SERVICES RENDUS PAR M. DE LAMARTINE DANS DES TEMPS DIFFICILES, SCS
funérailles seraient célébrées aux frais du trésor public.
M. de Lamartine avait demandé à être inhumé sans pompe : la famille a dû respecter le dernier vœu du mourant.
« Le drapeau tricolore, s'écria-t-il dans un élan sublime d'éloquence et de sang-froid, a fait le tour du monde avec la réjDublique et l'empire, avec vos libertés et vos gloires ; le drapeau roug*e n'a fait cpe le tour du Champ de Mars, traîné dans les flots de sang du peuple ! »
Vapereau lui a consacré, dans son Dictionnaire des contemporains (1), un long' article biographique où il nous semble avoir apprécié avec beaucoup de justesse l'illustre poète, homme d'Etat, dont le nom est aujourd'hui dans l'éternité.
Nous ne pouvons mieux faire que de copier textuellement :
« On peut dire de toute sa vie ce qu'on disait déjà de tous ses livres, il y a vingt ans : « Ce qui ressort, ce qui est toujours en relief, c'est le poète. » Chez lui, en effet, c'est dans le poète que l'historien, l'orateur, le publiciste, le révolutionnaire viennent se confondre. De là sa faiblesse et sa force. Nature chevaleresque , esprit large et élevé, âme honnête, il n'a rien eu des qualités ou des défauts qui font les politiques. Placé entre deux systèmes contraires, tels que la monarchie et la démocratie, l'ordre et la liberté, la religion et la philosophie, l'Eglise et l'Etat [%), il comprenait trop bien et respectait trop l'élément de vérité ou la part de justice qui réside dans chacun d'eux, pour poursuivre le triomphe de l'un par l'extermination ou l'asservissement de l'autre. Oubliant les faits qui sont les nécessités du présent, pour l'idéal, qui sera peut-être la réalité de l'avenir, il domine de trop
(1) Vapereau. Dictionnaire des contemporains, Paris, L. Hachette. 1861, 2e édition.
(2) Cette opinion des deux: systèmes contraires, nous paraît quelque peu paradoxale.
haut un débat contradictoire, pour le (conduire, et à part ces heures de crise où le courag-e personnel et le génie exercent une fascination immédiate, son éloquence a eu presque autant d'inutilité que d'éclat. Mais quelles ressources, pour les créations de l'art, dans cette richesse poétique d'organisation ! En dehors des chefs-d'œuvre qui ont doté la France d'une poésie lyrique nouvelle et d'un genre nouveau d'épopée, il y a, dans les plus imparfaites ébauches de M. de Lamartine, un g-rand courant d'aspirations au milieu duquel chaque passion, chaque idée, s'anime de la vie, ou s'éclaire de la lumière qui lui est propre. Dieu et l'homme, la société et la nature, la relig'ion et la politique, tous les objets de la pensée et du gentiment viennent alimenter tour à tour ce foyer resplendissant de la poésie universelle. »
C'est ce qui explique cet amour qui s'attache au gTand nom de Lamartine, dont les vers, dès leur première apparition, passionnèrent la France entière pour le chantre d'Elvire.
Sa mort a été vivement sentie par tous : les journaux de toutes nuances, les Revues littéraires, en sig-nalant la perte irréparable de ce grand génie, ont rapporté les anecdotes les plus touchantes de sa vie intime, et, dans un concert unanime d'admiration pour ses œuvres, payé à sa mémoire un juste tribut d'éloges.
Mais au milieu de tous ces articles plus ou moins biographiques, la même erreur touchant l'origine de sa famille a été reproduite.
Hippolyte Castille, dans ses Portraits historiques (1 ), avait avancé que son père s'appelait M. de Prat, et que Lamar-
(1) Portraits historiques : M. de Lamartine, par Hippolyte Castille, Paris, Sartorius, 1857.
tine était le nom de son oncle maternel. Vapereau, qui lui a beaucoup emprunté, écrit à son tour que le nom de Lamartine était celui de la branche aînée de la famille, tandis que celle du poète était de Prat : Alphonse-Marie-Louis Pi^at de Lamartine.
