‹ Lamartine de 1816 à 1830: Elvire et les "Méditations". Documents inéditsChapitre 3 sur 72 · SON GLORIEUX PATRON · texte numérisé non relu

SON GLORIEUX PATRON

HISTOIRE DE CE LIVRE

A ceux qui cherchent la Vent''-.

Ce livre est né de circonstances que je crois bon de raconter.

Lamartine ayant toujours vécu en dehors des clans romantiques, bien que romantique delà veille, mon intention première, lorsque j'entrepris d'écrire l'histoire des Cénacles de la Muse française et de Joseph Delorme, qui paraîtra prochainement, était de ne lui consacrer qu'un ou deux chapitres, pour montrer l'intluence qu'il avait exercée, de 1820 à i83o, sur le jeune chef de la nouvelle école poétique et sur ses principaux lieutenants.

Mais un événement inattendu modifia mon plan et me détermina à faire un livre au lieu des deux chapitres projetés. Cet événement fut la publication dans la Berne des Deux Mondes (1) des quelques lettres

"•J du 1" février 19OJ.

d'Elvire à Lamartine qui avaient échappé à la destruction de sa correspondance.

L'existence de ces lettres était connue depuis longtemps. On savait, par une indiscrétion de son dernier secrétaire (i), que Lamartine les avait enfermées à Saint-Point dans un tiroir secret de son cabinet de travail, avec une mèche des cheveux de celle qui les avait écrites; mais pour des raisons que je suppose avoir été de simples scrupules, Mme Valentine de Gessia, nièce et fille adoptive du poète, n'avait pas voulu les livrer à la publicité. Ce n'est que dans ces derniers temps que M. de Montherot, propriétaire actuel du château et du reliquaire de Saint-Point, consentit à les sortir de leur sachet de satin blanc.

Qu'il reçoive ici l'expression de toute ma gratitude. En agissant de la sorte il a rendu à l'histoire littéraire un grand et louable service. Car, s'il n'est jamais indifférent, à mes yeux tout au moins, que l'on connaisse l'état civil de la Muse en chair et en os qui eut le mérite d'inspirer un ou des chefs-d'œuvre dans le domaine de l'art ou de la littérature, à plus forte raison y avait-il intérêt à ce que nous fussions renseignés, édifiés, sur le compte de la femme exceptionnelle, unique, qui fut, vivante ou morte, le bon génie de l'auteur des Méditations.

A la vérité, M. Anatole France avait, dès 1893, dans

(1) Cf. les Souvenirs de Charles Alexandre.

HISTOIRE DE CE LIVRE

une très curieuse plaquette (i), soulevé un coin du voile qui nous cachait la personnalité d'Elvire, mais la curiosité du public était trop éveillée pour être satisfaite à ce prix. D'où venait cette Julie Bouchaud des Héretles? — Était-elle vraiment d'origine créole? — Que faisaient ses parents? — Dans quelles circonstances avait-elle connu et épousé le physicien Charles? — Quelle avait été la nature de ses relations avec Lamartine? — Toutes ces questions étaient demeurées jusqu'ici sans réponse. Il n'y a que la dernière que M. Anatole France eût effleurée en passant de sa plume souriante, encore avait-il trouvé le moyen de laisser planer un doute sur la pureté de l'amour de Julie. Sur ce point si délicat et qui commandait une si grande réserve, M. René Doumic fut plus affirmatif encore. Trompé par l'exaltation des sentiments de Julie et la'flamme extraordinaire de son style, il interpréta d'une façon fâcheuse certains mots plus ou moins énigmatiques de ses lettres à Lamartine, et, dans le commentaire désobligeant dont il les accompagna dans la Revue des Deux Mondes, il ne craignit pas de faire une tache à sa robe blanche.

J'en fus scandalisé et presque aussi contrarié que M. de Montherot, qui ne croyait certainement pas, en confiant à M. Doumic ces lettres d'Elvire, lui fournir des armes pour attaquer sa vertu. On a bien raison de dire qu'il n'y a rien de plus traître que le docu-

(i) L'Elvire de Lamartine, i vol. in-12, chez H. Champion.

