‹ Lamartine de 1816 à 1830Chapitre 59 sur 89 · I. VMVIVTINE ET uVcOt-E UOMANTI Jl E · texte numérisé non relu

I. VMVIVTINE ET uVcOt-E UOMANTI Jl E

mes (le poésies iiitilulcs Contrmj)latinns^(\\\c M. Victor Hugo vient lie [)ul>Iier. Il ne sied pas à un poète de jutjer l'œuvre d'un poète, son contemporain et son ancien ami. La critique serait suspecte de rivalité, l'éIoi3:e paraîtrait une adulation aux deux plus grandes puissances que nous reconnaissons sur la terre : le génie et le malheur. »

Une fois cependant Lamartine crut devoir sortir de celte sag^e réserve. Ce fut à l'occasion de la publication tapageuse des Misérables dont les tendances sociales l'avaientquelqucpeurévollé.lldisposaitalors ànCoiirs familier de Utlèratiire ; il en fit l'objet de [)Iusieurs Entretiens et dit franchement ce qu'il en pensait. Celte franchise ne plut qu'à moitié à Victor Hugo qui, comme on le sait, avait l'épiderme extrêmement sensible. Mais il ne lui en garda pas rancune. C'est tout au plus s'il se permit un quolibet à son adresse (i) et si le témoin dr' sa vie parut s'en souvenir dans le récit légèrement ironique qu'il fit de leur arrivée à Saint-Point en 1820. Hélas! queces jours étaient loin! el quelle tragédie que la vie quand elle cesse d'être comique! M'"* de Lamartine, qui leur avait semblé un peu collet-monté, un peu province ou trop anglaise, ''•ris sa robe de cérémonie, mourut au mois de mai

•3, emportant avec elle les regrets, la vénération de tous ceux qui l'avaient approchée dans les bons ou les mauvais jours. C'était une âme très haute dont le seul travers fut un puritanisme exagéré. Lamartine, qui l'avait si bien naturalisée franf;aise, n'avait jamais pu lui faire perdre l'accent ou, si l'on préfère, le ton de son pays d'origine. Mais par quelles qualités de

; ) Après avoir lu les articles de Lamarlinc,!! dit : Cela pourrais s'aj;jiciiT Etsai f/î 'litrsare par an fijf/nc!

cœur et d'esprit elle raclielait ce petit défaut IPeudaiit quarante ans on peut dire qu'elle fut la Providence de son mari, l'ang-e gardien de son foyer.

« Un grand malheur vous frapj)e, écrivait Victor Flugo à celui qui venait de la perdre, j'ai besoin de mettre mon cœur près du vôlre. Je vénérais celle que vous aimiez. »

Heureusement qu'en lui prenant sa femme Dieu lui avait laissé une Antigone ! Je ne trouve pas d'autre nom pour qualifier sa nièce Yalenline. C'est elle, en effet, qui veilla sur sa vieillesse si triste et qui, après l'avoir consolé de toutes les ingratitudes de ce monde, lui ferma très doucement les yeux.

« Depuis 182 1, lui écrivait Victor Hugo, le 10 mars 1869, j'étais uni de cœur avec Lamartine. Cette amitié de cinquante ans subit aujourd'hui l'éclipsé momentanée de la mort... Toutes les formes de la gloire, depuis la popularité jusqu'à l'immortalité, Lamartine les a, radieux poète, orateur puissant et durable. »

Il aurait pu ajouter « homme d'Etat-prophète )),car jamais pasteur de peuple n'eut au même degré que lui le don de seconde vue (i). A cet égard, comme à tant d'autres, il fut vraiment un magicien.

(i) Un exemple entre mille : Le 24 octobre i83o, il écrivait à Aymoa de Virieu : « IS'oas attendons aujourd'hui la nouvelle d'une révolution nouvelle à Paris. Mes lettres sont très alarmantes. Tu auras la Republique, j'en frémis. Je ne vois pas comme toi le bien sortant du mal, faux principe : le mal sort du mal, et le mieux sort du bien. Si la Révolution nouvelle a réellement éclaté hier, si nous sommes en république trois mois, je te le dis avec la confiance d'an prophète, il n'y a plus de France ou il n'y a plus d'Europe. J'ensuis aussi convaincu que je l'étais des coups d'Etat le jour du ministère Polignac, et de leur impuissance le jour qu'ils éclatèrent. — G seconde vue, malheureux don des hommes très politiques! Oui, nous restons exactement de même moralement, religieusement, politiquement, mais nous ne pourrions faire un journal ensemble. Nous parlons, comme dit très bien la femme, de deux

lvmvutim: et 1. I roLE udMANTiijLE 277

Page 1