Préluce des Médilations, édition de
clices et émues par les innombrables frissons de l'àme et de la nature. »
Ce style traduisait directement, par la seule magie d'expressions sincères, les inquiétudes de la pensée, les orages du cœur. A la cadence des vers les plus suaves, avec des mots de couleur ti-an- / quille, qui jamais n'étonnent, il berçait les mélancolies. En cueillant ses propres tristesses, le mystérieux poète en faisait un baume aux âmes blessées, sœurs de la sienne, qui avidement l'aspiraient. L'angoisse de leur foi mêlée de doute trouvait quelque consolation dans ces chants émus qui, en l'exprimant, la soulageait. On croyait entendre un autre René, un René en vers, un René plus doux, plus fraternel et moins enferme dans son moi, dont la parole, aussi musicale et plus coulante, s'épanchait d'une source naturelle, comme celle d'un François de Sales ou d'un Fénelon.
On peut dire de Lamartine, comme de celui-ci, que la grâce ne l'abandonne jamais, même dans la gravité et la grandeur. Jamais son vers n'est forgé sur l'enclume à coups de marteau cyclopéens. Il brille comme une flamme sur un autel. Est-ce le feu du ciel qui l'allume, ou l'âme du poète qui brille en brûlant? C'est l'un et l'autre : tant cette poésie est humaine et divine en même temps I Rien de Yulcain ni des forges de Lemnos, tout de Vénus et de Lucie.
Jamais depuis Racine on n'avait fait rendre d'une
manière si continue à cette langue française, réputée ingrate et pauvre, des accents si mélodieux. Abondance, suavité, harmonie : on ne sent nul efTort; les stances tombent avec grâce, la période se déroule avec souplesse. Le poète ne s'amuse pas aux curiosités de la rime riche; mais il a toujours la rime musicale : les plus beaux mots, les plus sonores et les plus doux, viennent se placer d'eux-mêmes dans ses vers. Ses images sont d'une fluidité aérienne et transparente, reflets du ciel et des eaux. C'est à dater de là qu'il aurait pu dire :
Je chantais, mes amis, comme l'homme respire, Comme l'oiseau gémit, comme le vent soupire, Comme l'eau murmure en coulant '.
On a pu, depuis, serrer davantage l'idée et la forme, raffiner l'art, ou plutôt le métier, étonner par l'orfèvrerie des rimes, par la suppression des césures même homériques, par les prouesses de mots et do style; mais l'âme, mais le sentiment, mais le souiïio ingénu, mais la grandeur native, mais le flot de la source pure, où étaient-ils? ils n'apparaissaient plus que par intervalles.
Puis d'autres poètes survinrent, qui trouvèrent que c'était trop encore, que la sensibilité et l'amour devaient disparaître, n'étant qu'un appât à prendre les âmes bourgeoises. Il ne fallait plus d'émotion,