‹ Lamartine de 1816 à 1830: Elvire et les "Méditations". Documents inéditsChapitre 22 sur 72 · LA M AH UNE · texte numérisé non relu

LA M AH UNE

ment le cadre et la symétrie du poème original, tandis que Lamartine qui, pour ses compositions, avait besoin d'air et d'espace, brisa l'un et s'affranchit de l'autre, dès la première version du thème qu'il devait développer plus tard, au gré de son génie, dans les admirables stances qui ouvrent le recueil des premières Méditations.

Sainte-Beuve était donc mal renseigné quand il prétendait que Lamartine n'avait goûté et vénéré Pétrarque que tardivement. Il ne l'était pas mieux quand il disait :

« Si les poésies fugitives de Ducis sont tombées aux mains de Lamartine, elles l'ont plus ému dans leur douce cordialité et plus animé à produire que ne l'eussent fait les poésies d'André (Ghénier), quand elles auraient paru dix ans plus tôt (i). »

En effet, Lamartine écrivait, le i5 août i8i4 : « Je lis Ducis et je trouve cela bien médiocre (2). »

Cela me rappelle le joli mot d'Alfred de Vigny sur Sainte-Beuve qui se flattait de l'avoir pénétré :«... 11 ne faut disséquer que les morts. Cette manière de chercher à ouvrir le cerveau d'un vivant est fausse et mauvaise. Dieu seul et le poète savent comment naît et se forme la pensée. Les hommes ne peuvent ouvrir ce fruit divin et y chercher l'amande. Quand ils veulent le faire, ils la retaillent et la gâtent (3). »

Voilà pour les premières Méditations. Quant aux secondes, qui parurent trois ans plus tard, lorsque Lamartine était en Italie, je n'en vois qu'une qui soit

(1) Portraits contemp.,t. I, p. 285.

(2) Corresp., t. I, p. 23y.

(3) Cf. le Journal d'an poète, p. 76.

incontestablement inspirée de l'italien, c'est VOde ,) Bonaparte, paraphrase éloquente et sublime du Cinq- Mai, de Manzoni.

Quelque temps après la publication du Cinq-Mai, Lamartine écrivait à Aymon de Virieu (5 février 1822J :

<( Je lis Manzoni, mais non son ode. Envoie-la moi avec un bon Dante et quelque bon Virgile ou Horace latin, s'il en est par là de bon. »

Et le 26 du même mois:

« J'ai été bien plus content que je ne m'y attendais de l'ode de Manzoni; je faisais peu de cas de sa tragédie 11), son ode est parfaite. Il n'y manque rien de tout ce qui est pensée, style et sentiment; il n'v manque qu'une plume plus riche et plus éclatante en poésie. Car, remarque une chose, c'est qu'elle est tout aussi belle eu prose et peut-être plus. Mais, n'importe, je voudrais l'avoir faite. J'y avais souvent pensé et puis le temps présent m'en a empêché (2). »

Il brodait donc encore ici — mais sa mémoire était si oublieuse ! — lorsqu'il racontait dans le commentaire de cette Méditation qU' « elle fut écrite à Saint- Point, dans la petite tour du nord, au printemps de l'année 182 1, peu de mois après | !) qu'on eut appris en France la mort de Bonaparte à Sainte-Hélène ».

La vérité certaine, indubitable — à moins que la date mise en bas du manuscrit ne soit fausse elle

(1) Le Comte de Carmagnola, dont l'analyse dans le Lucèe français inspira à Manzoni sa fameuse lettre à M. C. (Chauvet) sur i'uuite de temps et de lieu dans la tragédie.

2 Corresp., t. 11. — Rapprocher ces lignes du commentaire de l'Hymne au Christ, qui fait partie des Harmonies poétiques et religieuses, et dans lequel Lamartine, après avoir fait l'elo^e de Manzoni à qui cette pièce est dédiée, écrit en toutes lettres : « J'ai adressé cette harmonie en i8ag à Manzoni. Je renais de lire ses poésies lyriques où le srand poète éclate tout entier. » Il aurait mieux fait de dire qu'il venait de les relire.

L \M \htim:

aussi — c'est que Y Ode à Bonaparte, qui d'abord devait s'appeler le Tombeau d'un guerrier, ne fut écrite ou achevée à Saint-Point que le 24 juin 1823. Et c'est heureux pour Lamartine qu'elle ne l'ait pas été plus tôt. car, s'il l'avait composée sous l'impression fraîche et immédiate de celle de Manzoni, il lui aurait sans doute emprunté davantage.

