G LAMARTINE
venaient ces deux strophes :
Pourtant de ce qui leurre Notre espoir et nos soins La tienne est la meilleure Oui plus longtemps demeure Et nous trompe le moins.
Fuis donc l'indiçne foule Où chaque passion Comme la fourmi roule Jusqu'à ce que s'écroule L'œuf de l'ambition.
Il les a remplacées par celles-ci, qui valent infiniment mieux :
Plus, hélas ! sur la terre L'homme compte de jours, Plus la route est sévère, Et plus le cœur resserre Sa vie et ses amours.
Fuis ces champs de bataille Où l'insecte pensant S'ag-ite et se travaille Autour d'un brin de paille Ou'ccrase le passant.
Comme pour les Méditations, le meilleur moyen de donner une date certaine aux Harmonies qui n'en ont pas dans le manuscrit, c'est de consulter la Correspondance du poète. La plupart des Commentaires dont il les a enrichies sont, en effet, sujets à caution.
Ainsi, V Hymne de la nuit et V Hymne du matin qui, dans les Commentaires, sont datés deLivourne, 1824, portent, dans le manuscrit donné à M. Ch. Alexandre, la date de Florence, 1826.
U Hymne du soir, qui n'est pas daté dans le Commentaire, l'est dans le manuscrit, de Florence, 27 mars
LES MAMSi:iVIT3 DF, I.\MAI\TINE 327
La Poésie ou Paysage dans le golfe de Gènes qui, (l:uis le Commentaire, porte la date de 1824, fut composée dans l'été de 182O, d'après la lettre écrite par Lamartine à Aymon de Virieu, le r'^ août de celte f.iinée : «... A propos de pensée, en longeant la côte de Gènes, j'ai l'ait une Harmonie sacrée^ intitulée Poésie. » [Corresp., t. II, p. 342.)
Cne Larme ou Consolation, qui ne porte aucune date, .!oil être de 1827, si l'on s'en tient à ce passaij^e d'une lettre écrite de Florence par Lamartine à de Virieu le 18 janvier 1827 : «... Je pense aussi souvent à celte pauvre M'"« Yéménitz (l'amie de Lamennais). Je lui inverrai quelque Harmonie consolatrice quand elle sera déjà consolée parle temps et par la main divine. » {Corresp., t. III, p. 3.)
La Perte de r-l«/o,qui n'est pas datée, est du mois de janvier 1827. « Voici deux cents vers qui me semhlent bons sur l'événement qui vient de ruiner Tivoli et d'anéantir les cascatelles, écrivait de Florence Lamartine à de Virieu, C'était une heureuse occasion pour moi de faire quelques vers flatteurs en réparation à l'Italie qui me traite complètement bien à présent. » — Et le i3 février de la même année : « Je suis confondu que tu ne trouves [jas mes vers sur Tivoli à ton plein gré. Je trouve que c'est le seul morceau par lequel je voudrais lutter avec lord Byron : Italie, Italie! etc. ; mais on se trompe sur soi-même. » {Corresp., t. III, pp. 2 et 8.)
Millij ou la ferre natale est de la môme époque. Le i'' février 1827, Lamartine écrivait de Florence à son ami:
<( Ah! si le nombre écrit sous l'œil des destinées Jusqu'aux cheveux blanchis prolong'e mes années,
« Voilà ce que je disais l'autre jour en pensant à Saint-Point et à Milly. »
Désirnchiipas composé à Florence en 1828, comme Lamartine le dit dans le Commentaire de cette pièce, mais en 1827, comme le prouve une lettre écrite par lui le l'^r juillet de cette année: ((...Tu peux faire voir à l'abbé de Lamennais le Désir, mais franchement j'aimerais mieux non : car je ne trouve tout cela guère bon. » (Coi^resp., t. III, p. 87.)