Mais voilà qu'un journal politique (1) de notre département, — estimable publication d'ailleurs, — s'empresse de reproduire cette orig-ine erronée en s'efforçant de la démocratiser comme dérivée de l'appellation vulgaire la Martine, la femme à Martin.
Et pour le prouver, il rapporte « sur le nom patronymique de Lamartine ces détails assez peu connus :
« Les ancêtres de Lamartine, d'origine franc-comtoise, étaient seigneurs de Pratz, village qui dépend aujourd'hui du canton de Moirans, arrondissement de Saint-Claude (Jura). Quand on se rend de Lons-le-Saulnier à Saint- Claude, on traverse Pratz et on est frappé de respect à la vue des hautes murailles qui, depuis deux siècles, bravent les injures du temps et de la main des hommes. Ce sont les ruines du castel de Pratz. C'est certainement à l'époque de sa destruction que remonte l'établissement des seigneurs de Pratz dans le Maçonnais. Dans tous les cas, nous trouvons, avant 1789, leur descendant, le père du grand poète, installé à Saint-Point sous le nom de chevalier de Pratz qui lui appartenait bien légitimement. Son nom patronymique était Martine, nom aujourd'hui fort répandu dans les en« virons de Moirans.
« Au moment de la tourmente révolutionnaire, le chevalier de Pratz devint, suivant le style jacobin (2), le citoyen
(1) VImpartial de lAin, journal de Bourg, numéro 87, lundi 22 mars 1869.
(2) Cette assertion toute gratuite est démentie par un document officiel de l'an IT de la République, la Liste des Emigrés, qui sera
Martine ci-devant Pratz, et sa femme la citoyenne Martine ou tout simplement la Martine, car c'est un usage constant dans la Basse-Bourgogne de féminiser les noms de famille quand on les applique à des femmes ou à des veuves et de les faire précéder de l'article la.
« Le dernier descendant des seigneurs de Pratz, placé dans l'alternative de choisir entre deux noms, dont l'un (celui déterre), avait une terminaison étrangère qui laissait à désirer au point de vue de l'euphonie, et l'autre (celui de famille), rappelait involontairement le prénom peu aristocratique de Martin, s'est contenté d'adopter celui sous lequel il avait entendu désigner sa mère pendant la période révolutionnaire, époque où il n'était encore quun enfant. C'est ainsi que M. Martine de Pratz est devenu M. de Lamartine. Son génie a environné ce dernier nom d'une auréole à laquelle les titres nobiliaires et les parchemins ne sauraient ajouter aucun éclat; et s'il est permis de rappeler la noble origine du grand poète, c'est uniquement par respect pour la vérité historique (4). »
Nous croyons que la vérité historique a été complètement altérée par lauteur de cet article, qui n'y a peut-être
rapportée aux pièces justificatives, extrait n« vi : le style jacobin avait simplement fait Lamartine Louis-François . capitaine d'artillerie à Mâcon, par suppression de la particule de et adjonction de l'article la au nom , croyant ainsi effacer toute trace de noblesse ; comme si la particule, cette petite propriété syllabique, comme l'appelle le président de Brosses, avait jamais été un signe caractéristiq-ue et infaillible d'origine noble !
(1) M. Bigot, fondateur et rédacteur en chef du Salut public, avait, en 1848 ou 49, publié un ;irticle dans lequel il reproduisait ces erreurs. M. Aimé Vinglrinier, aujourd'hui directeur de h Revue du Lyonnais, lui communiqua alors quelques lettres du milieu du xviii* siècle toutes signées du nom, de Lamartine. M. Bigot eut la franchise d'avouer et de rectifier ce qu'il avait avancé d'erroné.
pas mis toute rimpartialité qu'on devait attendre du titre du journal.
Cette idée a sans doute paru neuve et orig-inale : voilà qu elle est reprise par M. Bell, d'Org-elet, dans le n^ du 26 mars 4869, de la Sentinelle du Jura; mais cette fois avec un renfort d'érudition et des citations de noms de terres ou de fiefs qui pourraient convaincre, si nous n'avions en mains les preuves les plus certaines du contraire.
(( La forme la plus ancienne de ce nom, dit M. Bell, fut Martena{\), et il existe encore, à Lavans-les-Saint-Claude, des Martena, comme à Prenovel, canton de Saint-Laurent, lesquels supprimèrent le la en 4793. — J'ai vu en 4804 un forestier qui avait repris le vrai nom de son père Lamartine, et qui était cousin du père de notre poète.
