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pas mis toute l'impartialité qu’on devait attendre du titre du journal.
Cette idée a sans doute paru neuve et originale : voilà qu’elle est reprise par M. Bell, d’Orgelet, dans le n° du 26 mars 1869, de la Sentinelle du Jura ; mais cette fois avec un renfort d’érudition et des citations de noms de terres ou de fiefs qui pourraient convaincre, si nous n’avions en mains les preuves les plus certaines du contraire.
« La forme la plus ancienne de ce nom, ditM. Bell, fut Martena (1 ) , et il existe encore, à Lavans-les-Saint-Claude, des Martena, comme à Prenovel, canton de Saint-Laurent, lesquels supprimèrent le la en 1 793. — J ai vu en 1 804 un forestier qui avait repris le vrai nom de son père Lamartine, et qui était cousin du père de notre poète.
« Quant à l’ancienneté des Lamartine dans les montagmes de la terre de Saint-Claude, elle est incontestable. Les preuves en sont leurs nombreuses et riches possessions que nous allons énumérer :
1° Le vieux castel de Villard-Saint-Sauveur, près de Saint-Claude, dans lequel naquit le chevalier de Lamartine, de Mme de Lamartine, née Droitier, de Ravilloles, village de la paroisse de Saint-Lupicin, dite la grande , la sainte paroisse du diocèse de Besançon: — grande , car elle comprenait tout l’espace renfermé par le bief d’Héria, la Bienne jusqu’à Morbier, et le contre-fort qui sépare la vallée de cette rivière et le Grandvaux.
(1) 11 existait dans le pays de Gex , possessionnée, à Sergy, dès 1657. une famille de Mar Lines, admise à l’assemblée de la noblesse du bailliage de Gex le 1er avril 1789 : c’est sans doute à elle qu’il faudrait plus justement, à cause de la proximité des lieux, attribuer l’origine si savante de Martena imposée par M. Bell à nos la Martine de Bourgogne. — Voir .1 . Baux, Nobiliaire de l'Ain, Bugey et Pays de Gex. Bourg, Martin-Bottier, 1864, p. 125.
2° Les deux grandes fermes Dronier, dans la forêt de Moirans. — Des Dronier existent encore à Ravilloles, où les Lamartine avaient un important domaine.
3° Pratz, domaine des prés, prata , dont le père du poète était seigneur, et dont le manoir, château à pontlevis et à quatre tours quadrangulaires, existait comme intact, il y a soixante ans. Il était couvert de pierres plates carrées, dites laves dans cette contrée où il n’y eut jamais de volcans.
Le mot lave (1) est une transformation du grec. lais, pierre.
4° A Lavans, mot qui veut dire lhr-a-vent de Laconeu- Saint-Lupicin, un domaine que le chevalier de Pratz vendit à la famille Crestin de Saint-Claude .
5° A Vulvoz, un autre domaine avec castel, encore existant.
6° Les Combes, usines hydrauliques, créées par la famille, et tout près, la Condamine, dont un frère du chevalier (2) portait le nom et fut reçu conseiller au parlement de Franche Comté.
7° LaRixouse.
8° Plusieurs autres forêts, entre autres celle du Franois, près de Longchaumois, laquelle valait plus d’un million, et que le père du poète vendit au commencement de la
(1) Se dérive d’ordinaire de l’allemand lauven, couler. — Bescherelle, Dictionnaire national, Paris. Garnier frères, 1869. — Pierre se dit en grec)a0oç : lithographie, gravure sur pierre.
(2) Ce conseiller au Parlement de Franche-Comté, chevalier de la Condamine, nous est complètement inconnu : il ne figure pas dans la liste des membres du Parlement de Franche-Comté rapportée dans le Catalogue des gentilshommes de L. de La Roque et Ed. de Barthélemy, dont il sera parlé ci-après. Ce doit être un Dronier, car cette famille a donné un Conseiller au parlement de Besançon.
Révolution 150,000 francs. — Pour tirer parti du produit de ces bois, l’un des ancêtres du père de Lamartine créa des scieries dans le lieu même, alors désert, où s’est établi Morez (1), ville la plus industrieuse du Jura.
