‹ Laïs de Corinthe et Ninon de LenclosChapitre 22 sur 45 · UN JEUNE EUPATRIDE · texte numérisé non relu

UN JEUNE EUPATRIDE

Prytanes , je dois l'avouer à ma honte, mais je remplis un devoir : mes amis et moi , fils des premières familles de Corinthe , étions tombés dans les abîmes de la débauche ; les sages conseils de Laïs nous en ont retirés. Honneur à elle 1

(Trois prêlresses de Vénus, couronnées de myples, s'avancent devant les juges.)

UNE PRÉTRESSE.

Augustes magistrats de la riche Corinthe, écoutez : Dans sa piété et sa reconnaissance envers les dieux, Laïs a fait bâtir un temple à Vénus Mélanis et nous en a institué les prêtresses. L'accusation d'impiété portée contre elle est donc un absurde mensonge.

PLUSIEURS voix PARTANT DU PEUPLE.

Le nom de Laïs est révéré parmi nous comme celui d'une déesse bienfaisante. Honneur à elle I et honte à son accusateur.

LÉONTIDÈS.

Élus de la nation, nobles Prytanes, je vous le demande, le plus éloquent plaidoyer ne resterait-il pas au-dessous de ce que vous venez de voir et d'en-

tendre. Et, s'il restait encore un doute «dans l'esprii de quelques-uns de vous, il va tomber devant cette lettre que l'accusateur écrivait à Laïs, après l'insuccès du guet-apens qu'il a tenté contre elle.

(Il remet la lettre aux juges, qui se la passent de mains en mains.'' DOLÉAS.

Cette lettre est une calomnie, un fauxl je demande contre le faussaire un châtiment en rapport avec l'insulte faite au ministre des dieux.

LÉONTIDÈS.

Que ce châtiment retombe sur toi et les tiens ! Va t si la justice des hommes tardait à te frapper, tu ne saurais échapper à celle des dieux, que tu profanes.

DIOGÈNE

Oh! si j'étais Jupiter, et qu'au lieu de ce bâton j'eusse la foudre en main, comme je vous écraserais, toi, ton maître et tous ses semblables...

LE PRÉSIDENT

Le défenseur a-t-il autre chose pour la défense?

LÉONTIDÈS.

Je n'ajouterai que ces derniers mots :

Le peuple, confiant dans la justice de ses magistrats, attend avec impatience le triomphe de Laïs ; et vous mêmes, illustres Prytanes, vous êtes trop

édairés , trop sages , pour condamner la merveille dont se glorifie la ville de Gorinthe, et qui lui attire l'admiration du monde entier. Tournez vos yeux sur l'accusée; regardez et jugez !

(Léonlidès fait lomter le voile qui cachait Laïs, et le peuple pousse un cri d'admiration en contemplant la rare beauté de cette femme célèbre.)

— Silence ! silence ! cria la voix du héraut; écoutez la sentence du tribunal suprême.

LE PRÉSIDENT

Après l'éclatante manisfetation du peuple en faveur de Laïs, les Prytanes , à l'unanimité , la renvoient de la plainte...

(La joie du peuple est à son comble et des applaudissements tumultueux couvrent la voix des hérauts, qui cherchent à ramener le silence. Après cette première effervescence, lorsque le calme s'est rétabli dans l'assemblée, le président continue.)

— Corinthiens, par l'équité de cette sentence, les Prytanes croient honorer les dieux en respectant un de leurs plus beaux ouvrages, et mériter l'amour de leurs concitoyens en protégeant le faible contre les persécutions du puissant... Gardes I emparez-vous de la personne de l'accusateur.

(Un immense bravo fait retentir les airs; toutes les voix de la foule semblent s'être réunies en une seule pour féliciter les Prytanes.)

DiOGÈNE, agitani son bâton.

Gardes , voulez-vous mon bâton pour caresser les... contours de ce misérable ?

(Des rires bruyants accueillent les paroles du Cynique.)

— Silence ! silence ! s'écrie le héraut; écoutez,

LE PRÉSIDENT

Et toi Laïs, monte au temple de Vénus pour lui rendre grâce de nous avoir inspiré.

— Honneur ! gloire aux Prytanes ! crie-t-on de tous côtés.

(La joie du peuple éclate naïve et bruyante. Doléas est entraîné parles gardes et proteste en vain au nom de l'hiérophante d'Eleusis. — Léontidès prend Lais par la main et la conduit devant les Prytanes, pour les remercier. Les femmes de la maison de Laïs et toutes les personnes qui sont venues déposer en sa faveur, s'avancent également devant la tribune oh siègent les magistrats, et chacune à son tour y dépose une couronne. Des applaudissements multipliés les accompagnent.)

LE PRÉSIDENT

Général Léontidès, prenez cette couronne et placez-la sur la tête de Laïs, comme un éclatant hommage rendu à la bienfaisance, si rare de nos jours.

LÉONTIDÈS {coiironnant Lais).

Au nom du peuple de Corinthe ! s'écrie-t-il d'une voix retentissante, au nom de l'humanité en-

^ère, je remercie les Prytanes d'avoir, par un jugement à jamais mémorable, protégé l'innocence* confondu et condamné le crime, dans l'odieuse personne du prêtre d'Eleusis !

Laïs, entourée de ses amis et suivie de la multitude, se rendit au temple de Vénus ; mais, dans leur enthousiasme, les Corinthiens, ne voulant pas la laisser marcher, la portèrent en triomphe jusque sur les marches du temple. Ce fut pour Laïs une véritable ovation. La ville de Gorinthe lit frapper une médaille pour perpétuer le jugement mémorable des Prytanes. Sur cette médaille, Laïs était représentée debout sur un piédestal et le peuple lui offrant des couronnes.

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