‹ Lamartine de 1816 à 1830: Elvire et les "Méditations". Documents inéditsChapitre 46 sur 72 · I.AM.vnTIN! ILE ROHANTIQUB · texte numérisé non relu

I.AM.vnTIN! ILE ROHANTIQUB

jours (i). Un peu plus tard, c'était dans les premières années de l'Empire, Lamartine, ayant appris par Auguste Barbier que Brizeux n'avait pour vivre qu'une pension de 2.4oo francs, alla trouver M. Fortoul, ministre de l'instruction publique, qui lui avait des obligations personnelles, et obtint que celte pension fût portée à 3.ooo francs (2).

Toute sa vie se passa ainsi à secourir les uns et les autres.

Cependant Vigny, qui était si bien fait pour le comprendre, ne comprit jamais son rôle social (3). Je me sers du mot que Lamartine avait créé pour définir sa politique. Il lui avoua lui-même un jour qu'il n'était d'accord avec lui sur rien. Sur rien! c'était beaucoup dire. Il lui fut reconnaissant au fond d'avoir mis la poudre et la mèche sous le trône de Louis-Philippe dont l'avènement avait ruiné à tout jamais ses espérances. Quand le peuple l'eut fait sauter, il applaudit comme tout le monde à cette révolution du mépris public; il brigua même, sous les auspices de son ami, le mandat de député dans le département de la Charente. Mais la Charente était déjà convertie au bonapartisme; il fut battu par un partisan de la politique césarienne. « Il n'y a plus, écrivait-il dans son journal en i84o, il n'y a plus dans notre organisation toute démocratique et républicaine, depuis 1793, qu'une forme qui convienne : c'est une république avec une aristocratie d'intelligence et de richesse élégante. Le temps en refera une autre. » Mais il n'avait pas prévu

(1) Journal d'un poète, p. i53.

(21 Souvenirs d'Auguste Barbier, p. 279.

(3) Je bénirais les révolutions, lui écrivait-il le 24 mars i83a, si elles ne faisaient d'autre mal que de rendre à la solitude les véritables et grands poètes, tels que vous, mon ami... (Lettres à Lamartine, p. i4o.)

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les journées de Juin. Elles mirent fin à son enthousiasme qui n'avait été que de surface. Il alla se terrer dans ses bois du Maine-Giraud et pendant quatre ans ne donna aucun signe de vie. Rentré à Paris après le coup d'État, il se rallia doucement et sans bruit au gouvernement de celui qui, à ses yeux, avait sauvé l'ordre. « Il était trop honnête homme et trop patriote, a dit Lamartine, pour chercher dans le socialisme un appui ou une vengeance. 11 se repentait de l'avoir flatté et encouragé littérairement dans Chatterton, ce toast de vin de Champagne, au dessert , d'une utopie mal conçue et malfaisante : il le redoutait pour la société comme la mort. République comme moi, empire comme Napoléon, celui qui le délivrerait de ce cauchemar des prolétaires était son idole, il voulait un sauveur à tout prix, même au prix du parlementarisme, qu'il n'estimait pas plus que moi,.. Il se décida pour Napoléon (i). »

Cela ne l'empêcha pas de garder à Lamartine son estime et son amitié : il avait tant de raisons pour lui demeurer fidèle. Quand il avait perdu sa mère — et sa mère était tout pour lui — Lamartine était allé lui porter moins des consolations que des larmes, sachant par expérience qu'il y a des perles dont on ne se console jamais (2). Lors de sa réception à l'Académie française,

(1) Souvenirs et portraits, p. 160.

(2) Lui-même, après la mort du père de Lamartine (août 1840), écrivait à son ami : <• Votre blessure a fait saigner la mienne, si récente encore. Et comme je sais qu'il n'y a point de consolation, je ne tenterai pas de vous en donner ». Seulement, et c'est là qu'éclate la différence de leur éducation et de leur philosophie, après chaque perte cruelle, Lamartine se contentait d'élever son âme à Dieu, disant comme le vrai chrétien : Fiat voluntas! tandis que Vigny, se raidissant sous les coups qui le frappaient, « parcourait en vain, pour trouver des consolations, les cercles d'idées philosophiques et religieuses, et quand il répétait à des amis affligés ou à lui-même ce qu'elles enseignent de plus doux, il

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il n'avait pas hésité à blâmer le discours de M. Mole, qui lui avait répondu. Vingt ans après, il se souvenait encore de l'injure qui lui avait été faite ce jourlà par le directeur de l'Académie, et en quelques mots sévères où perçait quelque ressentiment personnel, il avait souligné l'inconvenance de cet homme d'Etat qui, n'ayant « jamais rien écrit que quelques pages à vingt ans pour flatter le despotisme dont la faveur donnait des emplois et de l'or, » n'avait su ni être poli ni être juste.

Enfin quand Vignj mourut(le 17 septembre 181 voici en quels termes il terminait l'Entretien qu'il lui consacra dans son Cours familier de littérature :

« Adieu, mon cher Vigny, vous voilà arrivé, quoique plus jeune que moi, devant Celui qui nous crée et qui nous juge, dans ce monde où toutes nos petites passions meurent avant nous, où nous ne serons appréciés ni par nos amis ni par nos ennemis, mais sur le type éternel du bien ou du mal que nous avons fait ! Vous n'avez fait que du bien ! Je vous tends la main d'ici- bas, tendez-moi la votre de là-haut. Il n'y a plus d'hommes où vous êtes, il n'y a que l'Etre infiniment bon. Vous êtes bon, allez à lui 1 »

C'était la fin d'une oraison funèbre.

tait tout semblable à un navigateur qui embrasse ses compagnons en leur disant : Je vois la porte devant nous, et qui cependant a le cœur serré du sombre aspect de l'horizon. Les espérances, disait-il, ne sont jamais assez ardentes pour seciicr toutes les larmes. >> (Lettres à Lamartine, p. 177.)

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