9° Un riche vignoble à Saint-Lothain près Poligny ;
1 0° Enfin à SainULupicin, ancien Laucone, berceau des Lamartine, le castel qui a valu à la partie haute de ce village le nom de Chatillon. — A ce manoir advenait la belle propriété du château moderne actuel, qui appartient à M. L. de Ronchaud, après avoir passé des Bremon, de Gex, aux Charnage, dont l’historien Dunod, de Lavans, épousa l’unique héritière. Le vieux castel dont un pan de mur, plongeant au pied d’un rocher garni de lierre, existe encore, ayant été ruiné par les Suédois du féroce duc de Saxe-Weimar, la famille Lamartine fit construire au bourg Lèava (La aval) de Saint-Lupicin, une maison d’exploitation agricole avec appartement de maîtres. On appelait encore cette maison « chez Lamartine » en 1792. — Souvent dans mon enfance, j’ai été dans cette demeure, dont la taille de la porte d’entrée présente le style du milieu du XVIIe siècle!... »
Cette lettre témoigne de l’érudition de son auteur et contient des renseignements précieux pour la famille de Lamartine. Pour nous, elle atteste seulement que par suite de son mariage avec Mlle Dronier, de Ravilloles, le
(1) La ville de Morez avait envoyé en mars 1864 à M. Alphonse de Lamartine « une délibération du Conseil pleine de reconnaissance et de témoignages de souvenirs, non provoqués, pour la fondation de cette ville qui remonte à son grand-père. >' Le grand poète ajoutait, dans une lettre qu’il adressait à M Arcelin, à Mâcon : « Nos ayeuls ne sont plus que poussière, et quand on a le malheur d’avoir perdu ses enfants, on abandonne l’avenir au hasard , mais l’affection des contemporains est toujours une partie de la consolation du passé et de la confiance de l'avenir... »
père du, poète avait conquis de vastes possessions en Franche-Comté, ayant pu lui-même les augmenter encore par suite d’héritages, acquisitions ou autrement.
Quant à l’étymologie du nom patronymique, il est possible qu’elle soit dérivée du mot martena (1 ) : il est incontestable qu’à l’origine des noms, les hommes pour se distinguer les uns des autres à mesure qu’ils se multipliaient, les prirent souvent au hasard ou les empruntèrent aux objets extérieurs ou les tirèrent d’événements, de ressemblances, etc.
M. le baron de Coston (2) a écrit sur l’origine, l’étymologie et la signification des noms propres, un travail remarquable de science et d’érudition : voici ce qu’il dit du nom de Lamartine :
« Le nom de Lamartine a été anagrammatisé en 7nal t’en ira, ce qui n’aurait pas manqué de lui arriver si l’on avait donné un libre cours aux idées et aux passions dont certains démocrates se servaient pour escalader le pouvoir. Comme celui de La Martinière, il signifie terre ou domaine de Martin : le poète est issu d’Etienne Lamartine, secrétaire du Roi et juge-mage de Cluny en 1620. »
(1) Les efforts faits pour faire dériver le nom de Lamartine de Martine ou de Martena , noms encore existants dans le Jura, nous rappellent que l’appellation de Martine est fort ancienne.
Dans son Traité de la noblesse, Paris, 1708, p. 113, La Roque rapporte que l’archevêque d’Auch anoblit Hélie de Martine, natif de Marinliac, et Bernard de Martine, son fils, jurisconsulte : les lettres patentes du roi, confirmatives de cet anoblissement, datées de décembre 1345, portent : « Dileetorum nostrum Helie de Martino loci de Marinliaco et Bernardi ejus filii jurisperiti... nobilitatem... confirmavimus. »
Le nom d’Alamartine, type premier des La Martine, est encore plus commun en Bourgogne, dans le Charollais, qu’en Franche-Comté.
(2) Origine, étymologie et signification des noms propres et des armoiries, Paris, Aug. Aubry, 1867.
La filiation de la maison de Lamartine, que nous allons reproduire ci-après, dissipera tous doutes sur les véritables origines de la famille du poète : nous aurions voulu pouvoir présenter des renseignements émanés de Lamartine lui-même : nous les lui avons réclamés déjà à Loccasion dune Histoire de la Curée, de la maison Hue et de ses alliances, que nous préparons : mais nous n’avons reçu que des indications peu précises et il ne nous en est resté qu’un autog*raphe du grand homme que nous conservons précieusement dans nos archives.
Sa réponse était ainsi conçue ( I) :
Saint-Point le 7 février 1861,
Monsieur,
Excusez un homme accablé d’affaires et de maladies autour de lui.