« Quant à l'ancienneté des Lamartine dans les montagnes de la terre de Saint-Claude, elle est incontestable. Les preuves en sont leurs nombreuses et riches possessions que nous allons énumérer :
4° Le vieux castel de Villard-Saint-Sauveur, près de Saint-Claude, dans lequel naquit le chevalier de Lamartine, de M'"^ de Lamartine, née Dronier, de Ravilloles, village de la paroisse de Saint-Lupicin, dite la grande, la sainte paroisse du diocèse de Besançon : — grande, car elle comprenait tout l'espace renfermé par le bief d'Héria, la Bienne jusqu'à Morbier, et le contre-fort qui sépare la vallée de cette rivière et le Grandvaux.
(1) 11 existait dans le pays de Gex , possessionnée, à Sergy, dès 1657, une famille de Martines, admise à l'assemblée de la noblesse du bailliage de Gex le 1" avril 1789 : c'est sans doute à elle qu'il faudrait plus justement, à cause de la proximité des lieux, attribuer l'origine si savante de Martena imposée par M. Bell à nos la Martine de Bourgogne. — Voir J. Baux, Nobiliaire de l'Ain, Bugey et Paip de Gex. Bourg, Martin-Bottier, 1864, p. 125.
î"^ Les deux grandes fermes Droiiier, dans la forêt de Moirans. — Des Dronier existent encore à Ravilloles, où les Lamartine avaient un important domaine.
3^ Pratz, domaine des prés, prata, dont le père du poète était seigneur, et dont le manoir, château à pontlevis et à quatre tours quadrangulaires, existait comme intact, il y a soixante ans. Il était couvert de pierres plates carrées, dites laves dans cette contrée où il n'y eut jamais de volcans.
Le mot lave (1) est une transformation du grec la'is, pierre.
4" A Lavans, mot qui veut dire là-à-vent de Laconeu- Saint-Lupicin, un domaine que le chevalier de Pratz vendit à la famille Crestin de Saint-Claude .
5° A Vulvoz, un autre domaine avec castel, encore existant.
6° Les Combes, usines hydrauliques, créées par la famille, et tout près, la Condamine, dont un frère du chevalier (2) portait le nom et fut reçu conseiller au parlement de Franche Comté.
7° La Rixouse.
S"* Plusieurs autres forêts, entre autres celle du Franois, près de Longchaumois, laquelle valait plus d'un million, et que le père du poète vendit au commencement de la
(1) Se dérive d'ordinaire de l'allemand lauven, couler, — Bescherelle, Dictionnaire national, Paris. Garnier frères, 1869. — Pierre se dit en ^rec^iôoç : lithographie, gravure sur pierre.
(2) Ce conseiller au Parlement de Franche-Comté, chevalier de la Condamine, nous est complètement inconnu : il ne figure pas dans la liste des membres du Parlement dp Franche-Comté rapportée dans le Catalogue des gentilshommes de L. de La Roque et Ed. de Barthélémy, dont il sera parlé ci-après. Ce doit être un Dronier. car cette famille a donné un Conseiller au parlement do Besançon.
Révolution 150,000 francs. — Pour tirer parti du produit de ces bois, l'un des ancêtres du père de Lamartine créa des scieries dans le lieu même, alors désert, où s'est établi Morez (1), ville la plus industrieuse du Jura.