Stendhal, comparant le Cinq-Mai aux poésies que cette ode avait inspirées en France, s'exprimait ainsi:

« Il (Manzoni' a fait une ode à Napoléon qui lu assure l'immortalité. Depuis bien des années, rien d'aussi beau n'a été écrit dans ce genre. Les pièces de vers que lord Byron, M. de Lamartine et M.Casimir Delavigne ont publiées sur le même sujet nous paraissent bien inférieures à l'ode de Manzoni. Tout, est grave et l'on peut dire céleste, dans l'ode de Manzoni. Pour trouver quelque chose de comparable, il faudrait chercher dans les oraisons funèbres de Bossuet , et Bossuet serait probablement vaincu. Après avoir rêvé longtemps pour trouver quelque chose à blâmer dans ce chef-d'œuvre de la moderne poésie italienne, je ne vois à reprendre qu'un peu d'obscurité dans deux ou trois passages, et une ou deux tournures de phrases trop directement empruntées du latin (1). »

Je suis fâché de contredire un aussi bon jug-e que Stendhal, mais si je partageson admiration pour l'ode de Manzoni, je suis loin de la préférer à celle de Lamartine, qui me semble un chef-d'œuvre unique en son genre. Je trouve même qu'avec ses nobles proportions, ses élans, son mouvement lyrique et le souffle extraordinaire qui y circule d'un bout à l'autre, Y Ode à

(1) Cf. Racine et Shakespeare, études sur le Romantisme, par Stendhal, Calmann-Lévy, 1900, p. 389.

LKS SOURCES LITTERAIRES DES MEDITATIONS » 17'ï

Bonaparte dépasse le Cinq-Mal en grandeur et en éclat : et, puisque Stendhal a prononcé le nom de Bossuet, j'estime que l'aigle de Meaux n'est jamais monté

plus haut que Lamartine en ces vers :

Ici n'ît.. point de nom : demandez à la terre ! Son cercueil est fermé, Dieu l'a jui^c, silence !

et dans la belle évocation qui se termine par la strophe fameuse :

La gloire ellace tout, tout, excepté le crime, El son doigt me montrait le corps d'une victime : lu jeune homme, un héros d'un sang pur inondé, Le Ilot qui l'apportait passait, passait sans cesse, Lt toujours en passant la vague vengeresse Lui jetait le nom de Condé.

Ce sont là des accents d'oraison funèbre, et qu'estce au fond que Y Ode à Bonaparte., sinon une oraison funèbre en vers ?

IIÎ

A présent, voyons ce que Lamartine a pris à Manzoni. Je n'aime pas beaucoup les rapprochements dont on abuse dans le monde universitaire, mais celui-ci s'impose :

HANzoNi (strophe I).

Il n'est plus! et, comme après le dernier soupir exhalé, sa dépouille est restée immohile et sans souvenir, veuve d'une si grande âme, ainsi, frappée de stupeur, la terre à cette nouvelle s'arrête.

.Muette, elle pense à la suprême heure de l'homme du destin, et ne sait quand un pied mortel [viendra sur sa poussière sanglante imprimer la même trace.

LAMARTINE (strophe III).

Jamais d'aucun mortel le pied qu'un souffle efface N'imprima sur la terre une aussi forte trace, Et ce pied s'est arrêté là !

manzoni (strophe II).

Pendant qu'il rayonnait sur le trône, mon génie le vit et se tut; et lorsque, éternel jouet du sort, il tomba, se releva, pour tomber encore une dernière fois, jamais, à la voix de mille autres, ma muse ne mêla sa voix.

Vierge des louanges servîtes et des lâches injures, elle s'éveille aujourd'hui, comme au dernier reflet que jette en disparaissant tout à coup ce grand astre, et elle apporte à son urne un chant qui peut-être ne mourra pas.

lamartine (strophe XXVI).

Et que ton nom jouet d'un éternel orage.

(strophe V).

Ne crains pas cependant, ombre encore inquiète, Que je vienne outrager ta majesté muette, Non, la lyre au tombeau n'a jamais insulté.

manzoni (strophe V).

II se nomma : deux siècles, l'un contre l'autre armés, se tournèrent vers lui, soumis et comme attendant leur sort; il leur imposa silence et s'assit en arbitre au milieu d'eux.

LAMARTINE (strophe VII).

Ce siècle dont l'écume entraînait dans sa course Les mœurs, les rois, les dieux... refoulé vers sa source, Recula d'un pas devant toi.

(strophe IX).

Ainsi dans les accès d'un impuissant délire, Quand un siècle vieilli de ses mains se déchire En jetant dans ses fers un cri de liberté, Un héros tout à coup de la poudre se lève, Le frappe avec un sceptre... il s'éveille, et le rêve Tombe devant la vérité.

manzoni (strophe VII).

Ah! que de fois, à la chute silencieuse d'un jour inoccupé, attachant à la terre ses yeux foudroyants, les bras croisés sur la

LES SOURCES LITTÉRAIRES DES « MÉDITATIONS 0 l'jï)

poitrine, il s'arrêta, assailli par le souvenir des jours qui n'étaient plus!

