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table « échelle », relativement à la composition croissante de l’organisation de ces êtres vivants, mais que cette « échelle », qu’il s’agit de reconnaître, en rapprochant les objets, d’après leurs rapports naturels, n’offre des « degrés » saisissables que dans les masses principales de la série générale, et non dans les espèces, ni même dans les genres: la raison de cette particularité vient de ce <pie l’extrême diversité des circonstances dans lesquelles se trouvent les différentes races d’animaux et de végétaux n’est point en rapport avec la composition croissante de l’organisation parmi eux, ce que je ferai voir, et qu’elle fait naître dans les formes et les caractères extérieurs des anomalies ou des espèces d’écarts que la composition croissante de l’organisation n’aurait pu seule occasionner.
Il s’agit donc de prouver (pie la série qui constitue l’échelle animale réside essentiellement dans la distribution des masses principales qui la composent et non dans celle des espèces, ni même toujours dans celle des genres.
La série dont je viens de parler ne peut donc se déterminer que dans le placement des masses,' parce que ces masses, qui constituent les classes et les grandes familles, comprennent chacune des êtres dont l’organisation est dépendante de tel système particulier d’organes essentiels.
Ainsi, chaque masse distincte a son système particulier d’organes essentiels, et ce sont ces sys-
tèmes particuliers qui vont en se dégradant, depuis celui qui présente la plus grande complication jusqu’à celui qui est le plus simplet. Mais chaque organe considéré isolément ne suit pas une marche aussi régulière dans ses dégradations: il la suit même d’autant moins qu’il a lui-même moins d’importance et qu’il est plus susceptible d’être modifié par les circonstances.
En effet, les organes, de peu d’importance ou non, essentiels à la vie, ne sont pas toujours en rapport les uns avec les autres dans leur perfectionnement ou leur dégradation; en sorte que, si l’on suit toutes les espèces d’une classe, on verra que tel organe, dans telle espèce, jouit de son plus haut degré de perfectionnement; tandis que tel autre organe, qui, dans cette même espèce, est fort appauvri ou fort imparfait, se trouve très perfectionné dans telle autre espèce.
Ces variations irrégulières dans le perfectionnement et dans la dégradation des organes non essentiels tiennent à ce que ces organes sont plus soumis que les autres aux influences des circonstances extérieures; elles en entraînent de semblables dans la forme et dans l’état des parties les plus externes et donnent lieu à une diversité si considérable et si singulièrement ordonnée des espèces, qu’au lieu de les pouvoir ranger comme les masses, en une série unique, simple et linéaire, sous la forme d’une échelle régulièrement graduée, ces mêmes espèces forment souvent autour des
masses dont elles font partie des ramifications latérales dont les extrémités offrent des points véritablement isolés.
H faut, pour modifier chaque système intérieur d’organisation, un concours de circonstances plus influentes et de bien plus longue durée que pour altérer et changer les organes extérieurs.
J’observe néanmoins que lorsque les circonstances l’exigent, la nature passe d’un système à l’autre, sans faire de saut, pourvu qu’ils soient voisins; c’est en effet par cette faculté, qu’elle est parvenue à les former tous successivement, en procédant du plus simple au plus composé.
Il est si vrai qu’elle a cette faculté, qu’elle passe d’un système à l’autre, non-seulement dans deux familles différentes, lorsqu'elles sont voisines par leurs rapports, mais encore qu’elle y passe dans un même individu.
Les systèmes d’organisation qui admettent pour organe de la « respiration » des « poumons » véritables sont plus voisins des systèmes qui admettent des « branchies » que ceux qui exigent des « trachées »; ainsi, non-seulement la nature passe des branchies aux poumons dans des classes et dans des familles voisines, comme l’indique la considération des poissons et des reptiles, mais elle y passe même pendant l’existence d’un même individu, qui jouit successivement de l’un et de l’autre système. On sait que la grenouille, dans l’état imparfait de têtard, respire par des branchies, tan-
dis que, dans son état plus parfait de grenouille elle respire par des poumons. On ne voit nulle part la nature passer du système des trachées au système pulmonaire.
