‹ LamarckChapitre 11 sur 16 · COMME CAUSES QUI MODIFIENT · texte numérisé non relu

COMME CAUSES QUI MODIFIENT

leur organisation et leurs parties

11 ne s’agit pas ici d’un raisonnement, mai, 5 de l’examen d’un fait positif qui est plus général qu’on ne pense et auquel on a négligé de donner l’attention qu’il mérite, sans doute parce que le plus souvent il est très difficile à reconnaître. Ce fait consiste dans l’influence qu’exercent les circonstances sur les différents corps vivants qui s’y trouvent assujettis.

A la vérité, depuis assez longtemps on a remarqué l’influence des différents états de notre orgaac lions et même nos idées, mais il me semble, que personne encore n’a fait connaître celle de nos actions et de nos habitudes sur notre organisation même. Or, comme ces actions et ces habitudes dépendent entièrement des circonstances dans les-

quelles nous nous trouvons habituellement, je vais essayer de montrer combien est grande l’influence qu’exercent ces circonstances sur la forme générale, sur l’état des parties et même sur l’organisation des corps vivants. Ainsi, c’est de ce fait très positif dont il va être question dans ce chapitre.

Si nous n’avions pas eu de nombreuses occasions de reconnaître d’une manière évidente les effets de cette influence sur certains corps vivants que nous avons transportés dans des circonstances tout à • fait nouvelles et très différentes de celles où ils se trouvaient, et si nous n’avions pas vu ces effets et les changements qui en sont résultés se produire en quelque sorte sous nos yeux mêmes, le fait important dont il s’agit nous fût toujours resté inconnu.

L’influence des circonstances est effectivement, en tout temps et partout, agissante sur les corps qui jouissent de la vie, mais ce qui rend pour nous cette influence difficile à apercevoir, c’est que ses effets ne deviennent sensibles ou reconnaissables (surtout dans les animaux) qu’à la suite de beaucoup de temps.

Avant d’exposer et d’examiner les preuves de ce fait qui mérite notre attention et qui est fort important pour la « Philosophie zoologique », reprenons le fil des considérations dont nous avons commencé l’examen.

Dans le paragraphe précédent, nous avons vu que c’est maintenant un fait inconstestable, qu’en

considérant l’éclielle animale dans un sens inverse de celui de la nature, on trouve qu’il existe dans les masses qui composent cette échelle une « dégradation » soutenue, mais irrégulière, dans l’organisation des animaux qu’elles comprennent, une simplification croissante dans l’organisation de ces corps vivants, enfin, une diminution proportionnée dans le nombre des facultés de ces êtres.

Ce fait bien reconnu peut nous fournir les plus grandes lumières sur l’ordre même qu’a suivi la nature dans la production de tous les animaux qu’elle a fait exister, mais il ne nous montre pas pourquoi l’organisation des animaux, dans sa composition croissante, depuis les plus imparfaits jusqu’aux plus parfaits, n’offre qu’une « gradation irrégulière » dont l’étendue présente quantité d’anomalies ou d’écarts qui n’ont aucune apparence d’ordre dans leur diversité.

Or, en cherchant la raison de cette irrégularité singulière dans la composition croissante de l’organisation des animaux, si l’on considère le produit des influences que des circonstances infiniment diversifiées dans toutes les parties du globe exercent sur la forme générale, les parties et l’organisation même de ces animaux, tout alors sera clairement expliqué.

Il sera, en effet, évident que l’état où nous voyons tous les animaux, est, d’une part, le produit de la « composition » croissante de l’organisation qui tend à former une « gradation régulière », et, de

l’autre part, qu’il est celui des influences d’une multitude de circonstances très différentes qui tendent continuellement à détruire la régularité dans la gradation de la composition croissante de l’organisation.

Ici, il devient nécessaire de m’expliquer sur le sens que j’attache à ces expressions: « Les circonstances influent sur la forme et l’organisation des animaux », c’est-à-dire qu’en devenant très diffirentes, elles changent, avec le temps, et cette forme et l’organisation elle-même par des modifications proportionnées.

