‹ Lamartine de 1816 à 1830Chapitre 4 sur 89 · I.AMAUTINE · texte numérisé non relu

I.AMAUTINE

deux ans, le nom de Lamartine au chemin qui lon^e cet ancien manoir.

Entre temps, M. Morel avait découvert aux archives départementales de la Loire-Inférieure la lettre de Julie au consul Lebrun que j'ai reproduite en facsimilé en tête de la première édition de ce livre.

J'étais donc aussi documenté qu'on pouvait l'être sur les origines paternelles de Julie. Mais sur ses origines maternelles je ne savais rien encore. J'ignorais même le nom de «sa mère, l'acte de sépulture de Julie, que j'avais eu la bonne fortune de retrouver à l'église Saint-Germain-des-Prés, n'en faisant pas plus mention que celui de son père,décédé à Nantes quatre ans après elle.

C'est alors que j'eus l'idée de recourir aux archives de l'Enregistrement et des Domaines, Comme elles sont fermées au public, je priai M. Marcel Fournier, directeur général de cette administration, que j'avais connu à la Revue politique et parlementaire quand il dirigeait cette Revue, de vouloir bien faire rechercher les déclarations de successions relatives à Julie et à Charles, son mari.

M. Marcel Fournier fit droit à ma demande avec un empressement dont je ne saurais trop le remercier, car c'est par son canal que je pus arriver à mes fins.

L'acte de succession de Julie me causa d'abord une vive déception, Charles ayant volontairement trompé l'Enregistrement par ses déclarations mensongères,

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mais je fus servi à souhait j)ar l'acle de succession de son mari. Gomme il v avait eu uu inventaire après son décès, je trouvai le nom du notaire qui l'avait dressé, et, par lui, j'eus la clef avec laquelle allaient dorénavant s'ouvrir devant moi toutes les portes.

Cet officier ministériel était M« Deshayes, notaire à Paris. Son successeur actuel est M^Fauchey. Celui-ci, pressenti par un ami commun, voulut bien me donner lecture de cet inventaire, et l'on juge de ma surprise et de ma joie à la nouvelle que Julie, contrairement à la déclaration de Charles, s'était bel et bien mariée par contrat reçu en l'étude de M- ArchamhauU de Beaune, notaire à Tours. Cette fois je surprenais la pie au nid. Non seulement, en effet, ce contrat de mariage me révéla le nom de la mère de Julie, mais encore celui du « bon oncle » qui lavait élevée, et la situation exacte de la propriété de la Grange, où cet acte avait été signé.

Sur la foi d'une lettre de Charles publiée par M. Anatole France, j'avais cru que la Grange, d'où celte lettre était dalée,se trouvait aux environs de Tours, et j'avais fait des recherches autour de cette ville et dans la ville rnèmc,avec l'espoir de mettre la main sur l'acte de mariage de Julie. Mais je n'avais pas été plus heureux que M. L. de^irandmaison, archiviste du déparlement d'Indre-el-Luire, qui, [)endanl se[)t ans, avait fait à ce document une chasse inutile.

Or, cette [)ropriélé de la Grange, dont le \rai nom

LAMAKTINE

était la Grang-e-Saint-Martin, dépendait delacommune de Saint-Paterne, laquelle est distante de plus de 3o kilomètres de Tours. C'est donc à Saint-Paterne qu'avait eu lieu le mariage de Charles avec Julie Bouchaud des Hérettes. Fort de ce renseignement, je m'apprêtais à demander copie de l'acte au maire de celte petite commune, quand M. de Grandmaison,qui venait par hasard de le découvrir au cours d'une inspection, me l'offrit obligeamment. J'appris ainsi à la dernièreminute que cette «bonne Julie», comme disait Charles, était née, non pas à Saint-Domingue, mais à Paris, d'une mère créole, en l'an de grâce 1784.