Il revoyait et les tentes mobiles, et les vallées pleines de la bataille, et l'éclair désarmes des fantassins, et le flot des cavaliers, et les ordres vifs et pressés, et l'obéissance rapide.

LAMARTINE (StropllC XIX).

Oh ! qui m'aurait donné d'y sonder ta pensée, Lorsque le souvenir de la grandeur passée Venait, comme un remords, t'assaillir loin du bruit, Et que, les bras croisés sur ta large poitrine, Sur ton front chauve et nu que la pensée incline, L'horreur passait comme la nuit !

(Su// l'admirable vision qui remplit les strophes XX, XXI, XXII et XXIII.)

manzoni (strophe IX).

Belle, immortelle, bienfaisante foi, accoutumée aux triomphes, inscris encore celui-ci; réjouis-toi, jamais grandeur plus superbe n'humilia son orgueil devant l'opprobre du Golgotha.

Maintenant de ces cendres fatiguées détourne toute parole amère; le Dieu qui précipite et relève, qui aftlige et console, sur sa couche déserte, ce Dieu est descendu près de lui.

Lamartine (strophes XXVIII, XXIX et XXX).

On dit qu'aux derniers jours de sa longue agonie Devant l'éternité seul avec son génie, Sod regard vers le ciel parut se soulever, Le signe rédempteur toucha son front farouche, Et même on entendit commencer sur sa bouche Un nom qu'il n'osait achever.

Achève! c'est le Dieu qui rè^ne et qui couronne, C'est le Dieu qui punit ; c'est le Dieu qui pardonne; Pour les héros et nous il a des poids divers, Parle-lui sans effroi : lui seul peut te comprendre, L'esclave et le tyran ont tous un compte à rendre, L'un du sceptre, l'autre des fers.

Son cercueil est fermé : Dieu l'a jugé. Silence ! Son crime et ses exploits pèsent dans la balance : Que des faibles mortels les mains n'y touchent plus !

Telle était la façon d'imiter ou de s'inspirer de La-

martine. On voit qu'elle n'a rien de commun avec celle des traducteurs ou des adaptateurs vulgaires. Ce qui frappe le poète ici comme partout, ce sont les images qui font naître l'idée. Quand il en trouve une à son goût, il la note, il s'en empare, il l'enchâsse dans un texte qui lui est propre, et c'est à peine si, dans le flot de paroles harmonieuses où elle roule, celui à qui il l'a empruntée pourrait la reconnaître.

L'Ode à Bonaparte est une des rares Méditations dont la source soit italienne, si l'on peut appliquer ce gros mot de source à un aussi mince filet d'eau. On a supposé que le CjjkJJLc pourrait bien avoir été, lui aussi, inspiré par un poète italien, mais on n'a appuyé cette hypothèse d'aucune preuve digne d'être retenue(i). Rien ne prouve, en effet, que le canevas en prose de cette Méditation soit une traduction ou une adaptation d'un poète italien, et nous verrons plus loin que Lamartine, tout improvisateur qu'il était, fit, dans deux ou trois circonstances, des esquisses en prose très courtes, mais dont les grandes lignes étaient très arrêtées. Quant au titre II Crueifisso, qu'il donna, on ne sait pourquoi, au canevas du Crueijix, il ne prouve rien non plus, Lamartine, à dater de son voyage en Italie, ayant pris l'habitude de mêler à sa pm.se des expressions italiennes.

Enfin s'il ne fit pas entrer cetie élégie dans le recueil des premières Méditations , on aurait tort d'en conclure qu'il ne la composa que beaucoup plus tard, attendu que le recueil des secondes Méditations contient quelques pièces qui sont du même temps que les premières, notamment Sapho et la pièce A Elu.

(i) Revue universitaire du 10 mars 1900 : Notes sur la composition du Crucifix, par Pierre Martino.

Je sais bien que telle stance du Crucifix (i) contredit sur un point essentiel le commentaire même du poète, mais il ne faut pas ajouter trop de foi à ses récits, qui sont presque toujours romancés. <J>» ll ail repris et parachevé le Crucifia, en Italieouen France, quelques années après la mort de Mme Charles, la chose est parfaitement, admissible, et ce ne serait pas la première pièce qu'il aurait retouchée, remaniée, refondue, longtemps après l'avoir faite (2). Mais une tradition dontil convient de tenir compte, parce qu'elle est conforme à la vraisemblance, une tradition qu'on a «aidée parmi les siens, veut qu'il ait composé cette Méditation quelque temps après la mort de Julie, sous le coup du grand chagrin que lui causa cette perte et en recevant des mains de M. de Parseval le crucifix qu'elle avait baisé agonisante. Jusqu'à preuve du contraire, je tiens cette tradition pour vraie et je laisse à d'autres le soin de pénétrer les raisons pour lesquelles Lamartine ne publia le Crucifix qu'en

(1) Cette stance est la suivante :

Oui, tu me resteras, ô funèbre héritage ! Sept fois depuis ce jour, l'arbre que j'ai planté Sur sa tombe sans nom a changé de feuillage : Tu ne m'as pas quitté. M"™ Charles étant morte le 18 décembre 1817, si l'on prenait cette stance au pied de la lettre il s'ensuivrait qu'elle aurait été composée en i8->4 c'est-à-dire après la publication du recueil où elle figure. Or, Lamartine lui-même déclare dans le commentaire du Crucifix qu'il composa cette pièce en 1818. »«••*.

