‹ LakanalChapitre 16 sur 19 · LA VIEILLESSE ET LA MORT D*UN SAGE · texte numérisé non relu

LA VIEILLESSE ET LA MORT D*UN SAGE

spirituel : « Je suis vieux, j'ai quatre-vingt-deux ans. . ^ . La Rochefoucauld dit : Il 7 a peu de gens qui sachent être vieux, et j*ai médité cette maxime ... .Je me suis décidément voué au culte de cette dixième muse à laquelle le sage Numa fit dresser des autels et qui présidait à l'art d'écouter et de se taire. »

Bientôt l'heure du repos allait sonner pour lui ; en décembre 1844, au sortir d'une séance, il éprouva un refroidissement et se vit le lendemain cloué sur son lit par un catarrhe bronchique ; il comprit aussitôt qu'à son âge il n'en réchapperait point et dit à son collègue le docteur Lélut qui lui prodiguait ses secours : « Vos soins ne me sauveront pas ; je sens qu'il n'y a plus d'huile dans la lampe. »

Sa mort fut celle d'un sage et d'un philosophe. Nous tenons de son petit neveu que, la veille de sa mort, ilrecon^manda de donner au perruquier voisin, pour acquitter sa seule dette, les derniers dix francs qui restaient à la maison.

Quelques amis entouraient son chevet, Blanqui, David d'Angers, Isidore Geoffroy Saint-Hilaire ; il les entretint ^jusqu'à son agonie dans le langage noble et un peu emphatique qu'il avait toujours conservé. La conscience d'une existence bien remplie donnait à ses derniers moments une sérénité si parfaite qu'ils font penser de suite aux pages admirables où Victor Hugo a peint, dans les Misérables, la mort du conventionnel. « Je vais paraître devant Dieu le cœur pur et les mains nettes : je n'ai jamais eu sur mes mains une goutte de sang, ni dedans une obole mal acquise ^ »

^ M . Jules Claretie, dans rintéressante chronique qu'il a publiée dans le Journal U Temps du 15 avril 1881^ donne une version un peu différente :

« Un prêtre était venu an chevet du mourant et avait laissé tomber

Telles furent à peu près ses dernières paroles. Il s'éteignit le 14 fé\Tier 1845.

le mot do rtmordi. Le convantionnel répondit: • Je suis prêt à recommeQcer toute ma vie. Quant à mes voles, je n'ai que quatre mots à . dire, et jn les emprunte au Saint-Pàre : La conscitnce avû»t tout. •

Obsèques. — Lakanal et la postérité

Une lettre de faire-part ainsi conçue fut envoyée à tous

ses collègues de T Institut :

Vous êtes prié d'assister aux convoi et inhumation de M. Joseph Lakanal, membre de Tlnstitut royal de France, ex-membre de la Convention nationale et du Conseil des Cinq-Cents, aujourd'hui décédé en sa maison à Paris, rue Royale-Saint-Antoine, n<** 10 et 12, dans sa quatre-vingtdeuxième année, qui se feront dimanche prochain, 16 février, à onze heures du matin.

On se réunira à cette heure, à la maison mortuaire.

De la part de Mme Lakanal, sa veuve, et de ses enfants et petits-enfants.

De Profundis !

Paris, le 14 février 1845.

Bien peu de ses collègues, cependant, raccompagnèrent à sa dernière demeure; car, d'après G. Saint-Hilaire, une vingtaine de personnes seulement, parmi lesquelles quelques voisins, suivaient son cercueil au Père-Lachaise , le dimanche 16 février.

M. Claretie dit, — mais nous n'avons pu vérifier Texac-

titude de cette allégation — que Lakanal fut enterré dans la fosse commune.

' Le Moniteur du 1*7 contient les discours prononcés sur la tombe par MM. de Bémusat, Blanqui, Lélut et Carnot. U nous a paru intéressant d*en reproduire les passages les plus saillants.

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