‹ Lamartine de 1816 à 1830Chapitre 43 sur 89 · LE ROI · texte numérisé non relu

LE ROI

d'okléans !

Ce grand nom est couvert du pardon de mon frère : Le fils a racheté les armes de son père ! Et comme les rejets d'un arbre encore fécond, Sept rameaux ont caché les blessures du tronc.

Les armes de son père ? Qu'est-ce que cela voulait dire ? Cela voulait dire que Lamartine et son éditeur, cédant aux injonctions du roi, avaient fait un carton pour remplacer par un autre le mot qui avait excité la colère du ducd'Orléans... Et ce mot, c'était^c crimes » ni plus ni moins. Lamartine avait d'abord écrit : « l'iniquité du père » ; — le manuscrit est là qui en témoigne ; — il avait imprimé ensuite « les crimes de son père ». Le mot, il faut en convenir, était dur.

Aussi Louis-Philippe ne pardonna-t-il jamais à Lamartine l'injure faite au duc d'Orléans. Au mois de février i843, à la suite d'un discours retentissant prononcé par la poète à la Chambre des députés, Sainte-Beuve écrivait à Juste Olivier :

« Le roi, en apprenant ce discours, qui attaque si fort son immuable pensée depuis treize ans, s'est exhalé, paraît-il, contre Lamartine en un torrent de b.et de f. qui n'étaient pas piqués des vers (des torrents piqués ! mais c'est égal) en un mot il a juré comme un templier:

« Je savais bien que ce b — était un pitoyable

poète, mais je ne savais pas qu'il eût encore !... » Il a contre lui un vers à cœur dans le Chant du Sacre (2)... »

(i) Id., p. 3o4.

(2) Corresp. inédite de Sainte-Beuve avec M. et M"'" Juste Olivier,

I Ks MANTSCniTS OE LAM\I\TINK

Quelques années plus tard, Lainailinc, qui se consolail, en i82r), de rembarras qu'il avait donné dans celte circonstance à Charles X, en disant qu'une sanglante satire ne lui eiU pas tait plus d'amis, se serait consolé delà boutade de Louis-Philippe en pensant qu'il avait contribué fortement à le renverser du trône. Mais l'éditeur du allant (lu Sacre ne dut pas se consoler aussi facilement du préjudice que Lamartine lui causa avec son carton. Le premier tirau;^e avait été enlevé en quelques jours; le second lui resta pour compte, si bien qu'en 1827, d'après une note manuscrite de Villenave, père de M"*" Mélanie Waldor, qui esljointe à l'exemplaire de la Bibliothèque nationale (Y" 253o4 bis) il fut soldé à vil prix et acheté par des épiciers, notamment par Gennequin, épicier rue de La Harpe.

L'inif/uilr du père n'est pas la seule variante curieuse que contienne le manuscrit de cet ouvrage (1).

Dès le début, pajjc 0 de la brochure, on lit :

l/autel esl ombrasse d'armes et délendards; Ceux que la Palestine a vus sur ses remparts, Ceux conquis par Philippe aux plaines de IJouvines, Et ceux (|ui d'Orléans sauvèrent les ruines, Ce panache d'Vvri que fit floUer un roi !

le manuscrit porte :

L'aulel esl ombraiçc de lambeaux d'étendards Et ceux qu'ont déchirés les lances de Bouvines Celui f]ui d'Orléans protéijea les ruines Ce panache d'Ivry qu'éleva le Bon Roi qu'aux champs d'Ivry

Mais les principales variantes émaillent le dialogue

(i) Il forme un vol. de i8 feuillets écrits à l'enrrc C'est un petit album à dessin, cartonné vert, qui fut acheté au Coq Flonoré, 7, rue du Coq- Sainl-Honoré, à Paris. Ce mant)scril esl iacunq>lel : il s'arrClc à la I>age a6 du livre, c'est-à-dire apns la prière du roi.

LAMArVTINE

du Roi et de l'Archevêque, lequel, dans le manuscrit, est dénommé le Pontife.

Exemples :

Page i3, de la brochure :

Reggio ! Ce nom, à son aurore, Du saint vernis des temps n'est pas couvert encore ; iMais ses litres d'honneur sont partout déroulés !

On lit dans le manuscrit :

OuDiNOT ! Ce nom à son aurore Du saint vernis des temps n'est pas couvert encore ; Où sont ses écussons? Ses titres? montre-les.

Page i8, à piopos de Chateaubriand :

Et ce preux chevalier qui, sur l'écu d'airain, Porte au milieu des lys la croix du pèlerin. Et dont l'œil, rayonnant de gloire et de génie, Contemple du passé la pompe rajeunie?

Dans le manuscrit :

Et ce preux chevalier qui, son glaive à la main, Porte une croix d'azur sur un écu d'airain Et d'un regard brillant de gloire et de génie Contemple...

