‹ Lamartine de 1816 à 1830: Elvire et les "Méditations". Documents inéditsChapitre 51 sur 72 · CHARLES LOYSON · texte numérisé non relu

CHARLES LOYSON

Né à Châtêau-Gontier, le i3 mars 1791 (1), daDs une petite rue qui porte aujourd'hui son nom (2), Charles Loyson était l'aîné de quatre frères dont l'un, Louis-Julien, devenu successivement inspecteur d'Académie et recteur d'Orléans, de .Metz et de Pau, fut le père du grand orateur qui, sous le nom de P. Hyacinthe, illustra la chaire de Notre- Dame, et de l'abbé Théodose Loyson, ancien professeur de théologie à la Sorbonne, mort aumônier du lycée Lakanal, à qui l'on doit un livre excellent sur Y Assemblée du Clergé de France de 1682. Mais c'est encore Charles qui a fait le plus pour la gloire de sa maison.

Il venait d'entrer dans sa douzième année, quand, sur

(1) Voici son extrait de baptême :

a Le treizième jour de mars mi! sep! cent quaire-vin:;t onze, a été baptisé par nous, vicaire soussigné, Charles, né de ce jour, fils de Julien Loison, sellier, et de Théodose-Saiute-Donatienue Lesuc, son épouse. Parrain. Loui-i-Kene Lesuc, secrétaire greffier de la municipalité de Craon, oncle de l'entant ; marraine, Charlotte Guion, cousine de l'enfant ; le père absent pour enas- de maladie. (Signéj : Lesuc. secrétaire de la municipalité de Craon, Charlotte Guion, Louise Cocu. Girault, vicaire de Saint-Jean-Baplist? de Chàteau-Gontier. » — Avant 1800, on ne baptisait pas à Saint-Rcmy de Chàteau-Gonlier ; une seule é.rli-.e de la ville possédait des fonts baptismaux : l'cçlise Saint-Jean-Baptiste. (Communiqué par .AI. Gadbin, de Chàteau-Gontier.)

(2) Cette rue s'appelait alors la rue du Pélican. Ce fut dans sa séance du -j-, avril 1S87 que le conseil municipal lui donna le nom de Cuarles- Loyson.

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les instances de l'abbé Blouin (i), chapelain de l'hospice

Saint-Joseph à Chàteau-Gontier, qui lui avait fait faire sa première communion et lui avait appris les premiers éléments du latin, son père le confia à M. Mong-azon (2), supérieur du petit collège de Beau préau. Il y fut un si brillant élève que Je cours auquel il appartenait était désigné couramment sous son nom (3).

M. Boutreux (4), jeune poète de talent, qui périt dans la

()/ Blouin iJoseph\ né le 6 janvier 17^8 à la Jumellière (Maine-et- Loire', étudia au collège de Chàteau-Gontier, dont le principal était son irrand-oncle : il y professa pendant quelque temps, puis vint enseigner la rhétorique au eollèse de Beaupréau en 1784. Il mourut le 10 août i8i4- — Voici en quels termes Charles Loyson recommandait, au mois de novembre 1810. ce vé: érable ecclésiastique au ministre des Cultes, qui lui accorda un secours de 3oo francs:

« Son Excellence a bien voulu promettre d'accorder quelques recours à M. Blouin, prêtre résidant à Saint-Laurent-sur-Sevre, dans la Vendée. M. Blouin a professé la rhétorique pendant près de vingt ans dans les deux collèges les plus renommés de l'Anjou, avant la Révolution : Chàteau-Gontier et Beaupréau ; il est auteur de quelques ouvrages sur la religion et l'éducation, qui ont été utiles. Il n'a point émigré à l'époque des proscriptions. 11 est resté caché dans sa province, portant au péri! de sa vie les secours de son ministère à ceux qui les réclamaient. Il est le premier qui ait rouvert les temples en Anjou. Il s'est occupé depuis ce temps de catéchiser les enfants, sorte de ministère pour lequel il a in coùf et un talent particuliers. En un mot il est un des prêtres qui onl rendu le plus de services à la religion dans le pays. Il est d'ailleurs excellent citoyen.

Aujourd'hui, âgé de soixante-douze ans, il se trouve sans aucunes ressources. Il n'a point de pension comme prêtre, n'ayant exercé aucune fonction dans le ministère, avant la Révolution. Il n'a point de pension comme membre du corps enseignant, parce que les collèges où il a été professeur n'étaient point considérés comme collèges de plein exercice. Il n'a de son cùte aucune fortune.

