AVANT-PROPOS
Parmi les nombreux blessés, auxquels j'ai eu l'honneur de donner mes soins durant la dernière guerre, il en est un cerlainnombre particulièrement pitoyables, dontlemalheureux sort m'a toujours très vivement impressionné; je veux parler des « choqués ».
Transis, blêmes, grelottants, couverts de sang et de boue, exténués, respirant avec effort, parlant avec peine, ils sem- .blaïient n'avoir plus la force de vivre. Ces choqués, très rares sur le champ de bataille, étaient nombreux dans les ambulances.
J'ai toujours été frappé pour ma part de la rareté du choc dans la zone du combat, de sa fréquence dans les formations de l'arrière.
Cet état de collapsus algide ne se déclarait en effet le plus souvent qu'un certain temps après la blessure, variable suivant les résistances individuelles et la nature du traumatisme.
Le choc ne m'a été familier, que du jour où je me suis trouvé affecté à l’'ambulance 2/4 sous les ordres du Docteur Marquis, médecin-chef de l’auto-chir. 22. Là, chargé pendant quelque Lemps du service des choqués, j'ai pu m’apercevoir que le même traitement (réchauffement, huile camphrée) appliqué à tous ces blessés, qui au point de vue clinique se ressemblaient tous, donnait des résultats extrêmement variables. Quelques uns se remontaient; c'était malheureusement la minorité; l’état des autres empirait el ceux-là ne tardaient pas à mourir. Fallait-il intervenir ? Devait-on s’abstenir? La question se posait toujours obsédante, angoissante,
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Le choc était alors un problème mal éclairci; les inconnues en étaient malheureusement trop nombreuses; il ne pouvait encore être résolu.
Problème passionnément intéressant, dont j'acceptai l'étude avec empressement le jour où M. Delaunay, sollicité par moi, me proposa l’algidité comme sujet de thèse. Ma tâche fut ardue, parfois décevante, et sans les conseils et les encouragements de M. Delaunay, je l'aurais jugée au-dessus de mes forces; mais, grâce à lui, nous avons pu cependant tenter de tirer l’algidité de l'oubli, d'en faire ressortir le rôle dans la pathogénie du choc. Au moment où, sous l'impulsion de MM. Quenu et Delbet, les théories toxémiques règnent en maîtresses, il nous a semblé tout particulièrement utile d'entreprendre un tel travail.