9° Un riche vignoble à Saint-Lothain près Poligny ;
1 0° Enfin à Saint-Lupicin, ancien Laucone, berceau des Lamartine, le castel qui a valu à la partie haute de ce village le nom de Chatillon. — A ce manoir advenait la belle propriété du château moderne actuel, qui appartient à M. L. de Ronchaud, après avoir passé des Bremon, de Gex, aux Charnage, dont l'historien Dunod, de Lavans, épousa l'unique héritière. Le vieux castel dont un pan de mur, plongeant au pied d'un rocher garni de lierre, existe encore, ayant été ruiné par les Suédois du féroce duc de Saxe-Weimar, la famille Lamartine fit construire au bourg Lèava (La aval) de Saint-Lupicin, une maison d'exploitation agricole avec appartement de maîtres. On appelait encore cette maison « chez Lamartine » en 1792. - — Souvent dans mon enfance, j'ai été dans cette demeure, dont la taille de la porte d'entrée présente le style du milieu du XVIP siècle.... »
Cette lettre témoigne de l'érudition de son auteur et contient des renseignements précieux pour la famille de Lamartine. Pour nous, elle atteste seulement que par suite de son mariage avec M^^*^ Dronier, de Ravilloles, le
(1) La ville de Morez avait envoyé en mars 1864 à M. Alphonse de Lamartine « une délibération du Conseil pleine de reconnaissance et de témoignages de souvenirs, non provoqués, pour la fondation de cette ville qui remonte à son grand-père. >» Le grand poète ajoutait, dans une lettre qu'il adressait à iM Arcelin, à Mâcon : « Nos ayeuls ne sont plus que poussière, et quand on a le malheur d'avoir perdu ses enfants, on abandonne l'avenir au hasard , mais l'affection des contemporains est toujours une partie de la consolation du passé et de la confiance de Tavenir... »
père du poète avait coiiquiri de vastes possessions eu Franche-Comté, aj^aut pu lui-même les augmenter encore par suite d'héritag-es, acquisitions ou autrement.
Quant à Fétymolog-ie du nom patronymique, il est possible qu'elle soit dérivée du mot martena (1 ) : il est incontestable qu'à l'origine des noms, les hommes pour se distinguer les uns des autres à mesure qu'ils se multipliaient, les prirent souvent au hasard ou les empruntèrent aux objets extérieurs ou les tirèrent d'événements, de ressemblances, etc.
M. le baron de Coston (2) a écrit sur Forigine, l'étjmologie et la signification des noms propres, un travail remarquable de science et d'érudition : voici ce qu'il dit du nom de Lamartine :
(( Le nom de Lamartine a été anagrammatisé en mal t'en ira, ce qui n'aurait pas manqué de lui arriver si l'on avait donné un libre cours aux idées et aux passions dont certains démocrates se servaient pour escalader le pouvoir. Comme celui de La Martinière, il sig*nifie terre ou domaine de Martin : le poète est issu d'Etienne Lamartine, secrétaire du Roi et juge-mage de Cluny en 1620. »
(1) Les efforts faits pour faire dériver le nom de Lamartine de Martine ou de Martena, noms encore existants dans le Jura, nous rappellent que l'appellation de Martine est fort ancienne.
Dans son Traité de la noblesse, Paris, 1708, p. 113, La Roque rapporte que l'archevêque d'Auch anoblit Hélie de Martine, natif de Marinliac, et Bernard de Martine, son fils, jurisconsulte : les lettres patentes du roi, confirmât! ves de cet anoblissement, datées de décembre 1345, portent : « Dilectorum nostrum Helie de Martino loci de Marinliaco et Bernardi ejus filii jurisperiti... nobilitatem... confiniiavimus. »
Le nom d'Alamartine, type premier des La Martine, est encore plus commun en Bourgogne, dans le Chaiollais, qu'en Franche-Comté.
(2) Origine, étymologie et signification des noms propres et des armoiries, Paris, Aug. Aubry, 1867.
La filiation de la maison de Lamartine, que nous allons reproduire ci-après, dissipera tous doutes sur les véritables origines de la famille du poète : nous aurions voulu pouvoir présenter des renseignements émanés de Lamartine lui-même : nous les lui avons réclamés déjà à Foccasion d'une Histoire de la Curée, de la maison Hue et de ses alliances, que nous préparons : mais nous n'avons reçu que des indications peu précises et il ne nous en est resté qu'un autographe du grand homme que nous conservons précieusement dans nos archives.
Sa réponse était ainsi conçue (i) :
Saint-Point le 7 février 186L Monsieur,
Excusez un homme accablé d'affaires et de maladies autour de lui.