(2) Le Passé et l'Enthousiasme sont de ce nombre. Le Passe, qui tut commencé en 18-11, ne fut achevé qu'en 1823. et l'Enthousiasme, dont Lamartine avait cent les premières stances en 1817, ne lut termine qu'en 1819. Cette Méditation était destinée à M. Joseph Hocher qui, dans une jolie épître, l'avait détourné de renoncer à la poésie.

(3) En ses notes sur la composition du Crucifix (Revue universitaire M. Pierre Martino. s'autorisant de ce fait, relevé par lui dans Raphaël, que le docteur Alin qui avait soigné Julie était mort quelques années après elle, en tenant entre ses mams jointes sur sa poi-

En somme, la part de l'exotisme est assez faible dans les Méditations, si on la mesure aux emprunts directs de Lamartine (1). Je dirai même qu'elle ne répond pas du tout à l'idée qu'on s'en fait en lisant sa Correspondance. Ainsi, lord Byron et Shakespeare, malgré tout le prestige dont ils jouissaient alors en France, n'exercèrent sur lui qu'une action à peu près nulle. En 18 18, pendant qu'il travaillait à sa tragédie de Saul, il s'efforçait bien de faire du Shakespeare, mais il ne le comprenait que mélangé de Racine (2). Aussi il arriva ce qui devait arriver avec un tempérament

trine un crucifix, modèle de patience, qu'il embrassait quand il souffrait au-delà de ses forces, M. Pierre Martino a émis cette opinion que Lamartine avait probablement voulu désigner ce docteur par le martyr dont il est question dans les vers que A'oici :

Que de pleurs ont coulé sur tes pieds que j'adore, Depuis l'heure sacrée où, du sein d'un martyr, Dans mes tremblantes mains tu passas tiède encore De son dernier soupir!

J'avoue ne rien comprendre à cette interprétation. Si le docteur Alin était mort avant Julie, peut-être, en effet, Lamartine aurait-il songé à lui dans cette scène: mais comme il mourut longtemps après elle, il n'avait aucune raison de l'y faire entrer, surtout à l'état de martyr. Ce mot, qui a intrigué et induit .M. Martino en erreur, 'et M. Faguet après lui (voir la Revue latine du 25 décembre igo5), s'explique tout naturellement par ce fait que le curé de Saint-Germain-des-Prés qui administra Julie était de ceux qu'on appelait communément alors « les martyrs de la Révolution ». C'était l'abbé de Keravenant. Il avait été emprisonné et déporté comme des milliers d'autres.

Et voilà comment, à vouloir serrer de trop près les textes, chez un poète aussi peu précis que Lamartine, on risque de chercher midi à quatorze heures.

(i) Elle est encore plus petite dans les Harmonies, Jocelyn et les Recupillements. Cependant, de l'aveu même de Lamartine, la pièce de ce dernier recueil intitulé Un nom est une imitation de Pétrarque.

(s) Il écrivait à Aymon de Virieu, le a3 janvier 1818 : « Je viens de finir à l'instant un acte entier de Saiil ; celui-là est du Shakespeare, l'autre sera du Racine, si je peux, et ainsi tour à tour du pathétique au terrible et du terrible au lyrique jusqu'à la fin qui se présente nettement à mon esprit, et le tout sera fait le ier mai. » [Corresp., t. I, p. 286. )

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élégiaque comme le sien, Racine finit par l'emporter.

Quand il composa son ode fameuse sur F Homme (septembre i8iQ),Lamartinene connaissaitpas encore lord Byron — car ce n'était pas le connaître que d'avoir simplement lu Manfred. Il ne commença vraiment à l'étudier que vers 182.}, lorsqu'il songea à écrire la Mo/'t de Socrate. Encore nel'étudia-t-il qu'au point de vue de la forme, et tout ce qu'il lui prit l'ut la division de son poème par couplets ( 1 I.