0 11 me serait bien agréable de pouvoir annoncer moi-même à ce bon vieillard à qui je dois ma première éducation, la décision que Son Excellence daignera prendre en sa faveur. »

(Xote remise a Son Excellence par M. Loyson. — Appartient à la bibliothèque de Chàteau-Gontier.)

2 Apres avoir dirigé pendant longtemps le collège de Beaupréau, M. Mongazon fonda à Angers l'établissement qui porte son nom.

(3 II remporta en rhétorique i8o4-i8o5, les premiers prix d'excellence, de version latine, de discours français et de discours latin. (Xote de M. l'abbe Moreau, supérieur actuel du collège de Beaupréau.)

(4) Charles Loyson a chanté son ancien camarade dans sou ode sur la Conjuration de 1812 :

0 triste et cher objet de deuil et de tendresse, Infortuné Boutreux, tes vertus, ta jeunesse,

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conjuration de Malet. Mgr Angebault, évêque d'Angers, l'abbé Gourdon, qui mourut curé de la cathédrale de cette ville, après avoir et''- vicaire général du diocèse de Nantes. et l'abbé Duchesnay, qui fut secrétaire de l'archevêché de Paris, avaient t'ait partie de ce cours demeuré légendaire dans ce collège ecclésiastique.

11 en sortit à dix-sept ans pour enseigner la rhétorique au collèire de Doué; mais l'ambition l'ayant pris de continuer ses éludes à l'Ecole normale qui venait de s'ouvrir, il y fut reçu en 1809, ets'y rencontra avec Patin, Victor Cousin, Th. Gaillard, Viguier, Pouillet, Larauza. Dubois (du Globe), qui tout de suite lui furent attachés par des liens que sa mort seule devait rompre.

Trois ans plus tard, il passait sa thèse de doctorat ès-lettres. Il avait pris pour sujet : De la manière de traduire /es poètes anciens. Grave question qui est toujours pendante depuis que Joachim du Bellay la posa dans sa Deffenee et Illustration de la Langue Françoyse. On se souvient qu'à cette époque Joachim n'admettait pas qu'on traduisît les poètes anciens ; il changea d'avis plus tard en traduisant deux livres et plus de \ Enéide. Moins révolutionnaire que son compatriote, tout en estimant que le; poètes anciens pouvaient se traduire, Charles Loyson soutenait que les uns devaient l'être en vers et les autres en prose. Et voici ce qu'il écrivait sur la question à M. Papin, ;it de rhétorique au collèg-e de Saumur, son correspondant habituel, son Mentor et son ami le plus intime :

... Je vous ai promis de vous envoyer la suite des propositions que je veux développer et soutenir dans ma thèse. .Mon plan n'est point encore arrêté. Je vais cependant vous exposer ce qu'une première vue de mon sujet me présente.

Pourquoi s'est-on si peu entendu quand il s'est agi de décider si les poètes doivent être traduits en vers ? lo Parce que ne con-

De tes assassins même ont ému la pitié !

Mais je dois consacrer d'autres chants à ta gloire :

Au temple de mémoire Puissé-je unir nos noms unis par l'amitié!

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venant pas de la tâche que devait se proposer le traducteur, du luit vers lequel îl devait tendre, on ne s'est point accordé sur le sens du mot traduction ; 2° parce que la question était posée d'une manière trop générale. Faut-il traduire les poètes en vers? Mais les raisons que l'on donnera pour traduire les poètes épiques et tragiques de cette façon, restera-t-il prouvé que l'on doive traduire de la même manière les poètes comiques? etc., etc. Voilà deux écueils qu'il faut que j'évite. Commençons donc par bien fixer nos idées sur le sens du mot traduction.