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ment et qu'avec trois ou quatre lignes de l'écriture d'un homme on est capable de le faire pendre !

Du jour où je lus l'essai de M. Doumic, je n'eus plus de repos que je n'eusse reconstitué toute la vie de Julie et prouvé moralement, la preuve matérielle étant impossible à faire, que Lamartine ne nous avait pas trompés en disant qu'il n'avait été pour elle qu'un amant idéal et passionné.

Cette preuve morale, je n'eus pas grand'peine à l'établir et j'espère que mes lecteurs la jugeront convaincante et décisive. Quant à la reconstitution de la vie de Julie, elle présentait des difficultés énormes, sans pour cela me paraître insurmontables. SiM. Anatole France n'avait pu débrouiller l'éeheveau de ses origines, il nous avait fourni un point de repère en nous apprenant, par une pièce tirée des archives de la Loire-Inférieure, qu'elle avait un oncle à Xantes(i). Gomme, par ailleurs, Lamartine avait raconté qu'elle avait été recueillie, après sa fuite de Saint-Domingue, par de pauvres parents qui habitaient la Bretagne, j'eus le pressentiment qu'elle était nantaise et je priai surle-champ M. Paul Bellamy, greffier du tribunal civil de Xantes, qui m'avait documenté précédemment sur les origines maternelles de Victor Hug-o, de faire des recherches dans ses archives.

M. Paul Bellamy n'est pas seulement le plus servia-

(i) Ce qui était faux, du reste, cet oncle étant tout bonnement son père.

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ble des hommes, le greffier chez lui est doublé d'un érudit et d'un lettré qui partage depuis longtemps

mon amour pour la Bretagne. Quelle gloire pour la ville de Nantes qui a déjà donné naissance à la mère de Victor Hugo si elle avait donné le jour aussi à l'Elvire de Lamartine!

Et le voilà qui, d'enthousiasme, avec le concours actif d'un autre érudit nantais, M. Morel, juge honoraire au tribunal de cette ville, le voilà qui fait descendre de leurs rayons et qui bouscule et qui parcourt fiévreusement tous les registres antérieurs à la Révolution dont il a la sarde... Quinze jours après j'avais entre les mains tous les éléments du tableau généalogique qu'on pourra consulter plus loin. Julie Bouchaud des Hérettes n'était pas nantaise de naissance, du moins on n'avait pas trouvé trace de son acte de baptême, mais sa famille paternelle était de Nantes où elle habitait depuis la fin du seizième siècle. Et comme un document en appelle généralement un autre.je sus à quelques jours delà par le docteur Plan tard, un médecin de mes amis, que- le nom de Bouchaud était encore porté par plusieurs familles nantaises, — que les parents qui avaient recueilli Julie sous la Révolution n'étaient autres que les seigneurs du Plessis-la-Musse, — qu'il avait soigné lui-même les derniers propriétaires de cet ancien fief dont le castel Louis XIII existe encore. — et que, chose étrange et presque incroyable, la commune de Chantenay où il est situé avait donné, il y a environ

LAMAHTINE

deux ans, le nom de Lamartine au chemin qui longe cet ancien manoir.

Entre temps, M.Morel avait découvert aux archives départementales de la Loire-Inférieure la lettre de Julie au consul Lebrun que j'ai reproduite en facsimilé en tête de la première édition de ce livre.

J'étais donc aussi documenté qu'on pouvait l'être sur les origines paternelles de Julie. Mais sur ses origines maternelles je ne savais rien encore. J'ignorais même le nom de sa mère, l'acte de sépulture de Julie, que j'avais eu la bonne fortune de retrouver à l'église Saint-Germain-des-Prés, n'en faisant pas plus mention que celui de son père, décédé à Nantes quatre ans après elle.

