‹ LamarckChapitre 6 sur 16 · ANIMAUX PRIVÉS DE SANG · texte numérisé non relu

ANIMAUX PRIVÉS DE SANG

Mollusques,

Crustacés,

Testacés,

Insectes.

Cette division primaire des auimaux en deux grandes coupes était assez bonne, mais le caractère employé par « Aristote », en la formant, était mauvais. Ce philosophe donnait le nom de « sang » au fluide principal des animaux, dont la couleur est rouge; et, supposant que les animaux qu’il rapporte à sa seconde classe ne possédaient tous que des fluides blancs ou blanchâtres, dès lors il les regarda comme privés de sang.

Telle fut apparemment la première ébauche d’une « classification » des animaux, et c’est au moins la plus ancienne dont nous ayons connaissance. Mais cette classification offre aussi le premier exemple d'une « distribution » en sens inverse de l’ordre de la nature, puisqu'on y trouve une progression, quoique très imparfaite, du plus composé vers le plus simple.

Depuis cette époque on a généralement suivi cette fausse direction â l’égard de la distribution des animaux; ce qui a évidemment retardé nos connaissances relativement à la marche de la nature.

Les naturalistes modernes ont cru perfectionner la distinction d’Aristote, en donnant aux animaux

de sa première di vision le nom « d’animaux à sang rouge », et à ceux de la seconde celui « d’animaux à sang blanc ». On sait assez maintenant combien ce caractère est défectueux, puisqu’il y a des animaux invertébrés (beaucoup d’« annélides ») qui ont le sang rouge.

Selon moi, les fluides essentiels aux animaux cessent de mériter le nom de « sang » lorsqu’ils ne circulent plus dans des vaisseaux artériels et veineux. Ces fluides sont alors si dégradés, si peu composés ou si imparfaits dans la combinaison de leurs principes, qu’on aurait tort d’assimiler leur nature à celle des fluides qui subissent une véritable circulation. Or, accorder du sang à une radiaire ou à un polype, autant vaudrait-il en attribuer à une jflante.

Pour éviter toute équivoque ou l’emploi d’aucune considération hypothétique, dans mon premier cours fait dans le Muséum au printemps de 1794 (l’an II de la République), je divisai la totalité des animaux connus en deux coupes parfaitement distinctes, savoir:

Les Animaux à vertèbres,

Les Animaux sans vertèbres.

Je iis remarquer h mes élèves que la « colonne a ertébrale » indique, dans les animaux qui en sont munis, la possession d’un squelette plus ou moins perfectionné, et d’un plan d’organisation qui y est relatif, tandis que son défaut dans les autres ani-

maux non seulement les distingue nettement des premiers, mais annonce que les plans d’organisation sur lesquels ils sont formés, sont tous très différents de celui des animaux à vertèbres.

Depuis Aristote jusqu’à Linné, rien de bien remarquable ne parut relativement à la distribution générale des animaux; mais, dans le dernier siècle, des naturalistes du plus grand mérite firent un grand nombre d’observations particulières sur les animaux et principalement sur quantité d’animaux sans vertèbres. Les uns firent connaître leur anatomie avec plus ou moins d’étendue, et les autres donnèrent une histoire exacte et détaillée des métamorphoses et des habitudes d’un grand nombre de ces animaux; en sorte qu’il est résulté de leurs précieuses observations que beaucoup de faits des plus importants sont parvenus à notre connaissance.

Enfin Linné, homme d’un génie supérieur, et l’un des plus grands naturalistes connus, après avoir rassemblé les faits, et nous avoir appris à mettre une grande précision dans la détermination des caractères de tous les ordres, nous donna pour les animaux la distribution suivante.

Il distribua les animaux connus en six classes, subordonnées à trois degrés ou caractères d’organisation.

Page 1