‹ Lamartine de 1816 à 1830: Elvire et les "Méditations". Documents inéditsChapitre 25 sur 72 · LE LAC · texte numérisé non relu

LE LAC

ire strophe, 2e vers, il avait écrit d'abord :

Sans pouvoir rien Jijcer, entraînés sans retour Il a imprimé :

Dans la nuit éternelle emportés sans retour strophe, j" vers. — Il avait écrit :

Chanta ces tristes mots

11 a imprimé :

Laissa tomber ces mots i3e strophe, ie vers. — Il avait écrit : 0 lac, rochers muets, imposante verdure !

Il a imprimé:

grottes, forêt obscure.

i5e strophe, 2e vers. — Il avait écrit :

Dans les chants de tes bords par tes bords répétés II a imprimé :

Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés.

Je ne dis rien des deux strophes que Lamartine a supprimées par respect pour la mémoire de celle qui les avait inspirées. On les trouvera plus haut dans le chapitre d'Jïlvire, p. 120.

l'immortalité 5 et Gp vers. — Lamartine avait écrit :

Qu'un auire à cet aspect ou recule on frémisse Qu'il craigne de fixer ce fond du précipice !

Il a imprimé :

Qu'un autre à cet aspect frissonne ou s'attendrisse, Qu'il recule en tremblant des bords du précipice.

9e, 10e et i Ie. — Il avait écrit :

Le bruit du fossoyeur qui, d'un bras mercenaire, Pour un prochain cercueil creuse en sifflant la terre, Où l'airain gémissant dont les accents confus Annoncent aux mortels qu'un malheureux n'est plus !

Il a imprimé :

Les soupirs étouffés d'une amante ou d'un frère, Suspendus sur les bords de son lit funéraire, Ou l'airain gémissant dont les sods éperdus Annoncent aux mortels qu'un malheureux n'est plus.

17e et 18e. — Il avait écrit :

La nuit n'est pas ta sœur ni le hasard ton guide.

Il a imprimé :

Au secours des douleurs un Dieu clément te guide.

23e et 24e. — H avait écrit :

Et l'espoir, près de toi, rêvant sur un tombeau, De l'avenir caché s'éclaire le rideau.

Il a imprimé :

Et l'espoir près de loi . . .

Appuyé sur ta foi, m'ouvre un monde plus beau.

du 53e au 56e. — Il avait écrit :

Vain espoir ! s'écriera ce docteur au front blême, Oui croit par A plus B résoudre ce problème, Et qui, soumettant tout à son étroit compas, Rejette hardiment ce qu'il ne comprend pas.

Il a imprimé :

Vain espoir ! s'écriera le troupeau d'Epicure, Et celui dont la main disséquant la nature,

LES MANUSCRITS DE LAMARTINE 2o5

Dans un coin du cerveau nouvellement décrit Voit penser la matière et végéter l'esprit.

du 8i° au 84e. — Il avait écrit :

Philosophes cruels, je ne puis vous répondre. Ma raison aisément se laisserait confondre, Pour noyer notre espoir jusqu'en son fondement Vous avez l'univers, je n'ai qu'un sentiment.

Il a imprimé :

Qu'un autre vous réponde, ù sages de la terre ! Laissez-moi mon erreur : j'aime, il faut que j'espère ; Notre Faible raison se trouble et se confond. Oui, la raison se tait ; mais l'instinct vous répond.

i3ye et i38>\ — 11 avait écrit :

Ah ! si, dans cet instant, renversant les barrières Dont les sens cuplivaienl nos âmes prisonnières.

Il a imprimé :

Ah ! si, dans ces instants où l'âme fugitive S'élance et veut briser le sein qui la captive !

du 149" au i52°. — Il avait écrit :

Xon cet Être parfait, suprême Intelligence, A des êtres sans but n'eût pas donné naissance ; Xo/i, ce but est caché, mais il doit s'accomplir, Et ce qui peut aimer n'est pas né pour mourir ! . . .