C'est alors que j'eus l'idée de recourir aux archives de l'Enregistrement et des Domaines. Comme elles sont fermées au public, je priai M. Marcel Fournier, directeur général de cette administration, que j'avais connu à la Revue politique et parlementaire quand il dirigeait cette Revue, de vouloir bien faire rechercher les déclarations de successions relatives à Julie et à Charles, son mari.

M. Marcel Fournier fit droit à ma demande avec un empressement dont je ne saurais trop le remercier, car c'est par son canal que je pus arriver à mes fins.

L'acte de succession de Julie me causa d'abord une vive déception, Charles ayant volontairement trompé l'Enregistrement par ses déclarations mensongères,

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mais je i'ns servi à souhait par l'acte de succession de sou mari. Comme il y avait eu un inventaire après son décès, je trouvai le nom du notaire qui l'avait dressé, et, par lui, j'eus la clef avec laquelle allaient dorénavant s'ouvrir devant moi toutes les portes.

Cet officier ministériel était Mc Deshayes, notaire à Paris. Son successeur actuel est MeFauchey. Celui-ci, pressenti par un ami commun, voulut bien me donner lecture de cet inventaire, et l'on juge de ma surprise et de ma joie à la nouvelle que Julie, contrairement à la déclaration de Charles, s'était bel et bien mariée par contrat reçu en l'étude de Me Archambauit de Beaune, notaire ù Tours. Cette fois je surprenais la pie au nid. Non seulement, en effet, ce contrat de mariage me révéla le nom de la mère de Julie, mais encore celui du « bon oncle » qui L'avait élevée, et la situation exacte de la propriété de la Grange, où cet acte avait été signé.

Sur la foi d'une lettre de Charles publiée par M. Anatole France, j'avais cru que la Grange, d'où cette lettre était datée, se trouvait aux environs de Tours, et j'avais fait des recherches autour de cette ville et dans la ville même, avec l'espoir de mettre la main sur l'acte de mariage de Julie. Mais je n'avais pas été plus heureux que M. L. deGrandmaison, archiviste du département d'Indre-et-Loire, qui, pendant sept ans, avait fait à ce document une chasse inutile.

Or, celte propriété de la Grange, dont le vrai nom

était la Grange-Saint-Marlin, dépendait de la commune de Saint-Paterne, laquelle est distante de plus de 3o kilomètres de Tours. C'est donc à Saint-Paterne qu'avait eu lieu le mariage de Charles avec Julie Bouchaud des Hérettes. Fort de ce renseignement, je m'apprêtais à demander copie de l'acte au maire de celte petite commune, quand M. de Grandmaison,qui venait par hasard de le découvrir au cours d'une inspection, me l'offrit obligeamment. J'appris ainsi à la dernièreminute que cette «bonne Julie», comme disait Charles, était née, non pas à Saint-Domingue, mais à Paris, d'une mère créole, en l'an de grâce 1784.

Ce n'est pas tout. Ayant lu dans Raphaël que Julie avait une sœur aînée et n'en avant jusqu'à ce jour trouvé aucune trace, je commençais à douter de son existence, lorsqu'elle me fut confirmée par un de ses arrière-cousins, M. Favreul, de Nantes. D'après lui, cette sœur aînée avait épousé un Desmarets de l'Oménie et en avait eu un fils, mort vers i84o officier d'artillerie. La chose était facile à vérifier, car lorsqu'il y a un militaire dans une famille, on est sûr d'être renseigné sur elle au ministère de la Guerre. Je priai donc le ministre de ce département de vouloir bien me communiquer les états de services de cet officier. Au bout de quelques jours, il me fut répondu qu'il n'avait jamais figuré dans les cadres. Le renseignement de M. Favreul était-il faux ou bien le nom de ce Desmarets de l'Oménie mal orthographié ? Pour éclaircir