Que s'il paraît avoir emprunté si peu aux étrangers dont il s'était nourri, cela tient à ce fait qu'il s'assimilait merveilleusement le sang1 et l'àmede ses lectures et qu'il avait reçu une éducation classique des plus solides. Classique il était né, classique il demeura par l'entente de la composition autant que par le style, quoique le sentiment de la nature et l'expression du « Moi »,qui sontles principaux caractères du romantisme, soient aussi accusés chez lui que chez aucun autre. Il écrivait un jour à propos de Stendhal :

« Il a oublié que l'imitation n'était pas le seul but des arts, mais que le beau était, avant tout, le principe et la fin de toutes les créations de l'esprit. S'il s'était souvenu de cette vérité fondamentale, il n'aurait point dit que Pigault-Lebrun était romantique (dans l'acception favorable du mot), mais qu'il était populaire, ce qui est tout autre chose. Il n'aurait pas dit qu'il fallait renoncer aux vers dans la poésie moderne; carie vers ou le rythme étant le beau idéal

(1) Et le 10 février 1823 : « En ce moment, je fais une chose que je méditais depuis six ans : un chant sur la mort de notre ami Socrate. Le Phédon m'y a fait repenser. Cela va comme de l'eau courante, et pour nous deux au moins, cela sera superbe, peut-être même pour Frèminville... Cela aura 5 ou Coo vers. C'est coupé par couplets comme Byron. Je crois qu'il n'y a pas moyen de soutenir l'épique autrement.» [Corresp., t. II, p. 238.)

dans l'expression ou dans la forme de l'expression, ce serait redescendre que de l'abandonner, il faut le perfectionner, l'assouplir, mais non le détruire. L'oreille est une partie de l'homme, et l'harmonie une des lois secrètes de l'esprit, on ne peut les négliger sans erreur... Je voudrais encore que M. Beyle expliquât aux gens durs d'oreille que le siècle ne prétend pas être romantique dans l'expression, c'est-à-dire écrire autrement que ceux qui ont bien écrit avant nous, mais seulement dans les idées que le temps apporte ou modifie; il devrait faire une concession : classique pour l'expression, romantique dans la pensée, à mon avis c'est ce qu'il faut être (i). »

Retenons la fin de cette lettre, tout le secret de l'art de Lamartine est là. M. Ernest Renan, qui l'avait lu beaucoup, aimait à répéter que l'Université aurait été incapable de faire un Lamartine (2). Je crois qu il

(1) Lettre à M. de M., du 19 mars 1823, publiée dans Racine et Shakespeare , de Stendhal.

(2 C'est peut-être pour cela qu'en o-énéral les Universitaires de profession l'ont si peu compris. Dans ces dernières années surtout, il semble qu'ils se soient entendus pour le dépouillerde ses qualités les plus solides et de ce qui constitue son originalité propre, en le soumettant à un examen méthodique et minutieux d'où nul écrivain ne sortirait indemne.

Je ne sais pas comment on leur enseigne la critique à l'Ecole normale ou ailleurs, niais on dirait vraiment que pour eux elle consiste uniquement à rapprocher des textes, à passer au crible tous les vers d'un poète, pour en faire tomber les pensées, les expressions et les images qu'on a pu rencontrer précédemment chez d'autres. Comme si, pour exprimer certaines sensations, certaines idées, en vers ou en prose, les mêmes mots, à l'arrangement près, les mêmes figures ne se présentaient pas naturellement à l'esprit, et comme si, pour un Lamartine, la poésie était autre chose qu'un chant, fait de sons plus ou moins harmonieux, plus ou moins vagues, saisis, captés, retenus et puis modifiés eu passant par sa lyre!

M. R<?oul Rosières, dans un article retentissant publié par la Revue

bleue, le 8 août 1891, s'est efforcé d'établir que, si on ne lisait plus

Lamartine, c'est qu'il n'avait apporté au monde aucune pensée nouvelle

et que sa lyre n'avait fait entendre que des chants dtja entendus!

Et d'abord est-il bien vrai qu'on ne lise plus Lamartine? M. Emile

se regardait lui-même quand il s'exprimait de la

Ollivier, qui préside actuellement la société qui exploite ses œuvres, a réfuté victorieusement cette assertion en publiant le tableau comparatif de leur rendement depuis 186g (année de sa mort) jusqu'à [8o5 (a), il résulte, en effet, de ce tableau que, dans cet espace de temps, il a été vendu 70.251 exemplaires des premières et des secondes Méditations, 64.751 de Jocelyn, 106. aûi de Graziella, et 53.25i de Raphaël, fouiun auteur qu'on ne lit plus, avouez que ce résultat est assez appréciable. N'en déplaise à M. Rosières, ou n'a jamais cessé de lire Lamartine. Les femmes, qui constituent sa principale clientèle, l'ont un peu négligé durant la période dite naturaliste. Pendant quelques années, AV//i« lit une concurrente sérieuse à Elvire, mais cette vogue malsaine dura peu, et les femmes, qui sont avant tout des idéalistes, retournèrent à leurs amours d'anlan, c'est-à-dire aux Méditations, à Graciella, à Raphaël. Le mouvement de curiosité et de protestation qui s'est produit naguère à la suite de la publication des lettres d'Elvire prouve que Lamartine a toujours l'oreille des femmes.

