Nom elles Méditations, le Poète mourant
plus de pathétique ! limpassibilité serait le vrai génie. Être homme et sensible aux choses humaines, c'était, disaient-ils, l'enfance de l'art. Le poète qui pleure et fait pleurer ? bon pour les femmes et les jeunes gens ! Nous autres poètes virils, parvenus au faîte, par delà l'Olympe, par delà les cieux, dans l'infini de la nature muette et du vide inanimé, nous nous faisons gloire de n'avoir rien d'humain, de ne connaître pour émotion que l'excitation cérébrale, de n'être enfin touchés de rien, — que de l'impeccable beauté des œuvres plastiques marmoréennes.
L'auteur des Méditations n'avait point ces dédains superbes. La sensibilité était, à ses yeux, la plus haute source de poésie ; seule elle créait les vrais chefs-d'œuvre , destinés à vivre toujours. L'imagination, si riche qu'elle fût, ne devait que la servir, €t n'usurper jamais le premier rang. Croire et aimer sont les deux ailes de son génie.
Ses sentiments s'échappent de son âme comme des mélodies, qui les rendent d'autant mieux qu'elles ne les limitent pas. La Méditation tourne au rêve; elle ouvre, comme la musique, des perspectives indéfinies, que chacun suit jusqu'où il peut, jusqu'où il sent, les continuant par ses propres songes. Chaque âme en est diversement bercée.
I Par cette œuvre si longuement préparée et qui «emblait improvisée, le poète, si instinctif et si patient à la fois, entra tout droit dans la gloire. Cette poésie sembla éclore en un jour par un soufile de
printemps. « Ainsi que les buissons sous la douce influence du mois de mai, elle apparut couverle en un moment de feuilles et de fleurs. — Quelle merveille ! dit-on. — Non, il n'y avait nulle merveille. Comme le buisson dans le travail souterrain de l'hiver, elle avait accumulé la richesse de sève qui éclatait tout à coup aux souffles propices ^ »
La révolution que le Génie du Christianisme avait faite dans la prose française, les Méditations la firent dans la poésie.
1. Emile Ollivier, Appendice au Discours sur Lamartine qu'il devait prononcer à l'Académie frannai^e eu lui succédaiit. — 1 vol. in-lç^. Paris, 1874, Garnier, p. 174.