Je ne sais malheureusement rien de ce que vous désirez, si ce n'est :
Que les Montherot ont de tous temps épousé des demoiselles Lamartine d'Hurigny, branche cadette des Lamartine, qu'un de Montherot a épousé encore une de mes grand'tantes, M^^" de Lamartine d'Hurig*ny, et qu'un Lablanche, premier secrétaire d'ambassade en Perse sous l'Empire, a épousé une demoiselle de Montherot, ma cousine. Nous sommes par là alliés et je vous remercie d'y attacher le moindre piix
Les trois familles sont dignes de s'apprécier, et, je l'espère, de s'honorer de leur confraternité. Honorez
(1) Nous ne corrigerons point les quelques erreurs qu'elle peut contenir : le grand poète est peut-être celui qui en a le plus commis sur sa famille,
encore par vos reclieiclies, les trois branches en recueilleront le prix.
Dans sa Critique de l'Histoire des Girondins, ouvrage d'une grande éloquence et d'un style ferme et entraînant, l'illustre écrivain donne quelques renseignements sur sa famille et ses relations intimes avec la maison d'Orléans ; mais ils ne précisent ni origine ni filiation. Nous tenons néanmoins à les rapporter comme un éloquent complément à la généalog'ie que nous indiquerons après.
(( Je l'aurais vénérée (la maison d'Orléans), partout ailleurs que sur son trône : par tradition de famille du côté de ma mère, je lui devais plus que du respect, je lui devais de la reconnaissance. Cette auguste maison avait eu des patronages, des bienveillances, des générosités princières pour ma famille maternelle. La mère de ma mère était sous-gouvernante de ses enfants, des princes du sang et de la famille du vénérable duc de Penthièvre. Leroi Louis-Pbilippe et ses frères avaient été, avantl'époque de M™^ de Genlis, élevés par ma grand'mère ; un de mes proches parents était son intendant des finances. Après la Terreur, la duchesse d'Orléans, reléguée en Espagne, avait prié ma grand'mère d'aller chercher madame Adélaïde d'Orléans, sa fille, en Suisse, et de la lui ramener en Espagne. La mission de confiance avait été remplie. Après 1814, ma mère avait retrouvé dans Louis-Philippe et dans madame Adélaïde, sa sœur, des souvenirs d'enfance et d'éducation communs, qui les disposaient à toutes les bontés pour la fille de leur gouvernante. J'avais l'honneur d'en être reçu avec distinction dans mon adolescence. La protection du prince et de sa sœur ne me fut néanmoins d'aucun secours, soit dans la carrière littéraire, où
l'on n'est protégé que par son talent, si on en a ; soit dans la carrière militaire, où je servais, dans les Gardes-Nobles de Louis XVIII, une cause très-opposée au parti politique déjà dessiné du duc d'Orléans ; soit dans la carrière diplomatique, où je servis fidèlement la cause de la lég'itimité jusqu'à sa chute. D'ailleurs, mon père, le chevalier de Lamartine, ancien et loyal officier de cavalerie dans le régiment Dauphin, au moment de la révolution, et ses frères, royalistes comme lui, quoique constitutionnels de 1789, m'auraient vu avec répugnance devenir le client de la maison d'Orléans. Elle portait à leurs yeux la responsabilité du prince démagogue, complice de 1793, puni d'un vote de mort par la hache du même bourreau.
Il faut le dire, les opinions politiques sont dans le sang : tel père, tel fils. »
M. Arcelin, ancien élève à l'Ecole des chartes, a publié récemment un excellent ouvrage sur le Maçonnais (1), où sont relatés les personnages les plus marquants de la famille de Lamartine.
Comme preuves, il cite les documents suivants :
Manuscrits de Claude Bernard, généalogies et preuves.
Archives de la Côte-d'Or : registre des preuves pour les États de la noblesse de Bourgogne,
Bibliothèque Impériale , fonds Fontette , Portefeuille 33, folio 1 , généalogies et preuves.
Chevillard, Armoriai de Bourgogne.
Catalogue des gentilshommes qui ont eu séance aux Etats de Bourgogne.
Ces documents ont à nos yeux une autorité trop authentique et trop incontestable pour que nous hésitions à leur accorder la plus entière créance.
(1) Adrien Arcelin : Indicateur héraldique et généalogique du Maçonnais, Mâcon, Durand, libraire. 1864.
C'est à l'aide des indications contenues dans cet excellent Indicateur, et sur le vu des titres authentiques que nous avons entre les mains ou des recherches faites dans d'autres ouvrages du temps, que nous allons établir comme suit l'ascendance de Lamartine.