Ce n'est pas tout. Ayant lu dans Raphaël que Julie avait une sœur aînée et n'en ayant jusqu'à ce jour trouvé aucune trace, je commençais à douter de son existence, lorsqu'elle me fut confirmée par un de ses arrière-cousins, M. Favreul, de Nantes. D'après lui, cette sœur aînée avait épousé un Desmarets de l'Oménie et en avait eu un fils, mort vers i84o officier d'artillerie. La chose était facile à vérifier, car lorsqu'il y a un militaire dans une famille, on est sûr d'être renseigné sur elle au ministère de la Guerre. Je priai donc le minisire de ce département de vouloir bien me communiquer les états de services de cet officier. Au bout de quelques jours, il me fut répondu qu'il n'avait jamais figuré dans les cadres. Le renseignement de M. Favreul était-il faux ou bien le nom de ce Desmarets de rOménie mal orthographié? Pour cclaircir

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n' [)oiut j eus l'idôii de m'ailresser à M. Charles de Loméiiie dont j'avais éprouvé déjà le savoir et la complaisance. Il m'écrivit qu'il ne connaissait pas de Desmarets de l'Oménie, mais des Loménie de Marmé. De Marmé, Desmarets ! cela rendait à peu près le mt>me son, et à la dislance qui nous séparait des événements, le petit-cousin de Julie avait très bien pu prendre un nom pour l'autre. 11 en convint lui-même le premier, .l'écrivis de nouveau au ministre de la Guerre pour le prier de faire des recherches de ce côté, et quelques jours après j'étais invité à passer aux archives où l'on me communiqua tout un dossier au nom de Jean-Baptiste-Sébastien Loménie de Marmé. Il était né à Paris — comme Julie, et huit ans seulement après elle — le 17 août 179^, de Joseph-Jean- Baptiste de Loménie de Marmé, ancien mousquetaire, neveu du cardinal Loménie de Brienne et du comte de Vaudreuil, mort à Paris le i r avril 1807 (i ), et de Marie-Chantal Bouchaud,morteà Saint-LouisdeSaint- Dominçue, le 3o avril i7o5. Admis à l'école de Sainlr le 23 aortl iSro comme élève pensionnaire, il en était sorti le 2 juin i^i-i pour se rendre comme lieu- '"Tiant en 2" d'artillerie à Spandau, avait fait la caml'^me de Saxe dans le 11" corps commandé par le iréchal duc de Tarente, avait été fait prisonnier à

1} f> Jo«^ph-.I-!ïn-Rapliste éuil né à Paris, le 21 octobre 17")!, de

i nip, capilaine d'infanterie à .Sairil-Doinini;iif,

-ijhariotte 'Juyot de la Miraude, fille d'un lieu-

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Soissons le i4 f«^vrier i8i4, s'était évadé et, devenu capitaine d'artillerie en 1819, s'était marié, le 28 octoiDre 1822, à ThaïsLandriève-Desbordes, sa cousine (i), fille du maire d'Artannes et de Marie-Claire Legardeur de Tilly (2). Enfin, après avoir atteint le grade de chef d'escadron, il était mort à Sainte-Gemmes, près d'Ang^ers, le 3 juillet i846.

Je savais donc à peu près tout ce que je désirais savoir sur cette sœur aînée de Julie, morte prématurément comme elle. Et, ce qui ajoutait du prix à cette découverte, j'étais maintenant en mesure d'expliquer ce qu'il y avait d'obscur et d'incompréhensible dans les lettres de Julie au baron Mounier publiées par M. Anatole France.

Il ne me restait plus, pour triompher sur toute la. ligne, qu'à découvrir le portrait de l'héroïne de Raphaël. Mais sur ce point je me heurtai ù des difficultés plus grandes encore.

Julie étant morte sans enfants, il y avait à craindre que son portrait, si jamais il avait été fait, n'eût eu le même sort que sa dépouille mortelle dont, malgré toutes les recherches, il m'a été impossible de retrouver la trace. Cependant ce portrait devait être resté dans la famille de Charles qui avait hérité d'elle. Mais par

(i) La sœur du père de M. de Loménie avait épousé Etienne-Simon Legardeur, seigneur de Tilly, conseiller au conseil souverain de Montréal (Canada).

(2) Le mariap:e fut célc'bré à Artanncs, petite commune du département d'Indre-et-Loire, oîi se trouve le château de Méré, qu'habitaient les parents de la future.

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