Assurément, si l’on prenait ces expressions à la lettre, on m’attribuerait une erreur; car, quelles que puissent être les circonstances, elles n’opèrent directement sur la forme et sur l’organisation des animaux aucune modification quelconque.

Mais de grands changements dans les circonstances amènent pour les animaux de grands changements dans leurs besoins, et de pareils changements dans les besoins en amènent nécessairement dans les actions. Or, si les nouveaux besoins deviennent constants ou très durables, les animaux prennent alors de nouvelles « habitudes », qui sont aussi durables que les besoins qui les ont fait naître. Voilà ce qu’il est facile de démontrer, et même ce qui n’exige aucune explication pour être senti.

Il est donc évident qu’un grand changement dans les circonstances, devenu constant pour une race

d’animaux, entraîne ces animaux à de nouvelles habitudes.

Or, si de nouvelles circonstances devenues permanentes pour une race d’animaux, ont donné à ces animaux de nouvelles « habitudes », c’est-à-dire les ont portés à de nouvelles actions qui sont devenues habituelles, il en sera résulté l’emploi de telle partie par préférence à celui de telle autre, et, dans certains cas, le défaut total d’emploi de telle partie qui est devenue inutile.

Rien de tout cela ne saurait être considéré comme hypothèse ou comme opinion particulière; ce sont, au contraire, des vérités qui n’exigent, pour être rendues évidentes, que de l’attention et l’observation des faits.

Nous verrons tout à l’heure, par la citation de faits connus qui l’attestent, d’une part, que de nouveaux besoins ayant rendu telle partie nécessaire, ont réellement, par une suite d’efforts, fait naître cette partie, et qu’ensuite son emploi soutenu l’a peu à peu fortifiée, développée, et a fini par l’agrandir considérablement; d’une autre part, nous verrons que, dans certains cas, les nouvelles circonstances et les nouveaux besoins ayant rendu telle partie tout à fait inutile, le défaut total d’emploi de cette partie a été cause qu’elle a c»ssé graduellement de recevoir les développements que les autres parties de l’animal obtiennent; qu’elle s'est amaigrie et atténuée peu à peu et qu’enfin, lorsque ce défaut d’emploi a été total pendant beau-

coup de temps, la partie dont il est question a fini par disparaître. Tout cela est positif; je me propose d’en donner les preuves les plus convaincantes.

Dans les végétaux, où il n’y a point d’actions et, par conséquent, point « d’habitudes » proprement dites, de grands changements de circonstances n’en amènent pas moins de grandes différences dans les développements de leurs parties; en sorte que ces différences font naître et développer certaines d’entre elles, tandis qu’elles atténuent et font disparaître plusieurs autres. Mais ici tout s’opère par les changements survenus dans la nutrition du végétal, dans ses absorptions et ses transpirations, dans la quantité de calorique, de lumière, d’air et d’humidité qu’il reçoit alors habituellement; enfin, dans la supériorité que certains des divers mouvements vitaux peuvent prendre sur las autres.

Entre des individus de même espèce, dont les uns sont continuellement bien nourris, et dans des circonstances favorables à tous leurs développements ; tandis que les autres se trouvent dans des circonstances opposées, il se produit une différence dans l’état de ces individus, qui peu à peu devient très remarquable. Que d’exemples ne pourrais-je pas citer à l’égard des animaux et des végétaux, qui confirmeraient le fondement de cette considération ! Or, si les circonstances restent les mêmes, rendent habituel et constant l’état des individus mal nourris, souffrants ou languissants, leur orga-

nisation intérieure en est à la fin modifiée, et la génération entre les individus dont il est question conserve les modifications acquises et finit par donner lieu fi une race très distincte de celle dont les individus se rencontrent sans cesse dans des circonstances favorables fi leurs développements.

Un printemps très sec est cause que les lierbes d.’une prairie s’accroissent très peu, restent maigres et chétives, fleurissent et fructifient, quoique n’ayant pris que très peu d’accroissement.

I n printemps entremêlé de jours de chaleur et de jours pluvieux, fait prendre fi ces mêmes herbes beaucoup d’accroissement, et la récolte des foins est alors excellente.

