LE PASSÉ
Nous l'avons dit, de tout le recueil c'est peut-être la pièce qu'il a le plus caressée. Comme exemple de ses tâtonnements et de ses retouches, je citerai les strophes i et 19.
La première a pris celte forme dans le livre :
Arrêtons-nous sur la colline A l'heure où, partageant les jours, L'astre du matin qui décline Semble précipiter son cours.
En avançant dans sa carrière, Plus faible il rejette en arrière L'ombre terrestre qui le suit :
Et de l'horizon qu'il colore Une moitié se voit encore, L'autre se plong-e dans la nuit.
On lit dans le manuscrit :
Arrêtons-nous sur la colline
A l'heure où le flambeau des jours
Laisse . . . vois-tu
Le poète n'achève pas et continue :
Ainsi le flambeau de la vie Jetant d'ioégales lueurs
Sur
Brille à peine à travers nos pleurs.
Ne tournons plus notre paupière Vers ce berceau de la lumière Oui fait nos
.Mais illis.) des yeux de l'âme Vers cette pure et chaste Hamme.
Tout le feuillet est barré d'uu trait transversal et la strophe est reprise au feuillet suivant deux fois avec variantes.
La strophe 19 a pris cette forme :
Levons les yeux vers la colline
Où luit l'étoile du matin
Saluons la splendeur divine
Qui se lève dans le lointain !
Toute clarté pure et féconde
Aux yeux de l'âme éclaire un moûde
Où la foi monte sans effort,
D'un saint espoir mon cœur palpite,
Ami. pour y voler plus vite,
Prenons les ailes de la Mort.
Le manuscrit porte :
Levons les yeux vers la colline Où brille l'astre lu matin
Une rature et en marg-e :
Où luit l'étoile du matin.
Contemplons la splendeur divine Q ii n'a ni zénith ni déclin
Ce vers est bille et remplacé par celui-ci :
Oui se lè/e dans le lointain;
Celte clarté pure et féconde
Aux yeux de l'âme éclaire un monde
Que la mort viendra nous ouvrir.
La fin du dernier vers est barrée, et Lamartine écrit en surcharge le mot foi à la place de mort. Puis il esquisse ces vers demeurés inachevés:
Avant l'heure
Où semble à notre
La mort viendra nous l'ouvrir
Prenons les ailes de la Mort.
Enfin il reprend en marge les 4 derniers vers:
Où la foi monte sans efforts Quittant la terre qui nous quitte.
Ici une rature et dans l'interligne :
d'un saint Ami, pour y voler plus vite, Prenons les ailes de la Mort.
Après la strophe 17e du manuscrit et du livre venait celle-ci, que Lamartine a supprimée :
Ce corps que la tombe réclame,
Ce cœur de désir épuisé,
C'est un vêtement que notre âme
Rejette après l'avoir usé !
Mais sous ces lambeaux jeune encore,
Au feu divin qui la dévore,
A sa jeunesse, à ses transports
Je seDS que mon âme immortelle,
Au moment où son corps chancelle,
Pourrait user un autre corps.
J'omets les simples variantes de mots qui foisonnent dans le manuscrit.