Si les langues n'avaient point chacune leur génie, et qu'on trouvât dans chacune des mots correspondants à tous les mots d'une autre, on traduirait en substituant le mot correspondant à son correspondant. Un dictionnaire français-latin renfermerait des traductions parfaites de tous les chefs-d'œuvre de la langue de Virgile et d'Horace. Il faudrait exiger du traducteur une exactitude rigoureuse, et elle serait facile à obtenir, mais il n'en est pas ainsi. Chaque langue a son génie; une traduction parfaitement exacte n'est donc pas possible. Il faut se résoudre ;i sacrifier beaucoup pour conserver le reste. Voyons ce qu'il est le plus important de rendre et si c'est en vers ou en prose que l'on parviendra à le rendre. Qu'est-ce qu'il y a de plus important à rendre dans un poète'.' Ne sont-ce pas les images, les tours vifs et poétiques, l'harmonie et surtout l'harmonie imitative, et n'est-ce pas seulement en vers qu'on parviendra à rendre tout cela? Cependant gardons-nous de trop généraliser nos décisions. Entrons dans l'examen de chaque genre et presque de chaque poète. L'ode, l'épopée veulent des vers ; les épitres d'Horace des vers. Les ouvrages dramatiques souffrent la prose. Les comédies surtout. Nous avons dit que les poètes épiques veulent être traduits en vers. Malgré le paradoxe apparent, nous ne craindrons point d'excepter de cette règle le premier des poètes épiques, Homère. En voici la raison, que j'aurais dû placer plus haut et qui sera peut-être le principe de ma thèse : La poésie est faite pour plaire; elle plaît par ce qu'on appelle le beau. Or il y a deux sortes de beau: l'un, qui, se trouvant dans l'expression de certain grand poète de la nature et du cœur humain, n'efface ni n'altère, est le beau universel, le beau de tous les siècles et de tous les pays. Dans quelque poésie que ce soit, on est toujours sûr de plaire aux hommes en le reproduisant. L'autre beau est le beau de tel siècle, de tel pays; il dépend des mœurs, des degrés de civilisa-

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tion el il ne peu! se transformer d'une langue dans une autre. Op. qu'on lise Homère, on y retrouve partout cette espèce de beau. Homère est donc intraduisible en vers. Eh bien ! j'ajouterai, m vous voulez, la prose française . El je crois que pour le rendre il faut une traduction presque interlinéaire,une traduction qui serai) un monstre, considérée comme un ouvrage original, semblable, enfin, ;'i ces traductions latines -•! barbares, qu'on lit avec plus de plaisir que In prose travaillée et brillantée de .M. Lebrun, parce qu'elles nous donnent au moins une idée d'Homère et dos mœurs de son temps. Tout cela sent une peu le paradoxe .

J'en ajouterai un autre, je soutiendrai qu'Homère esl le plus grand qui ait existé, et cependant celui qui a mis le moins <! sie de style dans ses ouvrages. M'avez-vous compris? Je crains bien que non. Je me comprends à peine moi-même. Je n'ai pas encore, comme vous le voyez, mis de liaison entre mes i Excusez mon style, je vous écris au vol de la plume, dans une conférence où l'on crie de tous côté> à mes oreilles, et où il faut que je sois aux aguets, de peur qu'on ne s'aperçoive que je m'occupe d'autre chose que de la leçon (1)...

Telles étaient les théories, discutables mais assez neuves, que Charles Loyson soutint, très éloquemment du reste, dans sa thèse de doctorat sur la manière de traduire les poètes anciens. Et comme pour joindre l'exemple au précepte, il entreprit vers le même temps sa belle traduction ■ le Tibulle dont, par malheur, nous n'avons que des l'ragments. le chrétien qui dormait en lui ayant jugé à propos d'en faire le sacrifice à son lit de mort, au grand chagrin de ses camarades qui l'avaient lue et de son ami Papin qui l'avait encourayé dans cette œuvre.

J'ai dit que Papin était son Mentor et son correspondant habituel. C'est une raison pour que je lui fasse dans cette

(i) J'ai déjà publié cette lettre dans mon édition critique delà Deffence it itluslration de la Langue françoy se.

étude la place qu'il occupait dans le cœur de Charles Loyson, Il la mérite bien du reste, car s'il ne lui manqua que de briller sur un plus grand théâtre que celui de sa province, on verra que ce ne fut point la faute des circonstances,mais bien de sa modestie et de son peu d'ambition.