Mais si quelque cause perpétue, fi l’égard de ces plantes, les circonstances défavorables, elles varieront proportionnellement, d’abord dans leur port ! ou leur état général, et ensuite dans plusieurs particularités de leurs caractères.

Par exemple, si quelque graine de quelqu’une des herbes de la prairie en question est transportée dans un lieu élevé, sur une pelouse sèche, . aride, pierreuse, très exposée aux vents et y peut germer, la plante qui pourra vivre dans ce lieu, . s’v trouvant toujours mal nourrie, et les individus • qu’elle y reproduira continuant d’exister dans ces i mauvaises circonstances, il en résultera une race • véritablement différente de celle qui vit dans la prairie et dont elle sera cependant originaire. Les • individus de cette nouvelle race seront petits, mai-

grès dans leurs parties, et certains de leurs organes, avant pris plus de développement que d’autres, offriront alors des proportions particulières.

Ceux qui ont beaucoup observé et qui ont consulté les grandes collections ont pu se convaincre qu’à mesure (pie les circonstances d’habitation, d’exposition, de climat, de nourriture, d’habitude de vivre, etc., viennent à changer, les caractères de ta' lie, de forme, de proportion entre les parties, de couleur, de consistance, d’agilité et d’industrie, pour les animaux, changent proportionnellement.

Ce que la nature fait avec beaucoup de temps, nous le faisons tous les jours en changeant nousmêmes subitement, par rapport à un végétal vivant, les circonstances dans lesquelles lui et tous les individus de son espèce se rencontraient.

Tous les botanistes savent que les végétaux qu’ils transportent de leur lieu natal dans les jardins, pour les y cultiver, y subissent peu à peu des changements qui les rendent à la fin méconnaissables. Beaucoup de plantes, très velues naturellement, y deviennent glabres ou à peu près; quantité de celles qui étaient couchées et traînantes y voient redresser leur tige, d’autres y perdent leurs épines ou leurs aspérités, d’autres encore de l’état ligneux et vivace que leur tige possédait dans les climats chauds qu’elles habitaient, passent dans nos climats à l’état herbacé, et parmi elles plusieurs ne sont plus que des plantes annuelles; enfin, les dimensions de leurs parties y subis-

sent elles-mêmes des changements très considérable. Ces effets des changements de circonstances sont tellement reconnus, que les botanistes n’aiment point à décrire les plantes de jardins, à moins qu elles n’y soient nouvellement cultivées.

Le froment cultivé (« triticum sativum ») n’estil pas un végétal amené par l’homme à l’état où nous le voyons actuellement ? Qu’on me dise dans quel pays une plante semblable habite naturellement, c’est-à-dire sans y être la suite de sa culture dans quelque voisinage ?

Où trouve-t-on dans la nature nos choux, nos laitues , etc., dans l’état où nous les possédons dans nos jardins potagers ? N’en est-il pas de même à l’égard de quantité d’animaux que la domesticité a changés ou considérablement modiliés ?

Que de races très différentes, parmi nos poules et nos pigeons domestiques, nous nous sommes procurées en les élevant dans diverses circonstances et dans différents pays, et qu’en vain on chercherait maintenant à retrouver telles dans la nature !

Celles qui sont les moins changées, sans doute, ' par une domesticité moins ancienne, et parce qu’elles 11e vivent pas dans un climat qui leur soit étranger, n’en offrent pas moins dans l’état de certaines de leurs parties, de grandes différences pi oduites par les habitudes que nous leurs avons fait contracter. Ainsi, nos canards et nos oies domestiques retrouvent leur type dans les canards

et les oies sauvages; mais les nôtres ont perdu la faculté de pouvoir s’élever dans les hautes régions de l’air et de traverser de grands pays en volant; enfin, il s’est opéré un changement réel dans l’état de leurs parties comparées à celles des animaux de la race dont ils proviennent.

