Ministre plénipotentiaire à Lucqucs
atteindre ce chifTre au mois d'octobre i830. Le 16 mars 4829, il écrivait à Yirieu : « Reprends-tu à la politique... à la députation?... Moi, je ne sais que dire de moi-même. Je me sens des capacités très fortes en divers genres ; mais tout me donne des remords, excepté la poésie ; et je n'en fais presque plus : elle me semble, dans sa forme, un enfantillage audessous d'un homme de trente-huit ans. On me parle universellement de me nommer député. Ce moment décidera de mon immortalité, s'il en est. Je ne refuserai pas ; mais je fais des vœux secrets pour être renvoyé à mes vers. »
A l'avènement du ministère Polignac, il voit d'emblée où cela mène. « Je te le dis entre nous, je crois maintenant à la possibilité d'une révolution qui emporte la dynastie ; je n'y croyais pas hier. Les vaisseaux sont brûlés : cette déclaration de guerre en pleine paix détache du roi l'opinion nationale dans le sens libéral du mot, comme la hache détache l'écorce de l'arbre sans qu'on puisse jamais l'y recoller. Le moment va être grave : graissons nos bottes, c'est-à-dire tenons-nous fermes dans notre ligne, prêts à combattre avec la parole à droite et à gauche; nous serons, toi et moi, sur la brèche avant qu'un an soit écoulé. J'ai déjà griffonné hier mon manifeste électoral pour temps et lieu... Quatre pages, en style court, nerveux, antique ; aucune concession aux partis ; la vérité toute pure, la conscience toute nue; voilà mon idée. »
LAMAUTINE. 229
On lui fait, dit-il, des avances pour la réorganisation du ministère des Affaires étrangères ; il les décline. « Le prince de Polignac vient de m'ccrire, propria manu , mais en termes vagues, insignifiants, que je connais de longue main. Je persiste dans mon abstinence. De tout ceci je suis ennuyé, dégoûté, honteux ; à mon âge, des troisièmes rôles I Toutes les faveurs de ce bas monde sont pour les imbéciles ou les flagorneurs. Espérons dans la Providence, premier ministre de toutes nos fourmilières, et remercions-la, toi et moi, d'être indépendants et sans ambition. Le danger viendra nous chercher... Espérons qu'on nous trouvera fermes et habiles au jour de la tribune ou de la place publique ^ »
Ainsi, quoiqu'il soit « sans ambition », il laisse percer son rêve secret : la tribune, ou même les harangues de la place publique ; cela dès 1829 !
On lui offre d'aller à Athènes. Bien à contrecœur il accepte, et vient d'avoir son audience de départ, quand la révolution, en trois jours, emporte ministre, monarque et monarchie.
Il envoie sa démission à M. Mole et offre en même temps ses services au nouveau roi :
Convaincu qu'à défaut du pouvoir légitime, dont j'ai depuis longtemps déploré l'aveuglement, le pouvoir nécessaire, la patrie sous un autre nom, doit être le