Voilà qui donne un démenti formel à M. Rosières. Quant à son autre assertion, que Lamartine n'a apporté au monde aucune pensée nouvelle et n'a fait entendre que des cliants déjà entendus, elle ne vaut pas la peine qu'on la réfute. En admettant même que le premier succès de Lamartine n'ait été qu'une affaire de mode, qu'un engouement des salons mondains de la Restauration, on ne saurait s'expliquer qu'il ait dure si longtemps, qu'il dure encore, si vraiment la poésie des Méditations et des Harmonies ne répondait pas à certaines aspirations, à un besoin naturel de l'âme, si, comme fond et comme forme, elle n'avait eu, en 1820, un charme nouveau. Or, à moins d'être aveugle et plus sourd que les sourds de naissance, il est impossible de nier que Lamartine apporta à la poésie française une note nouvelle, qu'en chantant l'amour idéal et platonique sur un mode religieux il fit pour elle ce que Pétrarque avait fait pour la poésie italienne avec ses Sonnetset ses Triomphes de l'amour et de la mort. Encore — j'en demande pardon aux Italiens — y a-t-il pour moi plus de variété, plus d'élévation religieuse, plus de charme

Eathélique dans les Méditations que dans le Canconiere. Mais quand ien même ils seraient aussi monocordes l'un que l'autre, Lamartine et Pétrarque ont certainement fait entendre à leurs contemporains « des accents inconnus à la terre ». Ce sont deux voix du ciel qui se répondent comme deux échos à travers les siècles. On peut leur préférer une autre musique, mais il n'y en a pas de plus ethérée,de plus divine, et tant que le rossijj;nol à qui l'on peut reprocher comme à eux de se répéter toujours, tant que le rossignol charmera le cœur et l'oreilk, Pétrarque et Lamartine auront leurs admirateurs et leurs dévots.

Qu'importe à présent — et ici j'entre dans le détail à la suite de M Rosières, et je réponds du même coup à tous ceux qui emploient son procédé critique — qu'importe que les plus belles pièces des Méditations contiennent plus ou moins de réminiscences, que, par exemple, V Hymne au Soleil soit imité de Léonard que, dans l'Isolement, il y ait a la fois des moitiés de vers du même Léonard et des bouts de phrase de La

(a) Cf. Valentine de Lamartine, par Marie-Thérèse Ollivier, p. 171,

sorte. Et, en effet, il y a des natures d'élite qui ne pourraient se développer et s'épanouir dans l'atmosphère lourde et malsaine des casernes universitaires (i). « Il faut sortir de nos rhétoriques pour voir le vrai en poésie », disait un jour Lamartine à Aymon de Virieu (2). Quoi qu'il eût passé sous la férule d'hommes qui mettent au-dessus de tout les principes et la règle, il nous donne l'impression très vive d'un esprit qui a été formé en liberté (3). D'abord

Harpe et de Chateaubriand : que le Vallon soit inspiré du Retour à la solitude, de Lebrun ; que l'Homme, l'Immortalité, la Providence à l'homme, YOde aux Français, la Foi, Dieu, renferment des passades qu'on dirait empruntés au Génie du Christianisme, au Vicaire savoyard, aux Etudes de la nature, de Bernardin de Saint- Pierre, à l'Incrédulité, de Soumet, à l'Essai sur l'homme, de Pope, au Génie de l'homme, de Chènedollé, à qui et à quoi encore?... que le Lac. qui est de 1817, contienne une strophe ou deux prises au Golfe de Naples, de Pierre Lebrun, qui est de 1818! qu'on y trouve un hémistiche de Thomas : « 0 Temps, suspends ton vol ! » et un hémistiche de Ouinault : « Le flot fut attentif!» etc., etc. Rien de tout cela ne saurait m'émouvoir ni même me surprendre, et il ne faut pas avoir pour deux liards d'esprit critique pour attacher plus d'importance qu'elles n'en ont à ces pirateries involontaires de la mémoire, car, depuis que le monde est monde, j'entends depuis que les littératures existent, ces sortes de pirateries ont été pratiquées partout. Pendant qu'il y était, M. Raoul Rosières aurait bien fait de nous dire ce que Léonard, Chateaubriand, La Harpe, Rousseau, Bernardin de Saint Pierre, Pope, Chènedollé, Thomas et Ouinault avaient emprunté aux autres. Cela ne les empêche pas d'ailleurs d'être ce qu'ils sont. Virgile aussi a imité Homère. S'ensuit-il qu'il n'ait pas sa valeur propre et qu'il soit sans originalité et sans caractère? Tout le monde s'accorde, au contraire, à reconnaître qu'il a plus d'âme qu'aucun autre. Eh bien, c'est par l'âme aussi et par la musique de l'âme que vaut surtout la poésie de Lamartine. Je plains ceux qui ne le sentent pas.