■Se à Baugé (Maine-et-Loire), le i3 février 177.3, Louis- Guillaume Papin avait à peine terminé ses études au collège de La Flèche qu'il présidait à Angers le club de l'Ouest. C'est dire qu'il avait pris la tête du mouvement révolution, naire. Il poussa même le zèle jusqu'à écrire aux Affiches, lors du procès de Louis XVI, qu'il abjurait le nom -de Louis pour prendre celui d'« un homme dont les vertus privées et publiques étaient l'objet de son admiration, le tendre, l'éloquent Cérutti ». Et quand éclata la guerre de Vendée, il suivit les armées de la République en qualité de capitaine quartier-maître. Mais les excès des proconsuls Francastel et Carrier, en révoltant sa conscience d'honnête homme, le dégoûtèrent à tout jamais delà politique qu'ils représentaient. Envoyé à Paris, en 1794, par le département de Maine-et-Loire, pour suivre les cours de l'Ecole normale, il fut nommé à son retour professeur d'histoire à l'Ecole centrale d'Angers. Nous avons son discours d'ouverture et celui qu'il prononça le 10 prairial an IV à la fête de l'agriculture : ils respirent l'un et l'autre une grande sagesse et un patriotisme exempt de l'emphase du temps. Mais le coup d'éclat qui porta son nom au pinacle fut un drame en deux actes et en prose qu'il fit représentera cette époque sous le titre : Les détenus au Calvaire d'Angers ou la générosité récompensée par l'amour (1). Cette pièce de circonstance où Papin, dans une langue enflammée, ne craignit pas de mettre en scène, sous des masques transparents, les bourreaux et les victimes de la Terreur, obtint un succès considérable, que la réaction thermidorienne lui fit paver plus tard de la perte de sa place et, peu s'en fallut, de sa liberté. Il fut obligé de se terrer pendant quelque temps et

(1) I vol. in-8° de 64 paçes, chez Marne frères.

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■l'uv/ia chez son ami (irille (i), au Ilutoreau, près d'An- -. où il employa ses loisirs à cultiver les Muses. Vint le Consulat. Après avoir occupé la chaire de législation politique à l'Ecole centrale de la Corrèze, il revint en Anjou et Fut nommé, en l'an VIII, secrétaire particulier du préfet Desilles, puis, en l'an X. chef de la première division de la préfecture il'- Maine-et-Loire. Mais l'enseignement public ne cessait de l'attirer, et il n'attendait qu'une occasion pour rentrer dans sa carrière favorite. Cette occasion lui fut donnée, en l'an XII, par la municipalité de Saumur. Une école secondaire communale ayant été établie par elle dans l'ancien couvent des Ursulines, la direction de cette école fut offerte à Papin, qui l'accepta (2). Et telle était sa réputation et la considération dont il jouissait dans le pays que cette école, à l'ouverture des cours, réunit jusqu'à quatrevingt-dix élèves pensionnaires et un nombre à peu près égal d'externes. Il la quitta cependant au bout d'une année pour épouser la veuve de l'architecte Miet, qui lui apportait une belle fortune, et vint s'établir à Terrefort. Nommé maire delà commune de Saint-Hilaire-Saint-Florent le i4 novembre 1800, il renonça encore une fois aux fonctions administratives pour occuper celles de récent de rhétorique au collège de Saumur. dont il avait été chargé par un arrêté du sénateur grand-maître de l'Université, en date du 27 octobre 1810. Cinq ans après, le 17 décembre i8i5. il fut appelé par M. Royer-Collard, dans les circonstances que je dirai plus loin, au poste de maître de conférences de philosophie à l'Ecole normale supérieure ^3>, mais il déclina cet honneur, par suite du mauvais état de santé de sa femme, et à partir de ce moment il ne songea plus qu'à prendre sa retraite. Vainement, le recteur de l'Université royale d'Au-

(1) Le père du futur bibliothécaire delà ville d'Angers.

(2) Il s était adjoint comme directeur honoraire M. Delaroche, qui lui succéda.

ML Celestin Port, à qui j'emprunte une partie de ces renseignements biographiques, ne parle pas de cette nomination, qui fut le grand événement de sa vie.

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g-ers insista auprès de lui pour le décider à remplir, en 1818, les fonctions délicates de professeur d<' philosophie au collège de cette ville, il lui opposa le même relus qu'à M. Piover-Collard, et se réfugia à Saumur, dont il était conseiller municipal depuis 181 4, dans une retraite paisible d'où il ne voulut plus sortir, pas même pour remplir, en i833, le mandat de conseiller général que lui avaient confié unanimement et à son insu les électeurs des cantons ruraux (1). C'est là que, dix ans plus tard, la mort le prit

(1) Voici, à titre de document, la lettre que le préfet de Maine-et- Loire lui écrivait au sujet de cette élection, à la date du 2G novembre