Pag-e 19 :

Et pour briser naguère une force usurpée,

La plume entre ses mains nous valut une épée !

Dans le manuscrit :

Et pour briser le joug d'une force usurpée Son nom vaut une armée et sa plume une épée .

Dans la prière du roi, la deuxième strophe du manuscrit n'a pas été imprimée. La voici :

Je ne suis rien qu'un ver de terre, Un insecte pétri de fange et de misère Foulé sous les pas de la mort !

LES MVNUSCniTS DE LAMARTINE 223

Insecte couronné (jue son éclat consume. Ah 1 j'ai trop épuisé la coupe d'amertume F'our adorer l'orsi^ueil du sort.

Page 23 :

N'ai-jc pas vu ce diadème, Par le glaive arraché de la tète suprême. Rouler dans la poussière aux pieds des factions?

Dans le manuscrit:

N'ai-jc pas vu ce diadème Par le glaive arraché

(an crayon) avec la tête même Rouler comme une boule aux pieds des factions.

Page 2;") :

Etre ici-bas ton ombre .' o mon Dieu ! viens toi-même Tenir le sceptre dans ma main !

Dans le manuscrit :

Etre un dieu sur la terre! oh! mon Dieu, viens toi-même Porter ce sceptre par ma main.

Page 26 :

Que mes fastes heureux n'aient qu'une seule page, Ouc la borne posée à mon noble héritage Passe immobile à l'avenir!

Dans le manuscrit :

Oiie mes fastes heureux n'aient qu'une seule page, tt lèguent du passé l'immortel héritage Aux promesses de l'avenir !

Même page, dernière strophe de la prière, au lieu de :

De ma race auguste patronne,

Etoile du bonheur, sois l'astre de la France, Et conserve à jamais ta bénigne influence Aux premiers soldats de ton fils!

Le manuscrit porte :

El toi, Vierge ! Relae et Patronne,

Etoile du bonheur, sois celle de la France El protège à jamais de ta douce influence Les premiers soldats de ton fils.

La plupart de ces variantes prouvent que, contrairement à l'avis de Sainte-Beuve, Lamartine s'entendait assez bien à se corriger.

I IIL LES HARMONIES

Les manuscrits des Harmonies qui sont à la Bibliothèque nationale forment trois albums que Lamartine acheta comme ceux des Méditations chez Giroux, rue du Goq-Saint-Honoré, 7.

Le i^"", relié en maroquin vert, contient, entre autres choses, le brouillon de sa lettre au colonel Pepe, qui l'avait provoqué en duel pour quelques vers malsonnants à l'adresse de l'Italie.

Le 2^, en maroquin rouge, renferme la première version de la Vision io« ; le Clieualier (chant 3*), Jéhova ou l'idée de Dieu, et le Chêne qui y fait suite.

Le 3^, en maroquin vert, contient la Source dans les Bois, la suite de Jéhova, V Hymne de la mort, V Hymne de l'ange de la terre après la destruction du globe, V Abbaye de Vallombreuse, V Hymne au Christ, la Retraite (en réponse au Réoe de Victor Hugo).

Presque toutes ces poésies offrent des vers qui furent modifiés ou supprimés à l'impression. Quelquesunes en ont moins dans le manuscrit que dans le livre. Ainsi, dans la Source dans les bois, qui est si jolie,

LES MANUSCIVITS DE LAMAUTINli 225

Lamartine a siipprinit^ cette slaiicc qui vciiail après la j.V' de l'aibum :

Alors une main attentive Rassemble au lieu de diviser Et trace dans la roclie vive La route que lu dois creuser.

El il en a ajouté trois à celle (jui finit par le vers :

Reçois ces larmes pour encens !

Dans Vlfi/nine an Christ, après la strophe i5, le manuscrit en a deux (jui ne sont [las dans le livre :

Ta loi pour l'homme même est une autre nature. Ceux même à (]ui ton nom, ô Christ, est une injure. Remplis à leur insu de ta seule clarté Ne pèsent qu'à ton poids la vie et l'imposture,

Ne mesurent quïi ta mesure

La justice et la vérité.

Le jour dont ta parole inonde leur paupière Ne leur sert qu'à chercher des taches dans la foi. Et de l'aveuirlemenl double et fatal exemple, Eteignant le tlambcau d'où le jour est venu,

Avec les pierres de ton temple Ils lapident le Dieu qu'ils n'ont pas reconnu.

Tu rèiçncs sur la vie entière

Tu prends l'homme avant le berceau ;

A peine a-t-il vu la lumière,

Tu marques son Iront de ton sceau ;

Dès la mamelle de la femme

Ta parole, lait de son Ame,

Est notre premier entrelien,

El ton joug sublime et sévère

Du doux souvenir de sa mère

S'adoucit au cœur du chrétien.

Dans la /?^//va7(?, après la strophe 7^^ qui se termine ainsi :

Mais attends, l'Age enlève L'ivresse et le dégoût.

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