L'Infini dans les deux, qui n'est pas daté dans le Commentaire, est du mois de juin 1828 et fut composé à Casciano. (( Je t'enverrai ces jours-ci, mandait Lamartine à de Virieu,le 12 juin 1828, des bains de cette localité, une Harmonie que j'écris, intitulée V Infini ou Quêta volonlé soit faite. » {Corresp., t. III, p. 98.)
L'Hymne au Christ, dédié à IManzoni, est du mois d'avril 1829 ^^ ^^^ composé à Mâcon. ((... Je viens d'ébaucher une nouvelle et capitale Harmonie poétique intitulée : Hymne au Christ, dont je suis assez content. C'estle pendant oucontre-pendantde YEpttre à Uranie, de Vol taire, mais c'est vu d'un autre point de vue. C'est écrit avec foi et amour. » [Corresp., t. III, p. i44- Lettre à de Virieu du 28 avril 1829.) A celte époque, cette Harmonie avait 85o vers. Elle en avait tout près de 4oo quand elle fut imprimée.
Les Novissima Verba qui, à Forig-ine, devaient s'appeler Job, ne sont pas du 3 novembre 1829, quoi qu'en dise Lamartine dans son Commentaire, mais du mois d'octobre précédent. Il écrivait, en effet, de Monculot, le 19 octobre i829,àAimé Martin :((... Je voudrais vous voir arriver. Je vous lirais un petit morceau de six cents vers que je viens de faire pour me venger de l'Académie, si elle me refuse. Gela s'appelle Job. »
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L'Académie ne le refusa pas, mais comme, un mois après, il perdil sa mère, on aurait pu croire que la douleur lui avait inspiré cette admirable pièce à laquelle il avait donné comme sous-titre : Ou mon âme si triste Justin à la mort.
hç& Harmonies furent donc écrites de 1824 à 1829. Une seule pièce, V Invocation, qs,\. du 1822. Lamartine habitait à cette époque en Italie et éprouvait de temps à autre une lassitude, un dégoût, un découragement, qui se trahissaient par de longs intervalles de silence. " Je ne fais plus à' Harmonies, écrivait-il au mois de novembre 1820, parce que je me couche à une heure du malin assezréi^ulièremcnt.. l'attends le printemps. »
Et le 24 mars i8:>7 il mandait encore à son ami de Virieu :
«... J'ai mis dans un sac tous les vers achevés, commencés, interrompus depuis un an. Je l'ai fermé à clef, et je n'en veux plus entendre parler de trois on ijnatre ans. Ma verve lyri({ue est épuisée; depuis trois mois je n'ai pas aligné un vers; ma verve é{)ique me reprend depuis quelques jours. Peut-être ferai-je quatreoucinq chants cet été à Livourne.Dieu le sait... (i).»
El. en ellet, au mois de mai 1827, il se remit au poème sans fin des Visions.
Mais les Harmonies ne tardèrent pas à le reprendre, et l'accueil triomphal que reçurent, au mois d'octobre i>^.>H,/'//i//nne du matin ellu Perte de l'Aniai^'i), chez M'"" Sophie Gay, chez Victor Hugo et puis à la Sorbonne, où Villemain les lut à son jeune auditoire, lui tit retrouver sa belle verve lyrique.
(1) Corretp., t. III, p. 17.
~ ■ • - dans les An
çravlirc-frontispice du recueil.
(î| Celle poésie fui publiée dans les Annules ndtiwnliqucx de 1827-38, ainsi que l'£'s/;r»7 f/« /J/V«, qui inspira la
aSo LAMARTINE
Dix-huit mois après, elles parurent à la librairie Gosselin, qui en vendit cinq éditions en trois mois.
Cependant Lamartine ne se laissait pas griser par les éloges. Sachant que le grand maître de la renommée est le temps, il s'en rapportait à lui pour opérer, dans son œuvre, le triage du bon et du mauvais, et faisait lui-même le part du feu en recommandant à son ami de Virieu de ne pas retenir plus de quinze I/armonies sur cinquante. « Ces choses-là, concluait-il, doivent être lues comme des Heures, par heures ».
On ne pouvait être plus judicieux ni mieux dire.