Monsieur,

M. le Sous-Préfet de Saumur m'a transmis la lettre que vous lui avez écrite le 22 de ce mois. Quoique je n'aie pas l'honneur de vous connaître personnellement, Monsieur, j'ai souvent entendu parler de vous, et cela dans des termes qui ne pouvaient que me faire désirer de voir des relations s'établir entre nous. J'ai donc sincèrement applaudi au choix de MM. les Electeurs des cantons ruraux de Saumur, et j'éprouverais un vif regret si vous persistiez dans la resolution annoncée par votre lettre. Il est rare qu'il s'établisse au sein du Cooseil général des discussions assez animées ni assez prolongées pour fatiguer l'attention des personnes qui y prennent pari ou qui y assistent. La composition du Conseil général, tel que vient de le former le suffrage des électeurs des divers cantons du département, est d'ailleurs une garantie de l'harmonie et de 1 unité de vues qui régneront dans cette assemblée. Je crois donc pouvoir vous affirmer, Monsieur, que les travaux du Conseil général vous occasionneront moins de fatigue que vous ne le craignez. Dans tous le?> cas. rien ne s'oppose, il me semble, à ce que vous en faniez l'essai, ne fût-ce que pour une session, sauf à vous retirer ensuite, si vous vous apercevez que la tâche soit trop pénible, ce qui ne sera sans doute pas. Ce serait une condescendance pour vos commettants, dont le suffrage est d'autant plus flatteur que vous n'y avez pas prétendu, et en même temps une chose fort agréable à l'administration. Je dois vous avouer, en etîet, qu'une nouvelle élection dans ce moment nous occasionnerait de véritables difficultés et compromettrait peutêtre des intérêts qui ne vous sont pas moins chers qu'à moi. l'ermettezmoi de croire. Monsieur, que ces considérations ne seront pas sans influence sur votre détermination : et que vous voudrez bien, au moins quant à présent ne pas donner suite à votre lettre du 22. C'est de l'avis de MM. touche et Collet, que je vous fais cettedemande, et ils m'ont assuré l'un et l'autre que je n'aurai pas compté en vain sur votre patriotisme et sur votre disposition à sacrifier vos convenances particulières à l'intérêt public.

Agréez, etc.

(Lettre inédite.)

(10 octobre i8/|3); mais il y était préparé depuis longtemps par toutes sortes d'infirmités et de chagrins. D'abord, il avait perdu sa femme cl quelques amis très chers dont le deux Bodinet l'abbé Rangeard, ensuite il était devenu sourd cl presque aveugle; je crois même qu'il avait fini par perdre l'usage de la parole. La mort fut donc pour lui une véritable délivrance. Elle ne le prit pas au dépourvu. Quand il la sentit venir, il légua tous ses manuscrits et ceux qu'il avait hérités de l'abbé Rangeard à Toussaint Grille, bibliothécaire de la ville d'Angers. Il ne réserva à son neveu, Florent Papin, maire de Baugé, que sa bibliothèque et sa correspondance; et tout cela malheureusement péritdans un incendie, àl'exception des quelques lettres de Charles Loyson, que je publie aujourd'hui.

Nous avons sur la mort de Papin une lettre bien touchante de Toussaint (mile; je suis heureux de pouvoir l'imprimer à la fin de cette courte notice. Elle est précisément adressée au père de M. Paul Pionis (de son vrai nom Louis Pàpin) :

Angers, le 6 décembre i843.

Monsieur,

Vous avez perdu un oncle et moi j'ai perdu un fils. Vous pleurez et je pleure, mais votre oncle était vieux, infirme et à la lin de la vie. 11 s'est éteint dans l'ordre de la nature, et mon fils était jeune, brillant, dans la voie de l'espérance, et il m'a été arraché par une mort cruelle, injuste, qui ne laisse à mon esprit ni consolation ni recours.

J'aimais votre oncle. Je le vis beaucoup dans sa jeunesse et dans mon enfance. Je savais ses mérites, ses travaux, puis ses mœurs douces et son goût délicat et tendre. J'aurais voulu, Mousieur, avoir de ses ouvrages, de ses cahiers, de ses manuscrits, de ses lettres, pour conserver ici précieusement des documents auxquels d'autres, peut-être, ne mettraient pas autant de prix que moi. Je désirerais consacrer une page de mon catalogue à la mémoire d'un homme qui était une de nos gloires angevines. .Malheureusement, il parait que vous n'avez rien trouvé de lui. Tout est brûlé, perdu, anéanti. Ah ! cherchez encore. Si vous

trouvez, Monsieur, donnez-moi les débris d'un esprit distingué, afin que j'aie ici du moins quelque trace du passage de cet écrivain que j'ai toujours estimé et chéri.