(1 Lamartine non plus n'aimait pas l'Université et fut un des premiers à la battre en brèche au nom de la liberté de l'enseignement. (Cf. la France parlementaire, t. III, p. 465 et suiv.j Parlant un jour de Fontanes et des circonstances dans lesquelles il l'avait entendu la première fois, il disait : « Je vois un gros homme, carré comme un Limousin, se lever et réciter d'une voix universitaire les strophes suivantes :

Le Tasse errant de ville en ville, etc. {Souvenirs et portraits, t. III.)

(21 Corresp., t. II, p. 96.

(3) 11 est vrai qu'après sa sortie du collèsre de Belley il vécut pendant des années au grand air, libre de ses mouvements comme de la direction de son esprit.

LES SOURCES LITTÉttAinES DKS « MÉDITATIONS » 1 83

il comprend tout, même les choses qui échappent d'ordinaire à l'entendement des poètes. Il n'a aucun préjugé de caste ou de secte, aucune morgue, aucune de ces haines étroites et basses, tilles de la peur, de la jalousie, de la rancune, qui, à de certains moments, arment les citoyens d'une même nation, d'une même commune, les uns contre les autres. A l'exemple de son divin Maître, il semble n'être venu au monde que pour prêcher la paix et l'amour aux hommes. Son verbe, un des plus nobles, des plus purs, des plus harmonieux qui soient tombés d'une bouche humaine, éclaire, embrase, embellit tout, comme le soleil qui luit dans les cieux, et soulève les âmes les moins sensibles.Il a beau avoir été élevé par les Jésuites, il estime, il admire tout autant que qui que ce soit leur plus redoutable adversaire. Jeune, il se délectait avec la Henriade, Mérope et les poésies badines de Voltaire; vieux, c'était avec sa correspondance. Si la Bible qui fut sa première lecture lui avait fait une imagination orientale (i); si Bossuet lui avait donné le sens du mouvement, de la période, de la pompe oratoire, Fénelon et Racine, celui de la douceur et de l'eurythmie, Voltaire lui avait donné le sentiment et le goût de la clarté. Il est clair en vers comme en prose, et reste clair jusque dans ses démonstrations métaphysiques. Sous ce rapport, il est bien le fils du dix-huitième siècle (2).

(1} « Je suis né oriental et je mourrai tel, a-t-il dit dans le commentaire de la Méditation du Passé. La solitude, le désert, la mer, les montagnes, les chevaux, la conversation intérieure avec la nature, une femme à adorer, un ami à entretenir, de longues nonchalances de corps pleines d'inspirations d'esprit, puis de violentes et aventureuses périodes d'action comme celles des Ottomans ou des Arabes, c'était là mon être : une vie tour à tour poétique, religieuse, héroïque ou rien. »

(2) Il l'est encore par certaines strophes en vers de huit pieds, d'une

Avait-il lu les poètes du seizième? J'en doute, quoiqu'il fasse songer plus d'une fois à Joachim du Bellay, qui fut à l'aurore de la Renaissance ce qu'il a été luimême au début de la Restauration, l'annonciateur de la poésie nouvelle. On a rapproché certains vers des Méditations de ceux de i Olive (i). Le rapprochement s'imposait, en effet, mais il ne signifie qu'une chose à mes yeux, c'est que Joachim et Lamartine s'étaienl tous deux nourris de Pétrarque et des poètes italiens de son école et qu'ils avaient à peu près le même tempérament, la même nature. Voyez plutôt : « J'étais, dit Lamartine, et je suis resté toute ma vie un amateur de poésie plus qu'un poète de métier (2). »

En disant cela, il ne ment pas, il ne cherche pas à nous en faire accroire. Il ne fut, en réalité, qu'un improvisateur ou, pour employer une de ses images préférées, qu'une harpe éolienne qui frémissait aux moindres brises. Si nous ouvrons sa Correspondance, nous voyons qu'il rimait uniquement pourse distraire, pour passer le temps — ce qui est le fait d'un amateur. Ses Méditations, qui devaient lui ouvrir la carrière diplomatique, n'étaient pas imprimées, qu'il regrettait de les avoir livrées à la publicité, bien

tournure madrigalesque ou précieuse, souvenir involontaire et comme inconscient des petits poètes badins de la fin du règne de Louis XV.

(1) Notamment cette strophe de l'Isolement :

Là, je m'enivrerais à la source où j'aspire; Là, je retrouverais et l'espoir et l'amour, Et ce bien idéal que toute âme désire, Et qui n'a pas de nom au terrestre séjour, qui semble inspirée du sonnet CX11I de l'Olive : Là est le bien que tout esprit désire, Là, le repos où tout le monde aspire, Là est l'amour, là le plaisir encore.

