‹ LamartineChapitre 28 sur 38 · XI · texte numérisé non relu

XI

Le désintéressement apparent de Lamartine cachait une étrange ambition et, si j'osais ajouter le mot, une infatuation naïve. Je ne dis certes pas qu'il n'eût le droit de secouer la proscription de Platon et d'entrer dans la politique; mais, pour s'expliquer ce qu'il a fait, ce qu'il a été, il faut bien savoir ce qu'il en-

tendait par la politique, avec quelles dispositions il entrait dans les luttes parlementaires , quel rôle il se dessinait à lui-même dans les hardiesses d'une imagination qui, sans en avoir Pair, allait à toutes les extrémités. Lamartine n'était pas homme à borner ses rêves, à se contenter d'un rôle simple, actif et brillant, qui eût pu suffire encore à une ambition légitime. Il caressait dans sa pensée je ne sais quel inconnu, je ne sais quelle destinée exceptionnelle.

Dans un de ces entretiens qu'il multipliait au soir de sa vie et qui sont souvent des fragments de mémoires bien plus qu'un cours familier de littérature, Lamartine raconte qu'un matin de i83i, avant son voyage d'Orient, se trouvant à Londres , il était allé voir le prince Talleyrand occupé à négocier la paix de la révolution de juillet avec l'Europe. Talleyrand ne recevait pas seulement avec bienveillance Tauteur des Méditations, il le « re-

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