‹ Lamartine inconnuChapitre 42 sur 50 · CIRCULAIRE DE MON GRAXD-PÈRE EN · texte numérisé non relu

CIRCULAIRE DE MON GRAXD-PÈRE EN

ATon aliud discordantis patriae remedium fuisse, quam ab uno regeretur.

Tacite, Annales, lib. I.

a Tous les jours, depuis les heureux événements de la capitale, j'entends parler Constitution; chacun veut être un Solon, un Lycurgue, et cherche le meilleur des gouvernements possible. Cela est bien nature) : chaque individu ayant fait l'expérience funeste des deux formes de gouvernement les plus oppressives et les plus horribles, l'anarchie populaire et le despotisme militaire, voudrait avoir la certitude de ne plus retomber dans un de ces deux gouffres. Si nous jetons les yeux sur les Grecs et les Romains, nul de nous n'enviera de bonne foi leur existence passée. Nous verrons que tous ces peuples qui n'eurent pas de roi aimèrent la liberté jusqu'à la fureur; aussi quelles précautions ne prirent-ils pas, « comme à Athènes, pour qu'un citoyen ne fit c pas bâtir sa maison plus magnifiquement que celle d'un autre ; « comme à Sparte, pour empêcher qu'un citoyen se distinguât « par le moindre luxe ; comme à Rome, pour empêcher qu'il eût « de trop vastes possessions ou qu'il ne distribuât du pain en « public; comme partout, pour qu'un citoyen n'eût pas ostensio blement une trop grande faveur populaire ; et de là, comme l'a « observé un auteur judicieux, combien d'injustices en tous u genres! Quelle ingratitude envers les bienfaiteurs de la patrie! « Quelle altération, que l'égarement dans les principes et dans « tous les cœurs, lorsqu'on se crut obligé de récompenser les « plus grands services, le salut même de la patrie, par l'exil, « la proscription et la mort! C'est que ces peuples n'avaient pas « de roi ! »

« Chez eux, la vertu d'Aristide fut un motif de proscription. Ils furent continuellement en guerre avec eux-mêmes ; et en

parlant sans cesse de liberté, ils porlèrent partout Yesclavage et la désolation.

u II me semble que l'expérience nous prouve assez que tout ce qui tient aux formes républicaines emporte avec soi de graves inconvénients, et ne produit jamais aucun bien. Xos pbilosopbes modernes se sont en partie défiés de ces théories politiques parce qu'ils se sont souvenus de leurs résultats chez les anciens. Nous qui venons d'en être les victimes les plus déplorables, on veut encore nous fasciner et nous persuader que c'est là le palladium de la France ! Xon, vous ne réussirez pas, charlatans politiques; on aperçoit à travers vos productions absurdes la fine pensée de vos vues ultérieures. La France veut un roi qui puisse faire son bonheur; nous ne voulons plus de ces combats continuels de l'autorité royale avec votre peuple souverain ; vous savez qu'un pareil accord est une chimère, et que toujours une des deux puissances empiétera sur l'autre. C'est la marche ordinaire des passions ; toutes les fois que vous aurez un roi ferme, votre Constitution ne sera qu'une ombre vaine s'il le veut ; si, au contraire, un roi faible tient les rênes du gouvernement, il se trouvera toujours dans le Parlement un certain nombre d'intrigants, d'orgueilleux, de malintentionnés qui entraveront l'action du roi ; et de là tous les désordres, tous les crimes qui bouleversent les sociétés. Je vous défie, grands politiques, d'éviter ces deux écueils que vous placez au milieu de votre rêve philanthropique. Tenez, croyez-moi, suivez les leçons de l'expérience ; elle seule est infaillible; eh bien, elle nous apprend que Rome fut heureuse sous Xuma, Titus, Trajan, Antonin, etc., et qu'elle fut toujours malheureuse sous ses consuls. Il ne faut qu'un seul pilote à un grand vaisseau ; s'ils sont plusieurs, je crains les écueils. Mais vous voulez une Constitution ! n'en avez-vous pas une aussi ancienne que la monarchie"? Vos États généraux n'ont-ils pas cette forme républicaine que vous désirez tant? et toutes les fois qu'ils ont été convoqués, n'ont-ils pas donné presque toujours les preuves du danger d'une troupe d'hommes réunis avec des pouvoirs spéciaux? Votre Corps législatif ne peut-il pas remplacer

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les États généraux? et au lieu d'avoir un théâtre permanent, il sera périodique.

« Soyez-en sûrs, ô mes concitoyens! un homme qui n'a qu'un hut l'atteint plus facilement que deux ou trois cents individus qui ont chacun le leur en vue et qui y subordonnent toutes leurs démarches. Au reste, il n'est pas difficile de prouver que l'intérêt d'un roi se trouve identifié avec celui de son peuple, et qu'un roi ne peut être réellement heureux que du bonheur de sa nation. N'avez-vous pas une autre garantie dans la religion que professent nos rois? Non seulement elle leur dit de proléger leurs frères, mais encore elle leur en impose l'obligation. N'avez-vous pas encore ces vieux principes d'honneur si puissants chez les Français, et tous les principes conservateurs des Etats qui font Yopinion, celte reine du monde qui commande plus impérieusement encore aux monarques qu'aux sujets? Voilà, ô sénateurs ! la garantie des droits que la nature a donnés à tous les hommes. Rétablissez la morale publique que vous avez corrompue, et cette religion sainle, cette morale évangélique qui nous dit de vous pardonner le mal que vous nous avez fait. Convenez que pour éviter un scandale politique vous devez quitter celte chaise curule que la majorité d'entre vous a déshonorée ; tous vos actes déposent contre vous ; ils ont proclamé au monde entier votre nullité pour faire le bien et le vice inhérent à votre institution même. Redevenez des hommes après avoir été des sénateurs : soyez utiles à votre roi, à la nation, par un sincère repentir, et regagnez par là l'estime de la nation que vous avez perdue. Vous voulez de l'argent; vous demandez que l'on sanctionne vos rapines? Eh bien, âmes vénales, restez gorgées de nos dépouilles, mais fuyez les approches du trône de Louis XVI!...

« Pour nous, véritables Français, à la voix du Roi, nous presserons nos rangs autour de son auguste personne, nous saurons soutenir l'œuvre commencée. Les paroles royales en réponse à une lettre de Buonaparte sont gravées dans tous nos cœurs : « Je « vous sais gré, Monsieur Buonaparte, des actes utiles d'adminis- « tration que vous pourrez faire pour mon peuple; mais je veux

■ transmettre la pensée de François Ier à mes successeurs les « rois de France, celte pensée consolante :

« Tout est perdu, fors l'honneur. »

a Qui n'est enlevé par une pareille réponse, et qui peut se défendre de faire retentir le cri chéri des bons Français : « Vive a Louis XVIII! vivent les Bourbons! »

• Confolens, 1er mai 1814.

« De Chamboraxt, adjoint du maire. »

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