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TROISIÈME DEGRÉ

Une sanie froide (en place de sang).

Sauf rinversion que présente cette distribution comme toutes les autres, les quatre premières coupés qu’elle offre sont maintenant fixées définitivement, et obtiéndront toujours désormais l’assentides zoologistes, quant à leur placement dans la série générale, et l’on voit que c’est à l’illustre naturaliste suédois qu’ton en est premièrement redevable.

Il n’en est pas de même des deux dernières coupes de la distribution dont il s’agit; elles sont mauvaises, très mal disposées; et comme elles comprennent le plus grand nombre des animaux connus et les plus diversifiés dans leurs caractères, elles devaient être plus nombreuses. Il a donc fallu les réformer et en substituer d’autres.

Linné, comme on voit, et les naturalistes qui

l’ont suivi, donnèrent si peu d’attention à la nécessité de multiplier les coupes parmi les animaux qui ont une sanie froide en place de sang (les « animaux sans vertèbres »), et où les caractères et l’organisation offrent une si grande diversité, qu’ils n’ont distingué ces nombreux animaux qu’en detix classes, savoir : en « insectes » et en « vers » ; en sorte que tout ce qui n’était pas regardé comme « insecte », ou autrement tous les animaux sans vertèbres qui n’ont point de membres articulés, étaient sans exception rapportés à la classe des vers. Ils plaçaient la classe des insectes après celle des poissons, et celle des vers après les insectes. Les veis formaient donc, d’après cette distribution de Linné, la dernière classe du règne animal.

Ces deux classes se trouvent encore exposées, suivant cet ordre, dans toutes les éditions du « Systema naturæ » publiées postérieurement üb Linné; et quoique le vice essentiel de cette distribution, relativement à l’ordre naturel des animaux, soit évident, et qu’on ne puisse d'sconvenir que la classe des « vers » de Linné ne soit une espèce de chaos dans lequel des objets très disparates se trouvent réunis, l’autorité de ce savant était d’un si grand poids pour les naturalistes, que personne n’osait changer cette classe monstrueuse des « vers ».

Dans l’intention d’opérer quelque réforme utile fl cet égard, je présentai dans mes premiers cours la distribution suivante pour les « animaux sans

vertèbres » que je divisai, non en deux classes, mais en cinq, dans l’ordre que voici:

DISTRIBUTION DES ANIMAUX SANS VERTÈBRES, EXPOSÉE DANS MES PREMIERS COURS

1° Les Mollusques; *

2° Les Insectes;

3° Les Vers;

4° Les Echinodermes; >

5° Les Polypes.

Ces classes se composaient alors de quelques-uns des ordres que Bruguière avait présentés dans sa distribution des « vers », mais dont je n’adoptais pas la disposition, et de lat classe des « insectes », telle que Linné la circonscrivait.

Cependant, vers le milieu de l’an III (de 1795), l’arrivée de M. Cuvier à Paris, éveillant l’attention des zoologistes sur l’organisation des animaux, je vis avec beaucoup de satisfaction les preuves décisives qu’il donna de la prééminence qu’il fallait accorder aux « mollusques » sur les « insectes » relativement au rang que ces animaux devaient occuper dans la série générale, ce que j’avais déjà exécuté dans mes leçons; mais ce qui n’avait pas été vu favorablement de la part des naturalistes de cette capitale.

Le changement que j’avais fait à cet égard par le sentiment de l’inconvenance de la distribution de Linné que l’on suivait, M. Cuvier le consolida parfaitement par l’exposition des faits les plus posi-

tifs, parmi lesquels plusieurs, à la vérité, étaient déjà connus, mais n’avaient point encore attiré notre attention à Paris.

Profitant ensuite des lumières que ce savant répandit depuis son arrivée sur toutes les parties de la zoologie, et particulièrement sur les « animaux sans vertèbres » qu’il nommait « animaux à sang blanc », j’ajoutai successivement de nouvelles classes à ma distribution; je fus le premier qui les instituai; mais, comme on va le voir, celles de ces classes que l’on a adoptées ne le furent que tardivement.