.M. Defos vous a parlé et je vous écris moi-même, espérant que vous m'excuserez d'une insistance qui vous prouve le prix que j'attacherais à un don qui ne serait pas pour moi, mais pour la ville. Je ne forme point de cabinet particulier, je ne veux rien avoir qui ne soit pour l'établissement qu'on m'a confié. Tout ce que j'avais, je l'ai donné, et à présent je demande aux autres pour accroître tant que je puis une collection qui sera utile.

Aidez-moi, Monsieur, et comptez d'avance sur toute ma vive gratitude (1)...

Tel fut ce Louis-Guillaume Papin, en qui Charles Loyson avait mis toute sa confiance. Nous venons de voir qu'un incendie avait à peu près détruit tous les papiers de ce travailleur modeste. Le hasard, en sauvant des flammes une partie de la correspondance du poète, a grandement servi sa mémoire, car sans les lettres de Charles Loyson, certains faits qui intéressent l'histoire politique et littéraire de la France n'auraient probablement jamais été connus, et le livre de sa vie, qui contient déjà trop de pages blanches, en aurait davantage encore.

Ainsi, pour commencer, voici une lettre qui traite exclusivement des ennuis que Charles Loyson éprouva comme répétiteur de l'Ecole normale, lorsqu'en 1812 il y rentra après les vacances. La lettre est amusante et écrite avec une bonne humeur qui ne laisse pas de cacher un certain dépit: les poètes sont si facilement irritables, et les débuts sont d'une telle importance ! dans une carrière aussi ingrate que celle de l'enseignement !

(1) Lettre inédite.

APPENDICE .', |."i

Monsieur et irrs bon ami, Commencez-vous à vous étonner de ne point recevoir de mes lettres? J'avoue que je parais dans mon tort. Il y a plus d'un mois que je vous ai quitté. C'est vous écrire bien tard el cependant c'est encore trop tôt, puisque je u'ai rien ;'i vous dire de certain sur mon sorl . Que (liriez* vous si dans un mois,dans quinze jours, j'allais nous envoyer nue lettre datée de Reims el signée: Loyson, maître élémentaire, remplaçant provisoirement le professeur de rhétorique? mais que diriez-vous si j'ajoutais à ces titres : exrépétiteur de l'Ecole uormale, ex-suppléant de troisième au lycée Charlemagne, ex-suppléant de troisième, seconde el rhétorique au lycée Bonaparte! Vous me plaindriez sans doute, et vous me demanderiez par quelle faute j'ai mérité une telle disgrâce. Je n'ai point fuit de faute, je u'ai point déplu, du moins aux influents; et ce ne sciait point une disgrâce. Nous commencez à vous y perdre, vous n'y comprenez rien, et moi pas grand'chose. L'Université est une divinité dout il ne faut pas sonder les conseils; or, écoutez mon histoire, et vous verrez s'il n'y a point là-dessousle doigt de quelque malin démon. Pour moi je trouve à tout cela je ne sais quel air de fatalité qui m'épouvante. Ma fortune est-elle à bout et ne dois-je plus voir de bonheur dans ma vie qu'en regardant derrière moi? Quand j'arrivai ici, je trouvai d'abord M. Guéroult (1) irrité contre moi. Il s'imaginait ne m'avoir pas fait écrire de rester jusqu'au 15; j'eus beau produire la lettre, le témoignage de l'élève qui l'avait écrite, tout fut inutile. Tout ce qui arriva, c'est qu'à mon tort imaginaire j'en ajoutai un réel, celui d'avoir raison contre plus fort que moi. C'est à dater de ce moment qu'il faut mettre ex devant mon titre de répétiteur de l'Ecole. On m'offrit cependant généreusement ma pension si j'y voulais rester une troisième année pour me perfectionner. Voilà d'abord comme j'ai été puni de n'avoir pas suivi votre conseil; mais écoutez jusqu'au bout. Ne voyant plus de place ni au lycée Charlemagne ni au lycée Impérial, j'en fais demander une au proviseur du lycée Bonaparte. Je me présente moi-même chez lui. Il me reçut avec une politesse assez froide, prit mon nom et dit qu'il consulterait mes notes à l'Université. Il les consulta, en eftet, le lendemain et revint satisfait, car en me voyant entrer

(i) M. Guéroult fut le premier directeur de l'Ecole normale. Il fut remplacé en i8i5 par M. Guéneau de Mussy,

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chez lui le surlendemain, il vint au devant de moi, tne prit les mains, et m'assura qu'il avait le plus gfrand désir de m'attacher â son lycée, et que le lendemain même il verrait le Grand-Maître à ce sujet.