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ce point j'eus l'idée dt m' adresser à M. Charles de Loraénie dont j'avais éprouvé déjà le savoir et la complaisance. Il m'écrivit qu'il ne connaissait pas de Desmarcts de l'Oménie, mais des Loménie de Marmé. De Marmé, Dcsmarets ! cela rendait à peu près le même son, et à la distance qui nous séparait des événements, le petit-cousin de Julie avait très bien pu prendre un nom pour l'autre. Il en convint lui-même le premier. J'écrivis de nouveau au ministre de la Guerre pour le prier de faire des recherches de ce cùté, et quelques jours après j'étais invité à passer aux archives où l'on me communiqua tout un dossier au nom de Jean-Baptiste-Sébastien Loménie de Marmé. Il était né à Paris — comme Julie, et huit ans seulement après elle — le 17 août 170/i, de Joseph-Jean- Baptiste de Loménie de Marmé, ancien mousquetaire, neveu du cardinal Loménie de Brienne et du comte de Vaudreuil, mort à Paris le 11 avril 1807 (1), et de Marie-Chantal Bouchaud,morteà Saint-Louisde Saint- Domingue, le 3b avril 1790. Admis à l'école de Saint- Cyr le 2.3 août 18 10 comme élève pensionnaire, il en était sorti le 2 juin 1812 pour se rendre comme lieutenant en 2e d'artillerie à Spandau, avait fait la campagne de Saxe dans le np corps commandé par le maréchal duc de Tarente, avait été fait prisonnier à

; Ce Joseph-Jean-Baptiste était né à Paris, le 21 octobre 17JI, de ii-Gabriel de Loménie, capitaine d'infanterie à Saint-Domingue, en iyôo, et de Catherine-Charlotte Guyot de la Miraude, fille d'un lieutenant du roi à Sainl-Douiinçrue.

LAMAR1 INE

Soissons le i4 février i8i/j, s'était évadé et, devenu capitaine d'artillerie en 1819, s'était marié, le 28 octobre 1822, à Thaïs Landriève-Desbordes, sa cousine (1), fille du maire d'Artannes et de Marie-Claire Legardeur de Tilly (2). Enfin, après avoir atteint le grade de chef d'escadron, il était mort à Sainte-Gemmes, près d'Angers, le 3 juillet 1846.

Je savais donc à peu près tout ce que je désirais savoir sur cette sœur aînée de Julie, morte prématurément comme elle. Et, ce qui ajoutait du prix à cette découverte, j'étais maintenant en mesure d'expliquer ce qu'il y avait d'obscur et d'incompréhensible dans les lettres de Julie au baron Mounier publiées par M. Anatole France.

Il ne me restait plus, pour triompher sur toute la ligne, qu'à découvrir le portrait de L'héroïne de Raphaël. Mais sur ce point je me heurtai à des difficultés plus grandes encore.

Julie étant morte sans enfants, il y avait à craindre que son portrait, si jamais il avait été fait, n'eût eu le même sort que sa dépouille mortelle dont, malgré toutes les recherches, il m'a été impossible de retrouver la trace. Cependant ce portrait devait être resté dans la famille de Charles qui avait hérité d'elle. Mais par

(1) La sœur du père de M. de Loménie avait épousé Etienne-Simon Legardeur, seigneur de Tilly, conseiller au conseil souverain de Montréal (Canada).

(2) Le mariage fut célébré à Artannes, petite commune du département d'Indre-et-Loire, où se trouve le château de Méré, qu'habitaient les parents de la future.

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qui était représentée aujourd'hui la famille du physicien? Mes premières investigations furent dirigées de ce côté. Je savais par l'inventaire de sa succession que Charles avait eu pour héritiers sa sœur, M1"" veuve Jacob, demeurant alors à Moulins, et les enfants de ses deux frères, Charles de Belair et Charles de Talmours, décédés peu de temps avant lui. Charles de Belair avait un fils qui habitait, au moment delà mort de son oncle, à la Fontaine-Saint-Martin, canton de Pontvallain, arrondissement de La Flèche. J'écrivis au maire de cette commune pour lui demander quelques renseignements. Il m'en donna de si complets, de si précis, que je découvris, à quelque temps de là, tout un nid de petits-neveux de Charles à Paris et dans les environs. L'un d'eux m'apprit que le physicien avait légué divers objets à son valet de chambre, notamment l'épée avec laquelle, dans une scène fameuse, il avait failli embrocher Marat, et divers portraits, dont une miniature qui, d'après une tradition de famille, n'était autre que celle de Julie. Malheureusement ce valet de chambre, nommé Piené Blon, était mort en 1882 à la Fontaine-Saint-Martin, et nul ne savait ce que ces objets précieux étaient devenus.