GÉNÉAl OG!E
Le nom primitif de la famille est Alamartine (i ) : ce n'est que vers 1609 qu'Etienne, en acquérant une charge de conseiller secrétaire du roi qui l'anoblissait, l'a écrit de la Martine. Cette orthographe a été constamment suivie par ses descendants ; le poète l'a simplifiée en si-
gnant
(1) Nous trouvons, dans les preuves de la maison Dubost de la Blanche (Histoire delà Curée), un changement d'orthographe exactement semblable.
Dans un titre « devant Pierre Agnetier, notaire au bureau du Beaujolais, le jour du dimanche feste de la purification de la bienheureuse Vierge Marie, l'an du Seigneur 1416, à Lestra, furent personnellement établis Jean et Guichard Dubost alias Alablanche... » Ce nom d'Alablanche était deveim, à la fin du xvT siècle, de la Blanche.
La famille est originaire de Bourg-og-ne, où elle est anciennement connue dès le milieu du XVP siècle. Trois de ses membres firent officiellement enregistrer leurs armes à l'Armoriai Général de France, dressé par d'Hozier, en vertu de l'édit de Louis XIV de novembre 1696.
Bourgogne, Registre P' :
Folio 103. Jean Baptiste de la Martine, écuier, conseiller au bailliage et président à Mâcon, porte : de gueules à deux fasces d'or, accompagnées en cœur d'un trèfle de même et brisé en chef d'un lambel d'argent.
F" 113. Philippe delà Martine, écuier, seigneur d'Hurigny, porte : de gueules à deux fasces d'or et un trèfle de même en abîsme, posé entre les deux fasces.
F^ 114. Jean-Baptiste de La Martine, écuier, seigneur d'Hurigny, porte de gueules à deux fasces d'or et un trèfle de même posé en cœur entre les deux fasces.
Nous voyons par ces enreg-istrements que les Lamartine, seigmeurs d'Hurigny, formaient la branche aînée de leur famille : la brisure du lambel, suivant l'usage établi à cette époque, indique Jean-Baptiste de la Martine comme représentant une souche cadette.
Nous ne saurions dire pourquoi Alphonse de Lamartine qui descendait de ce dernier, portait, sans brisure : de gueules au trèfle d'or entre deux bandes de même (1).
(1) Il semble, d'après les enregistrements officiels faits par d'IIozier, que M. de Lamartine devrait porter : de gueules au trèfle d'or entre deux fasces du même ; mais la lettre du 7 février 1861, que nous avons reproduite, est scellée d'un sceau en cire rout.^c portant deux bandes.
Les armoiries du poète sont, au reste, ainsi blasonnces dans l'.!?-morial historique de la noblesse de France par de Milleville.
Paris, Valon, 1845, p. 140 — Cet ouvra^re. dit M. (iuigard,
Supports : deux lions.
Devise : A la grâce de Dieu.
La filiation s'établit depuis (1) :
I. Pierre Alamartine (2), qui vivait en 1577, bourgeois de Cluny, n'eut qu'un fils.
Bibl. héraldique, Paris, Dentu, 1861, que Tlnstitat a couronné en 1858, est l'un des meilleurs et des plus consciencieux qui existent sur la matière.
Par respect pour le poète, qui lui-même en a consacré l'usage, nous n'hésitons plus à maintenir dans la description de ses armoiries, deux bandes d'or qui peut-être ne sont qu'une erreur de la part du graveur.
M. Arcelin pense que la substitution des fasces aux bandes est une véritable brisure, brisure dont le motif ne s'explique pas, le poète se trouvant par l'extinction de la branche aînée chef de nom et d'armes.
(1) Notre travail était déjà achevé lorsque nous avons reçu de M. Lacroix père, pharmacien à Mâcon, collectionneur érudit et l'un des membres les pltis actifs de l'Académie de Mâcon, communication d'un manuscrit fort important pour la filiation des la Martine, manuscrit qui eût été dispersé, au profit des consommateurs de sucre et de canelle, sans l'initiative intelligente de son heureux possesseur actuel. Nous publions en entier, à la suite de la généalogie, les deux extraits qui se rapportent à notre œuvre.
