‹ Lamartine de 1816 à 1830: Elvire et les "Méditations". Documents inéditsChapitre 57 sur 72 · LE DUC DE ROUAN · texte numérisé non relu

LE DUC DE ROUAN

(i) Le duc de Berry.

Aix, i3 juillet 1825.

C'est une vraie joie pour moi toutes les fois que j'entends prononcer votre nom ! Aussi tout ce qui vient à ce titre sera reçu avec autant de plaisir que d'empressement. Ce nom me rappelle nos jours de Paris, nos longues promenades, nos conversations si pleines d'avenir, nos vers, nos enthousiasmes, La Roche-Guyon, etc.. etc., et par-dessus tout un homme que j'ai aimé, admiré, que j'aimerai, que j'admirerai toujours, un de ces caractères et de

sprits d'or pur qu'on retrouve si rarement sans alliage ! •' si votre souvenir s'est effacé!

... Je désirerais bien pouvoir aller par Grenoble, je ferai tout ce que je pourrai. Mais je crains que des arrangements préalables pris par ma femme ne s'y opposent pour cette fois. Cependant je n'en veux perdre l'espoir qu'au dernier moment. Mais si je ne le puis pas, qui pourrait vous empêcher vous-même pendant vos vacances de venir de chez Madame votre sœur passer huit ou dix jours avec nous, dans notre solitude de Saint-Point? Vous seriez reçu rustiquement, mais vous seriez sur de nous faire un des plus vifs plaisirs que je puisse éprouver : ce ne sont point de vaines paroles. Pensez-y et venez.

Vous'me parlez de vers, et je n'y pense plus qu'avec crainte et dégoût. Je ne les'aime qu'en me reportant dans le passé quand nous les rêvions ensemble. Ils sont devenus pour moi une ennuyeuse réalité. Mais vous? Est-il possible que votre verve se soit tarie à volonté? Je ne le crois pas et je m'en félicite; on me dit toujours,: Corrigez ! et je vous dis : Ne corrigez plus! mais faites : vous avez un véritable talent et j'ai vu de vous des morceaux trop enchanteurs pour renoncer à en voir encore et à ce cpie 'cejplaisir soit partagé tôt ou tard par les gens qui ont des oreill

Adieu, à revoir ou bientôt, au mois de septembre. Je ne veux pas renoncer à mon idée : faites mes compliments à un charmant jeune homme que je vous félicite d'avoir recruté et avec qui je crois que vous vous lierez avec plaisir. C'est M. (Albert Dubois

que j'ai connu à Paria el que je reverrai, j'espère, enallanl vous voir.

Votre ami de toul temps,

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Si je û'avais pas la fièvre tierce, je crois que je vous aurais écrit eu vers, tant votre nom est poétique pour moi.

.Vàcon, 2O décembre 182Q.

Mon cher Hocher, soyez mille fois remercié pour votre bonne lettre : jamais je n'eus un égal besoin de consolations. Jamais je ne les sentis mieux. Je suis dans l'abîme de la douleur et il n'y a pas d'espoir : on retrouve ou l'on peut retrouver tout dans ce bas monde excepté une mère et une mère pareille (I).

Je suis accablé de tous les pays dedemaudes de recommandation pour vous (2). J'en reçus huit hier. J'en ai éludé sept. .Mais en voici une d'un voisin, d'un ami de la famille que je vous soumets. Elle vous sera remise par son fils qu'il désire l'aire auditeur ou employer au ministère. On dit le jeune homme excellent sujet. La famille est des premières et des plus influentes en richesse et du pays. C'est .M. Siraudin. Faites-donc pour lui en sûreté de conscience ce que vos combinaisons vous permettraient. Mais ne me répondez pas. Vous avez autre chose à l'aire. Je ne veux pas vous dérober une minute par sollicitations, mais tant que vous pourrez par amitié- quand je serai à Paris.

J'y serai en mars et avril avec ma femme. Je termine ici de douloureux devoirs et d'ennuyeuses affaires. Puis j'irai vous l'aire mon discours qui ne sera pas séditieux (3). Si vous avez occasion de dire un mot pour moi assez fort à .M. de Polignac, dites-le. Je tiens maintenant à m 'éloigner pour plus d'une raison. II m'a parlé de la Grèce où je pourrais être envoyé comme chargé d'affaires résident. Cela réunirait tout pour moi : diplomatie, poésie, Orient, climat el intérêt politique. Adieu.

(1) Lamartine venait de perdre sa mère.

(2) Rocher était, depuis le 8 août 1829, secrétaire général du ministère de la Justice.

^on discours de réception à l'Académie française.

-i bien à vous de m'encourager d'un signe de tête amical pendant le combat, combat qui finit par la mort, et qui plu par un peu de honte pour tous. Mais c'est mieux de venir me consoler.

Quand on se retire dans ses vieilles amitiés, on se console de ses défaites.

5 mars 1848.

Mon cher ami,

C'est la voix du rossignol, au milieu d'une nuit d'orage, que votre mot d'amitié dans ce tourbillon.

Nous avons à traverser maintenant une crise financière de six semaines, pénible, affreuse, mais après laquelle tout ira bien.

La France est sublime de haut en bas ! Je ne suis rien qu'un Cnrtius qui veut lui fermer l'abîme. Aimez-moi et priez pour moi.

Excepté le trésor, pour six semaines, tout va merveilleusement. Dieu s'en mêle. Les affaires étrangères n'étaient pas plus assurées après Auslerlitc.

Nous aurons un système français au lieu de l'isolement .

A vous de cœur.

1849 ou i85o.

Un cœur vaut une capitale. J'aime mieux votre accueil que les ovations de trois mois. Je souffre de vous voir souffrant. J'irai dès que j'aurai une minute vous serrer la main.

Sans date.

Mon cher ami, je ne sais plus répondre en vers, mais je réponds de cœur. Ce souvenir me touche et m'attendrit presque. Je la porterai, cette épingle, en mémoire de nos belles années et de nos jours avancés qui en conservent les attachements. Eliciet cadam.

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