Il est donc vrai de dire qu’il existe pour chaque règne des corps vivants une série unique et graduée dans la disposition des masses, conformément à la composition croissante de l’organisation et h l’arrangement des objets d’après la considération des rapports, et que cette série, soit dans le règne animal, soit dans le règne végétal, doit offrir à son extrémité antérieure les corps vivants les plus simples et les moins organisés et se terminer par les plus parfaits en organisation et en facultés.
Tel paraît être le véritable ordre de la nature, et tel est effectivement celui que l’observation la plus attentive et qu’une étude suivie de tous les traits qui caractérisent sa marche nous offrent évidemment.
Depuis que, dans nos distributions des productions de la nature, nous avons senti la nécessité d’avoir égard à la considération des « rapports », nous ne sommes plus les maîtres de disposer la série générale comme il nous plaît, et la connaissance que nous acquérons d.e plus en plus de la marche de la nature, à mesure que nous étudions les rapports prochains ou éloignés qu’elle a mis, soit entre les objets, soit entre leurs différentes masses, nous entraîne et nous force à nous conformer à son ordre.
Le premier résultat obtenu (le l'emploi des rapports dans le placement des masses pour former une distribution générale est que les deux extrémités de l’ordre doivent offrir les êtres les plus dissemblables, parce qu’ils sont effectivement les plus éloignés sous la considération des rapports, et, par conséquent, de l’organisation; il suit de là que si l’une des extrémités de l’ordre présente les corps vivants les plus parfaits, ceux dont l’organisation est la plus composée, l’autre extrémité du même ordre devra nécessairement offrir les corps vivants les plus imparfaits, c’est-à-dire ceux dont l’organisation est la plus simple.
Dans la disposition générale des végétaux connus, selou la « méthode naturelle », c’est-à-dire d’après la considération des rapports, on ne connaît encore d’une manière solide, que l’une des extrémités de l’ordre, et l’on sait que la cryptogamie doit se trouver à cette extrémité. Si l’autre extrémité n’est pas déterminée avec la même certitude, cela vient de ce que nos connaissances de l’organisation des végétaux sont beaucoup moins avancées que celles que nous avons sur l’organisation d’un grand nombre d’animaux connus. Il en résulte qu’à l’égard des végétaux, nous n’avons pas encore de guide certain pour fixer les rapports entre les grandes masses, comme nous en avons pour reconnaître ceux qui se trouvent entre les genres et pour former les familles.
La même difficulté ne s’étant pas rencontrée à
l’égard des animaux, les deux extrémités de leur série générale sont fixées d’une manière définitive; car tant que l’on fera quelque cas de la méthode naturelle, et par conséquent de la considération des rapports, les « mammifères » occuperont nécessairement une des extrémités de l’ordre, tandis que les « infusoires » seront placés à l’autre extrémité.
Il y a donc pour les « animaux » comme pour les « végétaux » un ordre qui appartient à la nature, et qui résulte, ainsi que les objets que cet ordre fait exister, des moyens qu’elle a reçus de l’Auteur Suprême de toute chose. Elle n’est ellemême que l’ordre général et immuable que ce sublime Auteur a créé dans tout, et que l’ensemble des lois générales et particulières auxquelles cet ordre est assujetti. Par ces moyens, dont elle continue sans altération l’usage, elle a donné et donne perpétuellement l’existence à ses productions; elle les varie et les renouvelle sans cesse, et conserve ainsi partout l’ordre entier qui en est l’effet.
Cet ordre de la nature qu’il s’agissait de parvenir à reconnaître dans chaque règne des corps vivants, et dont nous possédons déjà diverses portions dans les « familles » bien reconnues, et dans nos meilleurs genres, nous allons voir que, relativement au règne animal, il est maintenant déterminé, dans son ensemble, d’une manière qui ne laisse aucune prise à l’arbitraire.
Mais la grande quantité d’animaux divers que nous sommes parvenus à connaître, et les lumières
nombreuses que l’anatomie comparée a répandues sur leur organisation, nous donnent maintenant les moyens de déterminer, d’une manière définitive, la distribution générale de tous les animaux connus, et d’assigner le rang positif des principales coupes que l’on peut établir dans la série qu’ils constituent.
Voilà ce qu’il importe de reconnaître, et ce qu’il sera vraisemblablement difficile de contester.
Passons maintenant à l’examen de l’état actuel de la distribution générale des animaux, et de leur classification.