Je ne sais malheureusement rien de ce que vous désirez, si ce n’est :
Que les Montherot ont de tous temps épousé des demoiselles Lamartine d’Hurigny, branche cadette des Lamartine, qu’un de Montherot a épousé encore une de mes grand’tantes, Mlle de Lamartine d’Hurigny, et qu’un Lablanche, premier secrétaire d’ambassade en Perse sous l’Empire, a épousé une demoiselle de Montherot, ma cousine. Nous sommes par là alliés et je vous remercie d’y attacher le moindre piix
Les trois familles sont dignes de s’apprécier, et, je l’espère, de s’honorer de leur confraternité. Honorez
(1) Nous ne corrigerons point les quelques erreurs qu’elle peut contenir : le grand poète est peut-être celui qui en a le plus commis sur sa famille.
encore par vos recherches, les trois branches en recueilleront le prix.
Dans sa Critique de V Histoire des Girondins , ouvrage d’une grande éloquence et d’un style ferme et entraînant, l’illustre écrivain donne quelques renseignements sur sa famille et ses relations intimes avec la maison d’Orléans ; mais ils ne précisent ni origine ni filiation. Nous tenons néanmoins à les rapporter comme un éloquent complément à la généalogie que nous indiquerons après.
« Je l’aurais vénérée (la maison d’Orléans), partout ailleurs que sur son trône : par tradition de famille du côté de ma mère, je lui devais plus que du respect, je lui devais de la reconnaissance. Cette auguste maison avait eu des patronages, des bienveillances, des générosités princières pour ma famille maternelle. La mère de ma mère était sous-gouvernante de ses enfants, des princes du sang et de la famille du vénérable duc de Penthièvre. Leroi Louis-Philippe etses frères avaient été, avantl’époque de Mme de Genlis, élevés par ma grand’mère ; un de mes proches parents était son intendant des finances. Après la Terreur, la duchesse d’Orléans, reléguée en Espagne, avait prié ma grand’mère d’aller chercher madame Adélaïde d’Orléans, sa fille, en Suisse, et de la lui ramener en Espagne. La mission de confiance avait été remplie. Après 1814, ma mère avait retrouvé dans Louis-Philippe et dans madame Adélaïde, sa sœur, des souvenirs d’enfance et d’éducation communs, qui les disposaient à toutes les bontés pour la fille de leur gouvernante. J’avais l’honneur d’en être reçu avec distinction dans mon adolescence. La protection du prince et de sa sœur ne me fut néanmoins d’aucun secours, soit dans la carrière littéraire, où
l’on n’est protégé que par son talent, si on en a ; soit dans la carrière militaire, où je servais, dans les Gardes-Nobles de Louis XVIII, une cause très-opposée au parti politique déjà dessiné du duc d’Orléans ; soit dans la carrière diplomatique, où je servis fidèlement la cause de la légitimité jusqu’à sa chute. D’ailleurs, mon père, le chevalier de Lamartine, ancien et loyal officier de cavalerie dans le régiment Dauphin, au moment de la révolution, et ses frères, royalistes comme lui, quoique constitutionnels de 1789, m’auraient vu avec répugnance devenir le client de la maison d’Orléans. Elle portait à leurs yeux la responsabilité du prince démagogue, complice de 1793, puni d’un vote de mort par la hache du même bourreau.
Il faut le dire, les opinions politiques sont dans le sang : tel père, tel fils. »
M. Arcelin, ancien élève à l’Ecole des chartes, a publié récemment un excellent ouvrage sur le Mâconnais (1), où sont relatés les personnages les plus marquants de la famille de Lamartine.
Comme preuves, il cite les documents suivants :
, Manuscrits de Claude Bernard, généalogies et preuves.
Archives de la Côte-d’Or : registre des preuves pour les États de la noblesse de Bourgogne.
Bibliothèque Impériale , fonds Fontette , Portefeuille 33, folio 1 , généalogies et preuves.
Chevillard, Armorial de Bourgogne.
Catalogue des gentilshommes qui ont eu séance aux Etats de Bourgogne.
Ces documents ont à nos yeux une autorité trop authentique et trop incontestable pour que nous hésitions à leur accorder la plus entière créance.
(1) Adrien Arcelin : Indicateur héraldique et généalogique du Mâconnais, Mâcon, Durand, libraire. 1864.
C’est à l’aide des indications contenues dans cet excellent Indicateur , et sur le vu des titres authentiques que nous avons entre les mains ou des recherches faites dans d’autres ouvrages du temps, que nous allons établir comme suit l’ascéndance de Lamartine.