AVANT-PROPOS
Nous devons expliquer en quelques mots le but et la portée de cette publication.
Nous l’avons appelée « Bibliothèque scientifique rétrospective », parce que notre intention est double : d’une part, nous voulons que cette Bibliothèque soit franchement scientifique, avec des faits et des détails utiles encore à connaître aujourd’hui ; et, d’autre part, nous avons l’intention de n’admettre que des travaux devenus absolument classiques et consacrés par l’admiration universelle.
A notre époque, en cette fièvre de production hâtive, on se dispense trop d’avoir recours aux auteurs originaux. Une analyse, presque toujours inexacte et tou-
jours insuffisante, voilà ce que demandent le lecteur superficiel, l’étudiant, et même le professeur. Quant à se reporter aux ouvrages londamentaux et originaux, on n’y pense guères, et peut-être n’y pense-t-on pas parce que rien n’est plus pénible que d’aller consulter les vieux documents bibliographiques.
Ainsi, pour prendre l’exemple du premier ouvrage que nous publions ici, il n’est pas facile de pouvoir lire Lavoisier dans la forme originale. La grande publication in-quarto du ministère de l’Instruction publique est fort coûteuse, et d’ailleurs à l'heure actuelle elle est tout à fait épuisée. Quant aux mémoires de l’Académie des sciences, qui donc peut les avoir chez soi ? Alors, comme on ne peut lire Lavoisier que dans les bibliothèques publiques, on ne le lit pas, ce qui est bien simple et à la portée de tout le monde. Il s ensuit que presque personne n’a lu Lavoisier; et c’est assurément grand dommage.
Nous voulons changer, dans la faible mesure de nos forces, cet état de choses. Il faut que tout étudiant, tout travailleur , puisse connaître les maîtres do la science autrement que par des citations de dixième main. Pour être un homme de bonne société, il faut fréquenter les gens de bonne société : eh bien! pour apprendre à penser, il faut fréquenter ceux qui ont pensé profondément, ceux qui, par leur pénétration, ont régénéré la science et ouvert des voies nouvelles.
Un manuel, c’est un très bon livre et probablement un livre nécessaire; mais il faut sortir du manuel, et le meilleur moyen d’en sortir c’est de se reporter aux ouvrages des maîtres. Que dirait-on d’un peintre qui ne voudrait étudier les tableaux de Rubens ou de Raphaël que d’après des photographies? Encore les photographies donnent-elles d’un tableau une image plus exacte que l’analyse d’un mémoire de Lavoisier, de Lamarck, ou de Harvey, ou de Richat, ne fait connaître la pensée de Lavoisier, ou de Lamarck, ou de Harvey, ou de Bichat.
Nous n’avons pas voulu faire de cette publication une œuvre de luxe. Nous avons préféré la mettre à la portée de tout le monde. Le prix de chacun de ces petits volumes est tout à fait modique , si bien que chaque étudiant, pour une dizaine de francs, va pouvoir posséder à peu près tout ce qu’il a besoin de connaître en effet de science parmi les auteurs passés. Si cela lui donne le goût d’en lire davantage, et d’aller consulter les œuvres complètes, et non les fragments étendus que nous donnons, rien de mieux; mais ce sera un vrai luxe d’érudition, voire même un luxe assez rare, et notre Bibliothèque rétrospective sera, croyons-nous, suffisante pour la grande majorité des jeunes gens.
Quoique l’édition soit à très bas prix, nous n’avons rien négligé pour la rendre correcte. Je tiens à remer-
cier mon ami M. Alexis Julien, qui m’a assisté dans mon entreprise, ainsi que les imprimeurs et les éditeurs qui y ont donné tous les soins nécessaires.
Les premiers volumes sont surtout consacrés aux sciences biologiques et médicales. Plus tard nous espérons l’étendre à d’autres sciences; nous pourrons aussi, sans doute, au lieu d’extraits de livres, donner des extraits des mémoires les plus importants qui, dans le passé de la science, ont fait époque. Mais au début nous donnerons seulement les grands écrivains scientifiques de la biologie : Lavoisier, Harvey, Bichat, Haller, Lamarck, Laënnec, Legallois, Hunter et William Edwards.
Charles Richet.
Jean-Baptiste de Monet, chevalier de Lamarck, né à Bazentin, en Picardie, en 1744, commença par le métier militaire, puis se livra à l’étude de la botanique. 11 publia une Flore française en 1778. Ses ressources étaient très restreintes, et, malgré un assidu travail, il n’avait pu obtenir aucune situation scientifique. En 1794, quand le Muséum d’histoire naturelle fut créé, Geoffroy Saint- Hilaire, âgé de 21 ans, fut chargé de la zoologie des animaux supérieurs; on confia à Lamarck l’étude des invertébrés, insectes et mollusques, polypes et vers, que la classification de Linné avait laissés dans la confusion.
De 1794 jusqu’à sa mort, 1829, Lamarck professa au Muséum et il publia des livres où, devançant son époque, il indiquait la nécessité du changement de la forme des êtres animés suivant les milieux. Darwin a repris plus tard, avec un ensemble de preuves abondantes et ingénieuses, l’idée que Lamarck avait énoncée; idée qui, n’étant pas appuyée sur des faits, avait passé, dans le monde scientifique, à peu près inaperçue.
On lira, à la fin de l’extrait que nous donnons de la Philosophie zoologique, l’appréciation que M. Haeclcel, un des savants contemporains les plus éminents et un partisan résolu du Darwinisme, porte sur l’œuvre de Lamarck.
PRINCIPAUX OUVRAGES Flore française (1778).
Philosophie zoologique. 2 volumes in-8° (1809).
Tableau encyclopédique et méthodique de la botanique. 3 volumes in-8° (de 1791 à 1823).
Histoire des animaux sans vertèbres. 7 volumes in-8° (1815 à 1822).