M. DE RÉMUSAT
« Lakanal s*e3t uni à toutes les pensées de cette assemblée, de formidable mémoire, qui sacrifia tout à sa cause, même la justice, tout, excepté la grandeur de la patrie. . .
» 11 restera présent à nos souvenii's ce vieillard grave et calme, dont les manières douces laissaient entrevoir l'énergie intérieure ; nous n'avions point de confrère plus exact, plus dévoué dans sa modestie silencieuse aux objets de nos études. Ses mœurs étaient simples ; son caractère, stoïque ; ses opinions, inébranlables. Invariablement fidèle aux pensées et aux souvenirs de sa jeunesse, son inflexible esprit avait résisté à toutes les épreuves. Son passé se lisait en quelque sorte sur son front sévère, mais sa vieillesse était sereine ; il aima jusqu'au dernier jour son pays, ses amis, les lettres, et quand le terme est venu, il a vu la mort sans orainte et sans regret.
M. BLANQUL
« M. Lakanal semblait devoir rester plus longtemps parmi nous ; il n'avait, disait-il, que quatre-vingt-trois ans, et sa constitution robuste, fortifiée par le malheur et la tempérance, lui promettait de plus longs jours. Un moment de froid, de ce* froid vif et soudain qui tue souvent les vieillards, le frappe d'un coup mortel sur le chemin de Tlnstitut... U ne manquait pas plus à nos paisibles réunions qu'il n'avait manqué aux séances les plus orageuses de la Convention...
Cet homme, qui avait joué son rôle de soldat
politique dans la Révolution et qui avait porté d'une main si ferme le sabre de conventionnel, préférait la plume et la retraite aux armes et à l'éclat. Il s'était familiarisé de bonne heure avec les écrits des anciens ; il les avait traduits avec
' une patience de bénédictin, et il nous citait, il y a trois jours à peine, sur ces grandes et mystérieuses questions de la Providence et de la Destinée future, des passages sublimes de Cicéron et de saint Augustin. Mais ce qui distingua surtout M. Lakanal, c'est le désintéressement et la fermeté stoïque de son caractère.
Lakanal est mort pauvre, de cette pauvreté
qui eiit effrayé une àme moins fière que la sienne et qui serait inexplicable chez un homme d'une vie si simple, si austère et si bien ordonnée, sans la connaissance de ses malheurs, de ses vinjrt ans d'exil et de son
.long séjour sur la terre étrangère. Encore est-ce vous qui lui avez rendu l'existence possible en France, en le rappelant dans votre sein et en lui restituant la modeste indemnité que nous tenons de la munificence de l'Etat. Sans votre intervention, le doyen de l'Institut et l'un de ses fondateurs, le conventionnel qui avait approvisionné et défendu nos places fortes, le créateur de vingt collèges, le défenseur des intérêts scientifiques au jour du danger, serait mort dans l'exil.
Il laisse une veuve et un jeune enfant que le pays adoptera, nous en avons la confiance. Nous appartenons à une génération riche et heureuse pour qui le désintéressement doit avoir au moins le charme d'une vertu antique. Prouvons, Messieurs, que* nous sommes dignes de la comprendre en l'honorant, pour qu'elle n'ait pas tout à fait disparu de la terre le jour où la patrie en aura besoin.
Adieu donc, Lakanal, homme simple et doux, citoyen intègre, noble et ferme caractère, adieu. On ne pleure pas
des boQUDes tds que toi, ~oa les mdmire et oa tidie de las «
imiter. »