Il a imprimé :

Partageant le destin du corps qui la recèle, Dans la nuit du tombeau l'âme s'engloutit-elle '? Tombe-t-elle en poussière ? ou, prête à s'envoler, Comme un son qui n'est plus, va-t-elle s'exhaler? Après un vain soupir, après l'adieu suprême De tout ce qui t'aimait, n'est-il plus rien qui t'aime ? Ah ! sur ce grand secret n'interroge que toi ! Vois mourir ce qui t'aime, Elvire, et réponds-moi !

C'est par ce derniers vers que finit la pièce du livre. Le manuscrit en contenait encore vin^t-deuxque j'ai cités à la fin du chapitre d'Eluire.

20Ô I.AMAKTINE

l'isolement

2e strophe. — Lamartine avait écrit :

Ici mucit le fleuve aux vagues écumantes ; Il blanchit et s'enfonce en un lointain obscur. Là, le lac immobile étend ses eaux dormantes, Et le pâle Vesper tremble dans son azur.

Il a imprimé :

Il serpente.

Où l'étoile du soir se lève dans l'azur,

Suivait cette strophe, la troisième du manuscrit,

qui a été supprimée dans le livre :

Au-dessus des bameaux la rustique fumée Ou s'élève en colonne ou plane sur les toits ; Plus loin, dans la cbaumière, une flamme allumée Semble un astre nouveau se levant sur les bois.

6e strophe, 3e vers. — Il avait écrit : Je fixe chaque point de l'immense étendue.

Il a imprimé :

Je parcours tous les points de l'immense étendue.

Suivait cette strophe, la huitième du manuscrit, qui a été supprimée dans le livre :

Et qu'imDorte à mon cœur ce spectacle sublime, Ces aspects enchantés de la terre et des cieux ! L'univers est muet, rien pour moi ne l'anime, Et sa froide beauté lasse bientôt mes yeux.

Cette strophe faisait double emploi avec la suivante, que Lamartine a conservée en la modifiant quelque

peu :

jre version :

Que me fout ces vallons, ces îles, ces chaumières, Froids objets dont pour moi le charme est envolé?

Fleuves, coteaux, forêts, o/nbres Jadis si chères, Un seul êlre vous manque et tout est si peuplé.

2e version :

Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières Vains ohjets dont pour moi le charme est envolé, Fleuves, rochers, forêts, solitudes si chères, etc., etc.

Dans les strophes suivantes, il a biffé les mots insoucieux, pleuré, tourbillon, pour les remplacer par indifférent, rêvé, vent du soir.

l'ode a byron

Cette ode devait avoir 35o vers, d'après la lettre adressée par Lamartine à Virieu le 20 octobre 18 19. Elle n'en a que 286 dans le livre. En se reportant à la page 78 du tome II de la Correspondance de Lamartine, on peut voir que les suppressions ont porté sur la première partie de la pièce.

Après les vers :

Il triomphe, et ta voix, sur un mode infernal, Chante l'hymne éternel au sombre dieu du mal,

venait celui-ci :

Gloire à toi! j'ier Titan, j'ai partagé ton crime,

qui devait être le commencement d'une longue tirade, car Lamartine y avait ajouté : « etc. »

Les variantes, assez nombreuses, n'ont pas grande importance, mais la version nouvelle vaut toujours mieux que la première. Ainsi Lamartine avait écrit :

Gloire à toi, dans les temps et dans l'éternité, Toi, dont te néant même a fait la volonté, Toi dont chaque soleil atteste la puissance!

Il a imprimé :

Gloire à toi, dans le temps et dans l'éternité,

Eternelle raison, suprême volonté !

Toi dont chaque matin annonce l'existence !

Voilà pour les premières Méditations. — Dans les secondes, les variantes ne sont pas moins nombreuses ni les corrections moins sages. Ouvrons les albums.

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