J'écrivis de nouveau au maire de cette commune : il me donna le nom de la personne qui avait hérité de ce valet de chambre, et c'est chez elle, à la Flèche, que j'eus la bonne fortune de trouver le portrait de Julie, avec beaucoup d'autres choses intéressantes.

Je la reconnus toul de suite, à un détail dont se souvenaient parfaitement deux petits-neveux de Charles qui avaient vu autrefois ce portrait à la Fontaine- Saint-Martin : elle était vêtue deblanc. En la regardant de plus près, je constatai aussi qu'elle ressemblaitétonnamment, sous son chapeau de soie rose, à son oncle, de Nantes, qui l'avait hospitalisée pendant la Révolution dans son castel du Plessis-la-Musse; enfin, elle répondait d'une manière assez exacte au signalement que Lamartine nous adonné de l'héroïne de Raphaël: lefront était petit, les yeux veinés de brun, le nez droit et les lèvres minces. Quant à la mélancolie, dont ses traits étaient enveloppés lorsque le poète fit sa connaissance, si l'ensemble de sa physionomie ne la respirait pas encore, elle éclatait déjà dans ses grands yeux remplis de rêve et comme arrêtés sur une image intérieure. Mais ce qui acheva d'authentiquer à mes yeux cette miniature, c'est que le peintre Elouis qui Ta signée n'avait pu la faire qu'entre 1807 et i8n,puisqu'en 1806 il était encore aux Antilles et qu'en 181 1 il fut nommé conservateur du Musée de Caen (1). Julie

1 Elouis (Jean-Pierre-Henri) est né à Caen le 20 janvier 1/55. Sa famille était d'origine allemande; son aïeul, qui habitait Worms et s'appelait von Ludwiç, avait traduit son nom par celui d'Elouis en se taisant naturaliser français : sa mère était d'une famille distinguée du pays d'Auge et se nommait Anne Dutrou de la Bimardière.

Ses parents l'avaient destiné à la médecine et lui avaient fait faire dans ce but ses études au collège du Bois, niais, entraîné par l'exemple de son père, qui était un peiDtre amateur distingué, il renonça à la médecine pour cultiver la peinture. Il entra dans l'atelier de Restout dont il devint un des meilleurs élèves et se mit à voyager. En 1783, il passa en Angleterre, où il se lit admettre à l'Académie royale de Londres et se lia d'amitié avec Lawrence, Reynolds et Bartollozzi. Il visita ensuite la

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avait donc environ vingt-cinq ans quand elle posa devant lui : c'est aussi l'âge qu'elle a sur ce portrait. On juge de la joie que me procura cette découverte. Depuis que j'avais publié dans le Correspondant (ij mon article sur Elvire, on m'écrivait de tous côtés : « Ah! si vous pouviez trouver le portrait de Julie!... Tachez donc de nous donner le portrait d'EIvire! » — Les voeux des admirateurs de Lamartine étaient exaucés : la miniature d'EIvire était en ma possession, je l'avais achetée pour pouvoir la mettre sous leurs yeux, mon bonheur dépassait mes espérances (2).