(2) Indicateur héraldique du Maçonnais.
Mais il avait les deux frères qui suivent, savoir (I) : Gabriel Alamartine, notaire à Mâcon en 1573, marié à Claudine Morestel, dont il eut :
Une fille mariée à Jean Durantel , notaire et procureur de Cluny en 1 594 , Et Benoît Alamartine, tanneur de Cluny, qui fut père de:
P Françoise Alamartine, femme de Claude Tupi-
nier (2) ; 2"^ Benoît Alamartine , avocat à Mâcon , juge de l'abbaye de Cluny, lequel laissa:
Guyot Alarmartine (3) , marié en 1621 à Philiberte Paillet.
La famille Alamartine, qui appartenait alors à la religion réformée, est citée dans la Légende de saint Nicaise, satire célèbre du huguenot Jean Dagonneau de Mâcon, comme ayant été alors en butte aux persécutions pour le fait de sa religion. L'abbé de Cluny, Claude de Guise, prédécesseur du célèbre cardinal de Guise Louis de Lorraine, aurait « tiré des Alamartine de grosses sommes d'argent (4). »
Il paraît que les tracasseries continues de Claude de
(1) Notes communiquées par M. Arcelin.
(2) La famille Tupinier (Tuppinier au milieu du xviii' siècle) appartenait à la bourgeoise de Cluny : elle est encore aujourd'hui fort honorablement représentée.
(3) La forme du nom Alamartine est commune en Maçonnais et particulièrement à Cluny où il y avait, dès le * xvi« siècle et où il y a encore des Alamartine, des Alamagny, des Alaberthe. — Communiqué par M. Arcelin.
(4) Edm. Chevrier. Le Protestantisme dans le Maçonnais et la Bresse aux XVI« et XVIP siècles, Mâcon, Protat, 1868. Note de la page 19. — Le pamphlet de Dagonneau a été imprimé à la suite des mémoires de Condé, Londres, 1743.
Guise auraient amené les Alamartine à conversion, puisque nous trouvons leur fils Etienne, dont l'article suit, en possession d'une charg-e très-importante à la nomination du puissant abbé de Cluny, dont l'autorité s'étendait alors sur 472 prieurés, tous riches.
IL Noble Etienne Alamartine, bourg'eois de Cluny, avocat au bailliag'e de Mâcon, le 25 octobre 1604, jug^emage (1 ) et capitaine de Cluny (2) : il rég-it quelque temps les biens de cette célèbre abbaye. Il fut pourvu, le 28 août 1609, d'une charge de conseiller au bailliage de Mâcon, puis devint secrétaire du roi, charge alors fort recherchée et qui anoblissait (3) son titulaire pourvu qu'il l'eût exercée vingt ans ou fût mort en étant revêtu. En premières noces, il épousa, le 14 septembre 1605, Aimée de Pise, fille de noble Antoine de Pise, président en l'élection de Maçonnais, seigneur de Flacé, et d'Antoinette de Rymon ;
Et en deuxièmes noces Anne Galoche, fille de Guillaume Galoche, procureur du roy en la chatellenie de Saint-Laurent-les-Chalons , et de Nicole Gon, 18 novembre 1619.
Etienne eut pour enfants :
1° Philippe-Etienne, qui continue ; 2** Jean-Baptiste, auteur de la branche de Montceau qui sera rapportée après son aînée.
(1) Le juge-mage était le magistrat chargé d'exercei la justice dans le ressort de l'abbaye de Cluny : il était à la nomination seule de l'abbé ; ses sentences relevaient, pour les appels, du parlement de Paris. — Voy. Piganiol de la Force, Description de la France, Paris, Legras, 1722, t. 3, p. 517,
(2) Indicateur héraldique.
(3) V. de La lloque, Traité de la Noblesse, ch. 41 : De la noblesse des secrétaires du Roy.
'V Philiberte de la Martine, femme d'Antoine de la Blettonière, lieutenant particulier enFElection (1).
4° Anne de la Martine , femme de Simon Dumont, élu en l'élection.
5'' Françoise-Madeleine de la Martine , religieuse à la Visitation de Mâcon.
III . sPhilippe-E tienne de la Martine (2), seigneur d'Hurigny, conseiller, secrétaire du roi, marié le 19 juin 1657, à Claudine de la Roue, fille de noble Antoine de le Roue, avocat, et de Marie Galopin.
