I.AMAUTINK
ment et qu'avec trois ou quatre lignes de récriture d'un homme on est capable de le faire pendre !
Du jour où je lus l'essai de M. Doumic, je n'eus plus de repos que je n'eusse reconstitué toute la vie de Julie et prouvé moralement, la preuve matérielle étant impossible à faire, que Lamartine ne nous avait pas trompés en disant qu'il n'avait été pour elle qu'un amant idéal et passionné.
Celle preuve morale, je n'eus pas çrand'peine à l'établir et j'espère que mes lecteurs la jugeront convaincante et décisive. Quant à la reconstitution de la vie de Julie, elle présentait des difficultés énormes, sans pour cela me paraître insurmontables. Si M. Anatole France n'avait pu débrouiller l'écheveau. de ses origines, il nous avait fourni un point de repère en nous apprenant, par une pièce tirée des archives de la Loire-Inférieure, qu'elle avait un oncle à Nantes (i). Gomme, par ailleurs, Lamartine avait raconté qu'elle avait été recueillie, après sa fuite de Saint-Domingue, par de pauvres parents qui habitaient la Bretagne, j'eus le pressentiment qu'elle était nantaise et je priai surle-champ M. Paul Bellamj, greffier du tribunal civil de Nantes, qui m'avait documenté précédemment sur les origines maternelles de Victor Hugo, de faire des recherches dans ses archives.
M. Paul Bellamy n'est pas seulement le plus servia-
(i) Ce qui était faux, du reste, cet oncle étant tout bonnemeot son père.
IIISTOIUE DE et LlVKIi
ble des hommes, le greffier chez lui est doublé d'un érudit et d'un loltru qui partag^e depuis longtemps mon amour pour la Bretagne. Quelle gloire pour la ville de Nantes qui a déjà donné naissance à la mère de Victor Hugo si elle avait donné le jour aussi à l'Elvire de Lamartine!
Et le voilà qui, d'enthousiasme, avec le concours actif d'un autre érudit nantais, M. Morel, juge honoraire au tribunal de cette ville, le voilà qui fait descendre de leurs rayons et qui bouscule et qui parcourt fiévreusement tous les registres antérieurs à- la Révolution dont il a la garde... Quinze jours après j'avais entre les mains tous les éléments du tableau g'énéalog^ique qu'on pourra consulter plus loin. Julie Bouchaud des Hérettes n'était pas nantaise de naissance, du moins on n'avait pas trouvé trace de son acte de baptême, mais sa famille paternelle était de Nantes où elle habitait depuis la fin du seizième siècle. Et comme un document en appelle généralement un autre,je sus à quelques jours delà par ledocleurPlantard,un médecin de mes amis, que le nom de Bouchaud était encore porté par plusieurs familles nantaises, — que les parents qui avaient recueilli Julie sous la Révolution n'étaient autres que les seigneurs du Plessis-la-Musse, — qu'il avait soigné lui-môm.e les derniers propriétaires de cet ancien fief dont le castel Louis XllI existeencorc, — et que, chose étrange et presque incroyable, la commune de Chantcnay où il est situé avait donné, il y a environ