Sans doute, l’intérêt des auteurs est fort indifférent pour la science et semble l’être encore pour ceux qui l’étudient; néanmoins, l’historique des changements qu’a subis la classification des animaux depuis quinze ans, n’est pas inutile à connaître: voici ceux que j’ai opérés.

D’abord je changeai la dénomination de ma classe des « écliinodermes » en celle de « radiaires », afin d’y réunir les méduses et les genres qui en sont voisins. Cette classe, malgré son utilité et la nécessité qu’en font les caractères de ces animaux, n’a pas encore été adoptée par les naturalistes.

Dans mon cours de l’an VII (de 1799) j’ai établi la classe des « crustacés ». Alors M. Cuvier, dans son « Tableau des Animaux », p. 451, comprenait encore les crustacés parmi les insectes; et, quoique cette classe soit essentiellement di-tincte,

ce ne fut néanmoins que six ou sept ans après que quelques naturalistes consentirent à l’adopter.

L’année suivante, c’est-à-dire dans mon cours de l’an VIII (de 1800), je présentai les « arachnides » comme une classe particulière, facile et nécessaire à distinguer. La nature de ses caractères était dès lors une indication certaine d’une organisation particulière à ces animaux ; car il est impossible qu’une organisation parfaitement semblable à celle des insectes, qui tous subissent des métamorphoses, ne se régénèrent qu’une fois dans le cours de leur vie, et n’ont que deux antennes, deux yeux à réseau, et six pattes articulées, puisse donner lieu à des animaux qui ne se métamorphosent jamais, et qui offrent en outi*e différents caractères qui les distinguent des insectes. Une partie de cette vérité a été confirmée depuis l’observation. Cependant cette classe des « arachnides » n’est encore admise dans aucun ouvrage autre que les miens.

M. Cuvier ayant découvert l’existence de vaisseaux artériels et de vaisseaux veineux dans différents animaux que l’on confondait sous le nom de « vers », avec d’autres animaux très différemment organisés, j’employai aussitôt la considération de ce nouveau fait au perfectionnement de ma classification ; et, dans mon cours de l’an X (de 1802), j’établis la classe des « annélides », classe que je plaçai après les mollusques et avant les crustacés; ce qu’exigeait leur organisation reconnue.

En donnant un nom particulier à cette nou-

velle classe, je pus conserver l’ancien nom de « vers » à des animaux qui l’ont toujours porté, et que leur organisation obligeait d’éloigner des « annélides ». Je continuai donc de placer les « vers » après les insectes, et de les distinguer des «radiaires » et des « polypes », avec lesquels jamais on ne sera autorisé à les réunir.

Ma classe des « annélide's » publiée dans mes cours et dans mes « Recherches sur les Corps vivants » (p. 24), fut plusieurs années sans être admise par les naturalistes. Néanmoins, depuis environ deux ans, on commence à reconnaître cette classe; mais, comme on juge à propos d’en changer le nom, et d’y transporter celui des « vers », on ne sait que faire des « vers » proprement dits, qui n’ont ni nerfs, ni système de circulation; et dans cet embarras on les réunit à la classe des <( polypes », quoiqu’ils en soient très différents par leur organisation.

Ces exemples de perfectionnements établis d’abord dans les parties d’une classification, détruits après cela par d’autres, et ensuite rétablis par la nécessité et la force des choses, ne sont pas rares dans les sciences naturelles.

En effet, Linné avait réuni plusieurs genres de plantes que Tournefort avait auparavant distingués, comme on le voit dans ses genres « polygonum, mimosa, justicia, convallaria », et bien d’autres; et maintenant les botanistes rétablissent les genres que Linné avait détruits.

Enfin, l’année dernière (dans mon cours de 1807), j’ai établi parmi les animaux sans vertèbres une nouvelle et dixième classe,' celle des « infusoires », parce qu’après un examen suffisant des caractères Connus de ces animaux imparfaits, je fus convaincu que j’avais eu tort de les ranger parmi les polypes.

Ainsi, en continuant de recueillir les faits obtenus par l’observation et par les progrès rapides de l’anatomie comparée, j’instituai successivement les différentes classes qui composent maintenant ma distribution des « animaux sans vertèbres ». Ces classes, au nombre de dix, étant disposées du plus composé vers le plus simple selon l’usage, sont les suivantes:

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