Qui ne sait, que tel oiseau de nos climats que nous élevons dans une cage et qui y vit cinq ou six années de suite, étant après cela replacé dans la nature, c’est-à-dire rendu à la liberté, n’est plus alors en état de voler comme ses semblables qui ont toujours été libres ? Le léger changement de circonstance opéré sur cet individu, n’a fait, à la vérité, (pie diminuer sa faculté de voler, et sans doute n’a opéré aucun changement dans la forme de ses parties. Mais si une nombreuse suite de générations des individus de la même race avait été tenue en captivité pendant une durée considérable, il n’y a nul doute que la forme même des parties de ces individus n’eût peu à peu subi des changements notables. A plus forte raison, si au lieu d’une simple captivité constamment soutenue à leur égard, cette circonstance eût été en même temps accompagnée d’un changement de climat fort différent et que ces individus, par degrés, eussent été habitués à d’autres sortes de nourritures et à d’autres actions pour s’en saisir, certes., ces circonstances, réunies et devenues constantes, eussent formé insensiblement une nouvelle race alors tout à fait particulière.

Où trouve-t-on maintenant dans la nature cette multitude de races de « chiens », que, par suite de la domesticité où nous avons réduit ces animaux, nous avons mis dans le cas d’exister telles qu’elles sont actuellement? Où trouve-t-on ces dogues, ces lévriers, ces barbets, ces épagneuls, ces bichons, etc., etc. ; races qui offrent entre elles de plus grandes différences que celles que nous admettons comme .spécifiques entre les animaux d’un même genre qui vivent librement dans la nature ?

Sans doute, une race première et unique, alors fort voisine du loup, s’il n’en est lui-même le vrai type, a été soumise par l’homme à une époque quelconque à la domesticité. Cette race qui n’offrait alors aucune différence entre ces individus, a été peu à peu dispersée avec l’homme dans différents pays, clans différents climats^ et après un temps quelconque, ces mêmes individus ayant subi les mêmes influences des lieux d’habitation et des habitudes diverses qu’on leur a fait contracter dans chaque pays, en ont éprouvé des changements remarquables et ont formé différentes races particulières. Or, l’homme qui, pour le commerce ou pour d’autres genres d’intérêt, se déplace même ù de très grande's distances, ayant transporté dans un lieu très habité, comme une grande capitale, différentes races de chiens formées dans des pays fort éloignés, alors le croisement de ces races, par la génération, a donné lieu successivement

à toutes celles que nous connaissons maintenant.

Le fait suivant prouve, à l’égard des plautes, combien le changement de quelque circonstance importante influe pour changer les parties de ces corps vivants.

Tant que le « ranunculus aquatilis » est enfoncé dans le sein de l’eau, ses feuilles sont toutes finement découpées et ont leurs divisions capillacées; mais, lorsque les tiges de cette plante atteignent la surface de l’eau, les feuilles qui se développent dans l’air sont élargies, arrondies et simplement lobées. Si quelques pieds de la môme plante réussissent à pousser dans un sol seulement humide, sans être inondé, leurs tiges alors sont courtes, et aucune de leurs feuilles n’est partagée en découpures capillacées, ce qui donne lieu au « ranunculus hederaceus», que les botanistes regardent comme une espèce, lorsqu’ils le rencontrent.

Il n’est pas douteux qu’à l’égard des animaux des changements importants dans les circonstances où ils ont l’habitude de vivre n’en produisent pareillement dans leurs parties, mais ici les mutations sont beaucoup plus lentes à s’opérer que dans les végétaux, et, par conséquent, sont pour nous moins sensibles, et leur cause moins reconnaissable.

Quant aux circonstances qui ont tant de puissance pour modifier les organes des corps vivants, les plus influentes sont sans doute la diversité des milieux dans lesquels il habitent, mais en outre il y en a beaucoup d’autres qui ensuite influent consi-

dérablement dans la production des effets dont il est question.

On sait que des lieux différents changent de nature et de qualité à raison de leur position, de leur composition et de leur climat, ce que l’on aperçoit facilement en parcourant différents lieux distingués par des qualités particulières ; voilà déjà une cause de variation pour les animaux et les végétaux qui vivent dans ces divers lieux. Mais ce qu’on ne sait pas assez et même ce qu’en général on se refuse à croire, c’est que chaque lieu luimême change, avec le temps, d’exposition, de climat, de nature et de qualité, quoique avec une lenteur si grande, par rapport à notre durée, que nous lui attribuons une « stabilité » parfaite.

