏS
Devant cette approbation générale et spontanée en faveur d' Aristippe de Cyrènej.le plus éloquent plaidoyer de Démosthènes resterait encore en arrière.
BACCHIS
Quoi ! seigneur Léontidès, lorsque le plaisir laii mouvoir toutes les lèvres, toi seul re.tes muet? Tu nous dois une strophe et ne peux la refuser. LAÏS, en souriant.
Allons, cher Léontidès, tous nos amis l'exigent; il faut acquitter ta dette.
LÉONTIDÈS.
Lorsque Laïs demande avec son charmant sourire, c'est à nous d'obéir.
11 prit une lyre et chanta :
LÉONTIDÈS.
Pour moi, le vin et son ivresse N'oiïrent qu'un plaisir agité j
C'est dai's les yeux d'une maîtresse Que je puise la volupté.
Oui, sa beauté me transporte et m'enflamme, Sa douce voix fait palpiter mon cœur, Et son regard se glisse dans mon âme Comme un rayon d'amour et de bonheur.
SCOPAS
Une élégie en ce moment , à quoi songes-tu, Léontidès ?
ARISTIPPE
A l'amour.
BACCHIS
Cette charmante strophe est l'expression fidèle de ce qui se passe dans le cœur de Léontidès ; il aime
CHRYSIDÈS.
Et moi aussi, j'aime