(2) Cf. les secondes Méditations. Commentaire des Adieax à la poésie.

LES SOUftCES LIT rÉRAIKES DES « MEDITATIONS »

qu'elles l'eussent déjà couvert de gloire! Comme il prétendait avoir l'étoffe d'un homme d'action, — et la suite montra qu'il se connaissait assez bien de ce côté — il craignait que ses poésies ne lui fissent tort aux yeux de ceux qui distribuaient les places (i) : les écrivains, les poètes surtout, ont si mauvaise réputation dans le monde de la bureaucratie ! Vingt fois, après ses premiers triomphes, il voulut renoncer à la poésie, il lui dit adieu en vers admirables. Il y revenait toujours, naturellement et malgré lui, d'abord parce qu'il était né poète et qu'il est aussi difficile au poète de naissance qu'au rossignol de ne pas chanter; ensuite parce que ses recueils de poésies lui étaient payés à peu près ce qu'il voulait et que l'argent fut le bourreau de toute sa vie.

Remontez maintenant jusqu'au seizième siècle et feuilletez le livre aussi court que glorieux de la vie de Joachim du Bellay. Vous le verrez, lui aussi, protester dès 1 549, année de ses débuts, dans une préface célèbre, que c'est uniquement pour être agréable à la

(1) 11 écrivait à M. de Genoude. le 26 juin 1819 :

« J'ai fait quelques nouvelles Méditations que je voudrais bien soumettre à M. de Lamennais et à vous ; mais je ne suis pas assez bien pour déployer toutes mes ailes et me remettre dans mon Clouis poè ne qu'il avait commencé des 181 3 et qu'il abandonna, comme ses tragédies de Médée et de Zoraïde, après le succès triomphal des Méditations). — J'ai de plus en plus l'espérance d'être employé dans la diplomatie, et, jusqu'à ce que je n'aie plus une lueur d'espoir de ce côté, je n'essaierai pas de rien publier. La réputation de poète est la pire de toutes aux yeux des hommes qui possèdent ce monde matériel. »

Et le même jour au comte de Saint-Mauris :

« ... Si je suis une fois secrétaire d'ambassade et dans une position plus indépendante, je me lancerai alors sans timidité dans cette carrière (poétique) où je me sens poussé, quoique, à vous parler franchement, je n'y espère pas de très grands succès ; mais c'est là un des risques de cette vocation que vous définissez si bien, de faire les choses pour elles-mêmes et sans en calculer les résultats : il faut écrire comme on respire, parce qu'il faut respirer, sans savoir pourquoi...» (Corresp., t. II, pp. 5o et 52.)

princesse Marguerite, sa Muse et sa bienfaitrice, qu'il continue à faire des vers. Non qu'il ait à se plaindre de la Renommée : c'est sur ses ailes toutes grandes ouvertes que sont parties la Défense ell'Oliue: mais il lui déplaît d'être confondu parmi la foule des rimeurs de profession: il tient lui aussi à ce qu'on sache bien qu'il n'est qu'un amateur, et, pour que personne ne puisse en douter, il sème comme à plaisir les négligences dans ses pages les mieux venues. Lamartine se corrigeait encore dans les commencements, comme en témoignent ses innombrables retouches des Méditations, Joachim, jamais. Vous pouvez faire lâchasse aux variantes dans ses éditions successives, vous n'en trouverez point. C'est à peine s'il a quelque souci de son orthographe, qu'il abandonne, avec une désinvolture de gentilhomme, à la fantaisie de ses imprimeurs^).

Quand il partit pour l'Italie, derrière le cardinal du Bellay, son cousin, n'allez pas croire que c'était le pays qui l'attirait. Certes, il était heureux de franchir les Alpes et de voir la Ville qui, sous les Papes comme sous les Césars, était demeurée le premier théâtre du monde, mais il l'était surtout à la pensée qu'il allait trouver au service du cardinal l'emploi de ses facultés actives, car lui aussi se croyait l'étoffe d'un homme d'action. Le rôle d'intendant qu'on lui destinait lui causa des déceptions cruelles, mais il ne perdit pas son temps à Rome; le ciel d'Italie eut sur son imagination la même influence que sur celle de

(i) En cela encore Lamartine lui ressemblait : « La grammaire écrase la poésie, écrivait-il un jour à Victor Hugo. La grammaire n' a pas été faite pour nous. Nous ne devons pas savoir de langues par principes. Nous devons parler comme la parole nous vient sur les lèvres. » {Victor Hugo raconté, t. II, p. io4.)

Lamartine : il acheva de les mûrir tous les deux, et l'on peut dire en toute vérité que nous lui devons, avec les Rcijrets et les Méditations, les deux plus belles fleurs qui aient illustré, au seizième et au dix-neuvième siècles, le jardin poétique de la France.

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