Hollande et l'Allemagne, revint à Calais pour s'y marier, puis, fuyant les -lierres de la Révolution, il s'embarqua pour l'Amérique. Durant sou séjour à Philadelphie il peinait en miniature les portraits de plusieurs personnages illustres, notamment celui deWashingtop. Ayant accompagné .M. de Humboldt dans ses voyages scientifiques, il tomba entre les mains des Anglais comme il faisait voile pour l'Australie, fut envoyé prisonnier par eux aux Antilles et séjourna plusieurs mois dans l'île de la Providence, où il visita maintes fois le duc d'Orléans, depuis Louis-Philippe, alors réfugié dans cette île. Revenu en France en 1807, Elouis continua de cultiver son art, mais abandonna peu à peu la miniature pour la peinture à l'huile. Il devint l'ami de Robert Lefèvre, de Steuben, de Guérin et de Denon. qui fut son protecteur. En 181 1, la place de conservateur du Musée de Caen étant devenue vacante, il l'obtint au concours donna complètement au portrait. On lui doit un certain nombre d œuvres remarquables. Il mourut à Caen le a3 décembre 1840. 11 existe un assez beau portrait d Elouis au musée de cette ville. (Cf. \ Annuaire normand, publié par 1 Association normande en 1841.)

Par une coïncidence curieuse, son fils, Léopold Elouis. qui fut un moment administrateur du Siècle, fit partie jusqu'à sa mort de la Société propriétaire des œuvres de Lamartine.

d N° dua5 mars 10.0Ô.

Depuis lors j'ai trouvé à Rennes chez une petite-nièce de Charles un croquis au crayon d'EIvire, où elle est représentée tant bien que mal à la fin de sa vie. Je l'ai reproduit dans la première édition de ce livre, à titre de document.

A présent que j'ai raconté les circonstances particulières qui ont donné naissance à ce livre, je vais dire quelques mots du livre lui-même et du plan que j'ai adopté.

Gomme l'indique son sous-titre, je l'ai partagé en deux parties distinctes, mais qui se tiennent. Dans la première je reconstitue la vie privée de celle qui fut El vire, je lui donne un état civil qu'elle n'avait pas encore et j'étudie, d'aussi près que possible, le drame d'amour d'où jaillit la source immortelle des Méditations.

Dans la seconde, qui s'étend de 1816 à i83o, j'étudie la formation de l'esprit de Lamartine, les influences étrangères qu'il a subies, du fait de son immense lecture, et celles qu'il a exercées sur l'école romantique.

J'aurais pu embrasser toute son œuvre, mais, outre qu'elle est trop considérable pour tenir en un seul volume, je serais sorti du cadre que je m'étais tracé et qui n'est autre que celui de l'histoire des deux Cénacles à laquelle ce livre doit, dans ma pensée, servir de préface.

Plus tard il est possible que je le reprenne au point où je l'ai laissé et que je lui donne la suite qu'il comporte; pour le moment il suffit à mon ambition.

On a beaucoup écrit sur Lamartine, mais personne

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jusqu'à ce jour no l'a encore étudié au point de vue purement romantique. A cet égard, le volume des Méditations est un document de premier ordre, éclairé qu'il est à présent par le roman vécu d'Elvire et par la correspondance du grand poète qui nous permet de le prendre en quelque sorte ab ovo. On pourrait même dire que Lamartine est tout entier dans les Méditations, — les Harmonies ,Jocelyn,\ea Recueillements n'étant que d'admirables variations sur un même thème. Aussi était-il intéressant d'examiner les manuscrits de ce premier recueil. Par malheur, il n'en reste que des fragments plus ou moins mutilés; mais tels qu'ils sont, avec leurs variantes et leurs retouches, ils suffisent au critique averti pour pénétrer la méthode de travail de Lamartine et pour établir la fausseté de la légende qui le représente comme un improvisateur n'ayant aucun souci de la perfection. La vérité c'est que ses négligences ne datent guère que de Jocelyn, qui appartient à une époque où la politique ne lui laissait que peu de loisirs.

Comme je le dis plus haut, le présent ouvrage sera suivi, à brève échéance, du Cénacle de la Musc française et du Cénacle de Joseph De forme. qui formeront chacun un volume, et d'une Anthologie des petits portes romantiques, qui en sera le complément logique et nécessaire. Après quoi j'ai l'intention de mettre à profit le cinquantenaire d'Alfred de Musset pour écrire un livre sur lui. Avec mes précédents ouvrages sur

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