Or, dans l’un et l’autre cas, ces lieux changés changent proportionnellement les circonstances relatives aux corps vivants qui les habitent, et celles-ci produisent alors d’autres influences sur ces mêmes corps.

On sent de la que, s’il y a des extrêmes dans ces changements, il y a aussi des nuances, c’est-à-dire des degrés qui sont intermédiaires et qui remplissent l’intervalle. Conséquemment, il y a aussi des nuances dans les différences qui distinguent ce que nous nommons des espèces.

11 est donc évident que toute la surface du globe offre dans la nature et la situation des matières qui occupent ses différents points, une diversité de circonstances qui est partout en rapport avec celle

des formes et des parties des animaux, indépendamment de la diversité particulière qui résulte nécessairement du progrès de la composition de l’organisation dans chaque animal.

Dans chaque lieu où des animaux peuvent habiter, les circonstances qui y établissent un ordre de choses restent très longtemps lès mêmes, et n’y changent réellement qu’avec une lenteur si grande que l’homme ne saurait les remarquer directement. Il est obligé de consulter des monuments pour reconnaître que dans chacun de ces lieux l’ordre de choses qu’il y trouve n’a pas toujours été le même et pour sentir qu’il changera encore.

Les races d’animaux qui vivent dans chacun de ces lieux y doivent donc conserver aussi longtemps leurs habitudes: de là pour nous l’apparente constance des races que nous nommons « espèces », constance qui a fait naître en noas l'idée, que ces races sont aussi anciennes que la nature.

Mais dans les différents points de la surface du globe qui peuvent être habités, la nature et la situation des lieux et des climats y constituent pour les animaux comme pour les végétaux des « circonstances différentes » dans toutes sortes de degrés. Les animaux qui habitent ces différents lieux doivent donc différer les uns des autres non seulement en raison de l’état de composition de l’organisation dans chaque race, mais en outre en raison des habitudes que les individus de chaque race y sont forcés d’avoir; aussi, à mesure qu’en par-

courant de grandes portions de la surface du globe, le naturaliste observateur voit changer les circonstances d’une manière un peu notable, il s’aperçoit constamment alors que les espèces changent proportionnellement dans leurs caractères.

Or, le véritable ordre de choses qu’il s’agit de considérer dans 'tout ceci, consiste à reconnaître:

1° Que tout changement un peu considérable et ensuite maintenu dans les circonstances où se1 trouve chaque race d’animaux opère en elle un changement réel dans leurs besoins;

2° Que tout changement dans les besoins des animaux nécessite pour eux d'autres actions pour ■ satisfaire aux nouveaux besoins et, par suite, d.’autres habitudes;

3° Que tout nouveau besoin nécessitant de nouvelles actions pour y satisfaire, exige de l’animal i qui l’éprouve, soit l’emploi plus fréquent de telles de ses parties dont auparavant il faisait moinsd’usage, ce qui la développe et l’agrandit considérablement, soit l’emploi de nouvelles parties que les besoins font naître insensiblement en lui par' des efforts de son sentiment intérieur; ce que je prouverai tout à l’heure par des faits connus.

Ainsi, pour parvenir à connaître les véritablescauses de tant de formes diverses et de tant d’habitudes differentes, dont les animaux connus nousoffrent les exemples, il faut considérer que les circonstances infiniment diversifiées, mais toutes lentement changeantes, dans lesquelles les animaux'-

— Gi-

de chaque race se sont successivement rencontrés, ont amené pour chacun d'eux des besoins nouveaux et nécessairement des changements dans leurs habitudes. Or, cette vérité qu’on ne saurait contester, étant une fois reconnue, il sera facile d’apercevoir comment les nouveaux besoins ont pu être satisfaits et les nouvelles habitudes prises, si l’on donne quelque attention aux deux lois suivantes de la nature, que l’observation a toujours constatées.

Page 1