LAMARTINE ET L ECOLE HOMANTIQUE
qu'un pouvait le bouder et môme lui faussercompagnie, il ne se reprenait jamais plus.
Or, il avait eu tout de suite un faible pour Sainte- Beuve et le lui avait marqué dans une épître en vers à laquelle il ajouta plus tard un commentaire bien fait pour flatter son amour-propre de poète (i). On sait que le secret dépit de Sainte-Beuve était de n'avoir pas obtenu en poésie tout le succès qu'il croyait mériter. Quelques-uns même y ont vu la cause réelle de ses petites rancunes contre ses anciens amis du Cénacle. Ce qu'il y a de sûr, c'est qu'on ne lui faisait jamais plus de plaisir qu'en lui rappelant qu'il était poète :
Un poète endormi toujours jeune et vivant,
comme le lui disait un jour Musset. Lamartine, qui avait salué en lui un Novalis, avait été le premier à regretter qu'il eut renoncé à la poésie pour se consacrer à la critique, « genre inférieur à son talent ». Genre inférieur, non, car il a mis dans ses Lundis autant de poésie, sinon plus que dans ses vers, et je crois bien que c'est par ses Lundis et son Port-Royal qu'il a le plus de chance de durer, quoique je ne sois pas de ceux qui méprisent son Joseph Delorme et ses Consolations. Lamartine aimait beaucoup ce dernier recueil où son influence religieuse se laisse voir sous le mysticisme amoureux qui en forme le fond. Et Sainte- Beuve, qui le prenait volontiers pour confident, en 1828 et 1829, avait pour lui, dans ces années heureuses, une
mieux son petit métier. Les oiseaux chantent et les serpents sifflent, il ne faut pas leur en vouloir de mal... » (Lettre publiée par la Revue de Paris, du iô avril i'jo'a.)
(1) Cette épître a paru dans les Harmonies.