‹ Lamartine de 1816 à 1830Chapitre 42 sur 89 · IL CHILDE-HAROLD ET LE CHANT DU SACRE · texte numérisé non relu

IL CHILDE-HAROLD ET LE CHANT DU SACRE

VARIANTES, VERS INEDITS

Ces deux ouvrages, écrits et publiés dans le même

LES MANX'SCniTS DE I.AMAUTINE :• I 7

temps, n'eurent pas la même fortune. Le Chant du Sdcrr, après avoir attiré à son auteur toutes sortes >rentiuls, tomba sous le mépris public et s'en alla Unir, quelcjues années plus lard, en tas, chez les épiciers et les marchands de tabac. Cliilde-Ihirold^ en revanche, fut bien accueilli et soutint glorieusement la réputation du poète.

Lamartine avait entrepris le Dernier Chant du Pèlerinage d'IIaroid, à Màcon, dans le courant du mois de décembre iSili, pour se délasser de son malencontreux voyage académique (i) et de son poème des Visions, qu'il ne devait jamais finir. Le /| janvier 1820 il écrivait à de Virieu qu'il avait déjà fait cin(j à six cents vers iV llarold. Le 2() février, il mettait le mot fin au pied du manuscrit qui, contrairement à celui du Sacre, est écrit très lisiblement à Tencre cl auquel il ne manque rien (2).

(i) On trouvera plus loin quelques détails sur son échec à l'Académie irançaisc en iSs'j.

(2) Le manuscrit de Childe-IIarold forme un volume de 69 feuillets. C'est un grand album à dessin, en maroquin roui^c qui fut acheté chez Chaulin, marchand |»spclier. rue de l'Université, 7. Commencé par les deux bouts et écrit tout entier à l'encre, sauf un passai^e au verso de la paec 3 (jui est écrit au crayon, ce manuscrit offre un t^rrand nombre de variantes, quelques vers de moins que le livre et beaucoup de ratures sous lesquelles il est impossible, tant la couche d'encre est épaisse, de découvrir le texte bitTé. De plus, les parai^raphes du poème sont moins nombreux que dans le texte imprimé-. C'est ainsi que la chanson

Semez, semez de narcisse et de rose ■> qui porte dans la brochure le

' XXVII est numérotée XX dans le manuscrit.

l'armi les variantes que j'ai relevées, je signalerai seulement celles-ci :

5 VI du livre, au lieu de :

Là, sous l'alcôve sumbre oii le pAlc flambeau, Semblable au feu mourant qui luit sur un tombeau, Mêle d'ombre et de jour une teinte incertaine, L'ne jeune beauté dort sur un lit d'ébène. On lit dans le manuscrit :

1^1. sous un dais flottant dont les létjcrs rideau.x Helcvés aux deux bouts dans d'éclatants anneaux, Pour se quitter bientôt se n joignent à peine

2l8 LAMVIXTINE

Lamartine, qui avait, comme toujours, grand besoin d'argent et n'espérait pas en tirer, à Paris, la somme qu'il voulait (de 9 à 10.000 fr.), avait d'abord eu l'idée de faire imprimer Childe-IIarold à Lyon à ses frais et sans nom d'auteur, comme s'il s'était agi delà traduction pure et simple d'un poème inédit de lord Byron. Mais après avoir fait sonder le terrain par son ami de Virieu, qu'il mettait à contribution en toute circonstance (i), il s'était décidé à vendre son ouvrage à

Une jeune beauté dort sur un lit d'ébène. I XXVI. — Il y a, à la fin de ce paragraphe, quatre vers de plus que dans le manuscrit. Après le vers :

Accompagnait le choeur, qui chantait en ces mots : Lamartine a ajoute :

Contraste déchirant ! air gracieux et tendre,

Ou'en des jours plus heureux nos voix faisaient entendre,

Et dont le doux refrain et l'amoureux accord.

Doublaient en cet instant les horreurs de ia mort. § XXVII. — Au lieu de :

Semez, semez de narcisse et de rose,

Semez la couche où la beauté repose !

Pourquoi pleurer? C'est son jour le plus beau. Lamartine avait écrit d'abord :

Semez la couche oii la vierge repose

Pourquoi rougir, dit un céleste oiseau.

|XXXI. —Au lieu de :

Leur cœur voit dans Harold un être plus qu'humain, il y a dans le manuscrit :

Us contemplent Harold comme un

être plus qu'humain.

Enfin, au lieu de se terminer, comme dans le livre, par ce vers : Mais taisons-nous! la tombe est le sceau du mystère! Le manuscrit finit sur celui-ci ;

La pierre de la tombe est le sceau du mystère . Comme la pkipart des manuscrits d^ Lamartine, celui de Childe- Harold contient quelques notes d'ordre purement domestique. On lit, par exemple, sur la couverture intérieure : Hyver 1820.

Tout payé l'arriéré à maman le 20 décembre 1825

Donné le même jour pour moi et ménage yoo fr.

Lam.vrtiîse.

(i) Cf. la Corresp. de Lamartine, t. II, pp. agg-Soo.

LES MANUSCRITS DF. I \MAI\TINE lilQ

Ponlliieu, libraire au Palais-Royal^ qui en deux jours eu écoula Oooo exemplaires (i).

C'élail, certes, un beau résultai; ce chillre iul encore dépassé par la vente du Chant du Sacre qui, malgré le dédain qu'alTicliail Lanarline pour ce poème, atteig-nit en quelques jours le chillre énorme de 20.000 exemplaires. Il est vrai que le scandale était pour une bonne moitié dans ce débit.

Lamartine appelait ce Chant du Sacre son poème de Fonlenoy.On sait que Voltaire déclarait avoir travaillé cette fois « moins en poète qu'en bon citoyen». Lamartine, lui, n'avait travaillé « ni pour gloire, ni pour argent, par pure conscience royaliste et pour témoigner sa reconnaissance au roi ^). Mais il l'avait à peine fini qu'il s'en montrait dégoûté. C'était pour lui « l'horreur des horreurs poétiques », quelque chose comme du Baour-Lormian. « Et dire, s'écriait-il, que les libraires gagneront 00.000 francs avec ce rogaton dont j'ai eu cent louis et la honte 1 »

La honte, non, mais des ennuis qu'avec un peu plus de jugement il aurait pu s'épargner.

Le Chant du Sacre ne devait paraître qu'après le couronnement de Charles X, fixé au 29 mai 1820. L'rbain Canel, qui était pressé de rentrer dans âes débours, le mit en vente huit jours avant.

Naturellement, les premiers exemplaires furent pour les Tuileries (2) et le Palais-Royal.On ne sait pas quelle fut l'impression de Charles X, mais on connaît celle du duc d'Orléans : il fut exaspéré (3) et courut se plaindre au roi co'fiocchi des insultes que Lamartine

(ij Corresp. du Lamartine, t, IF, p. 3o5. (a) Le roi en fil prendre 3.ooo cx<'mpl. pour son compic. (3) Cf. les Lettres à Lamartine. — LcUre du prcsidtut Ilcnrion de Panscy.

lui adressait (i). Et quelles étaient ces insultes? Quatre vers que le poète mettait dans la bouche du roi. J'ouvre la brochure et je lis page 19 :

Page 1