‹ Lamartine de 1816 à 1830: Elvire et les "Méditations". Documents inéditsChapitre 4 sur 72 · I.\M UlTINE · texte numérisé non relu

I.\M UlTINE

Alfred de Vigny et sur Sainte-Beuve, cela fera, je crois, un ensemble assez complet sur la littérature française dans la première moitié du dix-neuvième siècle.

En terminant cet avant-propos je me reprocherais de ne pas remercier publiquement M. Emile Olivier qui m'a très aimablement confié le petit Pétrarque de Lamartine, — M. Ghéramy qui, non content de me communiquer les originaux des lettres de Mme Charles au baron Mounier et de celles de Lamartine qui font partie de sa collection, m'a permis de reproduire dans ce livre le portrait de Lamartine enfant et son buste par David d'Angers, — enfin mon excellent ami, M. Paul Pionis, qui m'a fourni les principaux éléments de la notice sur Charles Loyson qu'on pourra lire à l'appendice de cet ouvrage,

Charles Loyson y avait sa place marquée d'avance.

De tous les poètes morts jeunes, je n'en sais pas dont l'œuvre inachevée ait donné de plus belles promesses, et qui par cela même aient laissé derrière eux plus de regrets légitimes.

Sainte-Beuve, qui lui a consacré une bonne étude, quoique un peu trop superficielle, estimait que, comme poète, il était «juste un intermédiaire entre Millevoye et Lamartine, mais beaucoup plus rapproché de ce dernier par l'élévation et le spiritualisme des sentiments ». Ce n'est pas assez dire. Charles Loyson fut, à mon avis, le précurseur direct et immédiat du Cénacle de la Muse française, et quand je pense à son

activité littéraire et àl'autorité dont il jouissait parmi crivains deson temps, je nie dis que, s'il avait vécu, il eût très probablement pris la tête du mouvement poétique qui, de 1S20 à i83o, sous l'influence diverse et trouble de Casimir Delavigne, d'André Chénier et de Lamartine, chercha vainement des formules et des formes nouvelles, faute d'un chef de chœur unanimement accepté. En tout cas, il y avait certainement en lui l'étoile d'un maître et d'un guide. Non seulement il avait des principes et des idées qui n'étaient pas ceux de tout le monde, mais il apportait autant de résolution dans la défense des uns que détalent dans l'expression des autres. Et les Muses lui étaient plus chères que tout le reste. Du/ces ante omnia Musœ : c'était là sa noble devise.

Sage et modéré jusque dans ses désirs, ayant une horreur instinctive de toutes les opinions extrêmes, aussi bien de l'ultramontanisme que de l'ultraroyalisme, il était de" la forte lignée des novateurs qui ne rompent jamais entièrement avec la tradition.

En poésie, il chanta son pays natal et ses souvenirs d'enfance en des vers élégiaques qui étaient à la fois classiques et romantiques, et, comme il était philosophe, il fit aussi des épîtres philosophiques dont Lamartine eût signé les plus belles. Mais ce n'étaient pas les deux seules cordes de sa lyre. Quoiqu'il eût ressenti de bonne heure le mal impitoyable qui devait l'emportera l'âge de vingt-neuf ans, il ne

tomba jamais dans la tristesse contagieuse de René.

Il écrivait, en i8i5, à son compatriote et ami Louis-Guillaume Papin, qui l'avait félicité de son avancement : « Si votre joie à la nouvelle de mon bonheur a été jusqu'à l'ivresse, elle a, je vous l'assure, surpassé la mienne de beaucoup. Je n'ai été que bien aise, je ne sais pourquoi. La fortune, bonne ou mauvaise, n'excite plus en moi de transports. Il me paraît également naturel de me trouver heureux ou malheureux. Si c'est là une vertu, je verrai si le sort me mettra souvent dans l'occasion de l'exercer (i). »

Est-ce le sang angevin dont il était issu (2) qui l'avait doté de cette humeur égale ? Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'il riait volontiers de son mal, alors même qu'il se voyait contraint de lui céder, et qu'il maniait le madrigal aussi bien que l'élégie.

En critique — car le poète chez lui était doublé d'un critique d'une rare valeur — il aborda toutes les questions d'art et de doctrine qui préoccupaient l'élite intellectuelle de sa génération, et nous pouvons

(1) Lettre inédite.

(2) Son grand-père paternel était originaire du Maine et tenait une métairie à Duneau, dans la Sarthe ; son père, qui était bourrelier-sellier à Chàtcau-Gontier, avait épousé à Craon, en 1780, Théodose-Sainte- Donatienne Lesuc, fille d'un ancien capitaine de gabelles, d'origine bretonne, et d'une paysanne native du Lion-d'Angers. nommée Renée Cocu, dont le P. Hyacinthe a dit qu'elle avait traversé la tempête révolutionnaire, avec sa lampe à la main, ou plutôt dans le cœur, sans la laisser s'éteindre ou vaciller. « Esprit simple mais élevé, âme ferme autant que douce, elle avait légué à ses enfants beaucoup plus qu'une fortune et qu'un titre : un sang honnête et robuste, la foi de l'Evangile, les vertus de la famille et du christianisme. » (Œuvres choisies de Charles Loyson, Albanel, éditeur, 1869, lettre-préface du R. P. Hyacinthe.)

HISTOIRE ni; ci: livre

mesurer la hardiesse exacte de sou esthétique aux pages éloquentes qu'il écrivit sur les poésies d'André < Ihénier et sur les Méditations de Lamartine.

En politique enfin — car il n'admettait pas que le poète se désintéressât des affaires publiques — il déploya tout ce qu'il y avait en lui de sage raison, de clairvoyance, de verve satirique et d'esprit libéral, dans une suite de petites lettres intitulées Guerre à qui la cherche et dans un écrit de circonstance sur la conquête et le démembrement d'une grande nation.

Tout cela prouve qu'il était équilibré d'une façon remarquable. Qu'on ne s'étonne donc pas que je l'aie étudié à fond et sous tous ses angles, et que je lui aie fait une si grande place, quoique à l'arrière-plan, dans mon livre sur Lamartine.

LEOX SLC1IÉ.

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