‹ LakméChapitre 19 sur 51 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

Lakiné, dès que les deux serviteurs sont sortis, va droit à Gérald qui a fait ur pas vers ella et qui la regarde avec ravissement.

LAKMÉ, courroucée.

D'où viens-tu ? Que veux-tu? Pour punir ton audace

On t'aurait tué devant moi.

Mais je rougis de mon effroi,

Et je ne veux pas qu'on sache Que le pied d'un barbare a souillé d'une tache La demeure sacrée où mon père se cache, Oublie et pour jamais ce qui frappe tes yeux, Va-t'en ! je suis fille des Dieux !

GÉRALD

Oublier que je t'ai vue Te redressant tout émue Sous un geste triomphant ?

De colère frémissante, Inflexible, menaçante Avec ce regard d'enfant ?

Jamais le plus téméraire,

Jamais un Hindou, mon frère,

N'oserait parler ainsi .

Et le Dieu qui me protège

Punira ton sacrilège,

Va t'en ! va t'en ! sors d'i< i !

GÉRALD

Oublier que je t'ai vue Et cette grâce ingénue Et ce charme pénétrant?

Ah ! tu veux que je t'oublie Lorsque je sens que ma vie A tes lèvres se suspend ?

L A K M É j un peu radoucie.

Tu ne savais pas, sans doute, Quel danger tu courais. Maintenant, suis ta route, Va ! c'est la mort dont rien ne saurait te garder, Va!

GÉRALD, sans bouger.

Laisse-moi te regarder.

LAKMÉ, à part.

C'est pour moi dont il sait la haine, Et c'est pour me voir un instant * Qu'il brave la mort; qu'il l'attend?

Quelle force vers moi l'entraîne?

Rien ne l'épouvante ?

D'où te vient Cette audace surhumaine?

Quel est le Dieu qui te soutient?

GÉRALD

C'est le dieu de la jeunesse, C'est le dieu du printemps,

C'est le dieu qui te caresse De ses baisers ardents,

Pour qui s'ouvrent les calices Des roses chaque jour,

C'est le dieu de tes caprices, C'est l'amour!

LAKMÉ, à part.

Il m'a semblé qu'une flamme Avait passé sur mon âme,

A Gérai J,

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