De cette union naquirent :
\ "^ Jean-Baptiste , qui va suivre ;
2" Philippe qui, marié en 1708, à Anne Constant, n'eut point d'enfants.
3° Ursule de la Martine, femme d'Antoine Desbois, seigneur de Choisi , bailli de Maçonnais , d'une famille bourgeoise de Cluny qui s'éleva rapidement au premier rang à Mâcon, où elle prit séance en la chambre de noblesse, le 29 juin 1697.
4*^ Marie de la Martine, religieuse à la Bruyère;
5^ Anne de la Martine, religieuse de Sainte-Elisabeth de Lyon.
IV. Jean-Baptiste de la Martine, écuyer, après avoir servi cornette dans le régiment de la Lande-Dragon, acheta une compagnie dans le régiment de Gévaudan-Dragon. Il épousa Éléonore Bernard , fille de M® Philibert Ber-
(1) La Bletonnicre, famillo alliée aux Albert, des armes desquels ils ont écartelé, descendant d'un bourgeois de Cluny au milieu du XVP siècle, était possessionnée à Igé. — Indicateur héraldique.
(2) Indicateur héraldique.
nard (1), conseiller au bailliag-e et présidial de Mâcon, secrétaire du roy, seigneur de Lavernette, et de Jeanne Bollioud de la Roche, sa femme. Il eut :
I ^ Jean-Baptiste qui suivra.
2^ Philibert de la Martine, capitaine au régiment de Piémont, chevalier de Saint-Louis (2).
II est rappelé dans l'acte de mariage de sa nièce, du 9 février 1756.
4^ Françoise de la Martine, morte jeune.
V. Jean-Baptiste de la Martine, volontaire, puis capitaine dans Villeroy, seigneur d'Hurigny, suivant l'acte de 1756; il avait épousé damoiselle Anne de la Martine, sa cousine, qui le rendit père de :
1 " Jeanne-Sybille-Philippine de la Martine , laquelle épousa, suivant contrat passé à Mâcon, le 9 février 1756, Puthod, notaire, messire Pierre de Montherot de Montferrand, chevalier, demeurant à Lyon, veuf en premières noces d'Elisabeth Richéry (3).
(1) La famille Bernard est sans contredit une des plus illustres de la ville de Mâcon.
SaintJulien de Baleurre, au xvi® siècle, Origine des Bourgongnons, Paris, 1581, in-f«, p. 366, disait d'eux : « Je ne pvis ny ne doibs passer sovbs silence l'aornement et singvlier Ivstre que les seigneurs Bernard (hommes novrris à la vertu) donnent à leur Mascon.... »
Elle est aujourd'hui très honorablement représentée par MM. Bernard de Lavernette et leurs enfants. — Voir dans M. Arcelin, Indicateur du Maçonnais, la glorieuse notice consacrée à cette noble et antique maison qui remonte au milieu du xv* siècle, fut toujours richement possessionnée, alliée aux meilleures familles du pays et revêtue des charges les plus honorables de noblesse.
(2) Acte du 22 novembre 1751.
(3) Histoire de la Curée, généalogie de Montherot, Preuves.
Il fut constitué à la future une somme de 34,000 livres en contrats de constitution de rente à 5 pour °/o, ensemble la terre et seigneurie d'Hurig-ny avec les châteaux, domaines, etc. , en dépendants.
Dame Marie- Anne de la Martine, veuve de messire Claude Chambre, trésorier des Etats de Maçonnais, constitua à la demoiselle future, sa petite-fille, par donation entre vifs, une somme de 6,000 livres qu'elle lui avait léguée par son testament.
De ce mariage naquirent :
A. Pierre de Montherot de Béligneux, garde du roy de la Compagnie écossaise.
B. Jean-Baptiste-Marie de Montherot, mort à Dijon le 20 août 1850.
c. Marie-Jeanne de Montherot, mariée à M. de Malmont, sans enfants.
2*^ Marie-Anne de la Martine , mariée à Pierre-Abel
Desvignes, seigneur de Davayé.
S'' Ursule de la Martine, mariée à N... Pâtissier de
la Forestille.