‹ Lamartine de 1816 à 1830Chapitre 38 sur 89 · LE RETOUR · texte numérisé non relu

LE RETOUR

Je ne vois guère qu'une pièce où Lamartine me semble avoir été moins lieureux dans ses corrections; c'est la pièce intitulée le Retour, qu'il publia, peu de temps avant les secondes Méditations, dans les Epîtres et poésies diverses, et qui n'est autre que celle dont j'ai donné plus haut (p. iGj) la première version

LES MANUSCRITS DE LAMAIXTINB 2l3

relevée par moi sur son pelil Pétrarque. La voici clans son texte définitif:

Vallon, rempli de mes accords,

Ruisseau, don! mes pleurs troublaient l'onde,

Prés, collines, forél profonde;

Oiseaux, qui chaotiez sur ses bords !

Zéphyr qu'embaumait son haleine, Sentier, où sa main tant de fois M'entraînait à l'ombre des bois, Où l'habitude me ramène !

Le temps n'est plus! mon œil^lacé Qui vous cherche à travers ses larmes, .4 vos bords, jadis pleins de charmes, Hedemande en vain le passé.

La terre est pourtant aussi belle, Le ciel aussi pur que jamais !

Ahl je le vois, ce que j'aimais.

Ce n'était pas vous, c'était elle.

J'ai dit que Lamartine avait écrit au crayon sur quelques feuillets de ce petit Pétrarque, à la fin du tome II, un certain nombre de vers restés inédits. En voici quelques-uns. Page i5o, dans le Triomphe (le 1(1 lienommée :

C'était au jour douteux de la naissante aurore; Le jour dans les vallons ne plont^eait pas encore; Mais, e^lissant dans les airs, ses obliques rayons N'éclairaient que le ciel et la cime des monts. Je m'avançais liquidé par le fracas de l'onde Dans les obscurs sentiers d une forêt Au tonnerre des eaux coulant sous mes pas (Illis.) Je jette un cri de surprise et d'effroi : Le fleu\'e tout entier s'écroule devant moi.

Les cinq derniers vers ont été biffés. Sur la page blanche suivante on lit:

Ainsi de siècle en siècle, ainsi parlent nos frères. La nature comme eux nous parle en sens contraires,

2l4 LAMARTINE

Ecoutez (?) choisissez : l'un dit oui, l'autre non. De ces deux jurandes voix qui des deux a raison? Je ne prononce pas sur ce sacré mystère. Quelle bouche dirait ce que Dieu voulut taire? J/esprit humain flottant dans cette obscurité Par des ombres trompé crie en vain : Vérité! Ce monde est une énigme : heureux qui la devine! Sur ces bords tant cherchés plane une nuit divine.

Puis cette variante :

En traversant le monde ainsi parlent nos frères, La nature comme eux nous parle en sens contraires. A ces deux grandes voix nulle voix ne répond. Ce silence éternel nous trouble et nous confond. Je ne prononce pas sur ce profond mystère. Quelle bouche dirait ce que Dieu voulut taire?

A la page suivante :

Que nos biens passagers qui [sont notre] délice, A ce dieu par nos soins offerts en sacrifice. D'un parfum de vertus embaument son autel. Ces biens-là ne sont rien ? pour un être immortel. Heureux qui... insensé qui les pleure!

La vie est un passage et non pas la demeure. Vers ce terme éternel hâtons-nous de courir ! Foulons aux pieds ces biens et vivons pour mourir.

Que ton cœur sacrifie Comme un germe divin dans l'avenir jeté Refleurira pour toi, mais dans l'éternité.

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