Le Grand-Maître, c'était M. tle Fontanes, à qui M Chateaubriand disait une fois malicieusement : « L'ennui naquit un jour de l'Université!...

Deux jours après, je reviens le voir, impatient de savoir la réponse. ■ L'affaire est en bon train, me dit-il, j'ai vu le Grand- Maître, et, J'ai remis ma demande par écrit à s<m secrétaire ; il a dû la lire le soir même, a Je restai pétrifié en apprenant qu'il avait écrit au lieu de demander de vive voix, et en le quittant je me résignai tristement à toutes les lenteurs qui sont inséparables d'une telle marche; cependant, quand je fus un avancé dans la rue, l'idée me vint d'avoir un peu recours à moimême et de voir si je ne pourrais pas décider la chose en allant chez le Grand-Maître. Et de ce pas, tel que j'étais, sans ra vous, -ans lettre d'audience, je vais me présenter, je me fais mettre sur la liste, à la suite de ceux qui avaient rendez-vous et à mon tour j'entre. M. le Grand-Maître me reçut de la manière la plu-, aimable, me dit qu'il avait reçu une lettre du proviseur du lycée Bonaparte, mais trop tard, car un moment auparavant il venait de me nommer au lycée Charlemagne, sur la demande du proviseur pour Paire une division de troisième qui venait de vaquer. Je lui témoignai quelque regret de n'être pas au lycée Bonaparte. Il me demanda mes raisons, et il m'avait tellement nus à mon aise qu'en lui disant d'abord que ce n'était pas au Grand-Maître, mais seulement à M. de Fontanes que j'allais parler, je lui avouai que je donnais des leçons dans une pension voisine du lycée Bonaparte — ce qui est un grand crime dans l'Université et que je comptais y demeurer. Je lui dis qu'un des principaux motifs qui m'avaient déterminé à prendre ce parti était le désir d'avoir avec moi mon jeune frère. Il me dit que je faisais fort bien et me promit pour l'année prochaine une bourse dans un lycée de Paris pour mon frère. Je sortis tout ravi d'une si aimable audience, ne regrettant plus que faiblement le lycée Bonaparte. Ouel est mon étonnement, huit jours après, d'apprendre qu'on m'a souftle ma place et qu'un autre fait la division queje devais faire. Je ne suis

UM'I Nl'ICI.

donc plus suppléant au lycée Chàrlemagne. Mais laissez-les faire, ils ne sont pas encore las de me roulerde place en place Jecours aux informations et, sans savoir comment se fait le changement, j'apprends que je suis au lycée Bonaparte, 9uppléantdes classes

de rhétorique et d'humanités. Cette nouvelle me i solede l'autre.

Mai- ma joie n'a guère été plus longue que mon chagrin. La chance commence à tourner une deuxième luis, ci Ion parle de m'envoyer à Reims parce que le professeur de rhétorique s'avise d'être malade. Voilà où eu sont maintenant mes affaires. Jus^ qu'à présent j'ai le titre de suppléant de rhétorique ci d'humatittés au lycée Bonaparte. Il a'est même pas question de me l'ôter parce que dans tous 1rs cas je ne si rais que provisoire à Reims, mais voyez comme cria romprail tous mes arrangements. Je donne 'les répétitions dans deux pensions. Mais il est temps de finir ce journal. Voici le feuilleton : je viens de lin' en deux soirées les deux vol unes de Corinne ou l'Italie. Je trouve que Mme de Staël est une bien étrange créature. Quel talent, mais souvent quel ridicule! C'est Chateaubriand avec plus" de pensée et de mauvais goût 1). Elle e-t parfois inintelligible . Voici par exemple une de ses énigmes : - Quand on entend des sons purs et délicieux, dit-elle, il semble qu'on soit prêt à deviner le secret du créateur et à pénétrer le mystère de la vie. » Devinez si vous pouvez, mais n'attendez pas que je vous y aide. Adieu, j'embrasse tout le monde et vous surtout... Votre ami.

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