II PRÉFACE
souvenirs qu'il renferme, semblent ofirir un véritable intérêt pour tous , par la nature et par la forme des sentiments qu'il exprime, il n'en est pas moins fait d'abord pour le cercle particulier des parents et des amis.
Voici son origine :
En 1887, au milieu du mouvement de justice qui s'accentuait déjà en faveur de Lamartine, j'ai été particulièrement frappé de cette tendance nouvelle par la lecture de la Semaine littéraire parue dans le feuilleton de la Gazette de France du 2 octobre.
Dans ce feuilleton, et à propos du livre de M. Alexandre sur Madame de Lamartine , l'éminent critique Armand de Pontmartiq , que l'esprit de son temps avait entraîné trop souvent à des jugements si injustes sur l'auteur des Méditations, y laisse cette fois son cœur s'élever à la hauteur de son talent. Il ne félicite pas seulement M. Alexandre d'avoir rendu justice à la noble femme du grand homme, il se sent pris d'une certaine équité pour le grand homme luimême et fait des vœux pour que « l'on répare une injuste disgrâce, en replaçant sous leur vrai jour non seulement les chefs^'œuvre de Lamartine, mais les épisodes de sa noble vie, l'atmosphère de pureté, de tendresse, de piété, de vertu où il est né, où il a grandi et dont il garda toujours le mystérieux
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parfum ; sa mère si incomparable que, pour louer le fils, il suffit de rappeler qu'il fut digne de sa mère; Us belles amitiés qui lui furent ^fidèles dans l'adversité et qui auraient été moins vivaçes si elles avaient rencontré, chez l'homme qui les inspirait, la sécheresse du cœur » .
En lisant ces dernières lignes, il m'a semblé qu'un appel direct m'était adressé.
Sans aucune qualité pour intervenir dans les autres questions , je le reconnais humblement , mon droit se retrouve tout entier quand on demande des preuves de la bonté, de la tendresse de cœur, de la magnanimité de Lamartine.
Parmi les amitiés qui lui sont restées fidèles à travers toutes les adversités, jusqu'après la mort même, je ne crains pas de l'affirmer, il n'y en a pas eu de plus vivace que celle de mon père.
Et Lamartine lui rendait son afiection dans une tendre et confiante réciprocité qui ne s'est pas démentie un seul instant et que caractérise bien cette phrase d'une de ses lettres à mon père en 1852 : tf Vous serez fna sève datUomne, »
Mon père, hélas! n'est plus. Il ne peut apporter lui-même son témoignage.
Je viens le faire à sa place» Et j'apporte le mien avec le sien ; car^ moi aussi, pendant vingt ans>
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j*ai été l'objet des constantes bontés de Lamartine* Dès 1855, il me plaçait à côté de mon père dans un codicille de son testament, qui, pour avoir perdu par suite de circonstances fortuites toute sa valeur légale, n'en a pas moins conservé toute sa valeur morale comme témoignage particulier d'estime et d'affection.
En 1863, il suivait avec le plus bienveillant intérêt mes espérances d'avenir dans la carrière militaire qui semblait alors s'ouvrir brillante devant moi; il terminait une lettre à mon père par ces mots touchants : « Mille bonnes espérances pour votre fils; dites-lui de prier pour ma santé, car il perdrait en moi le plus chaud et le plus convaincu de ses amis, n
En. 1864 enfin, malgré son deuil, sa tristesse, ses souiïrances physiques et morales, et les habitudes sédentaires qui en étaient devenues la conséquence, il accepta avec joie d'être témoin de mon mariage, et mit ainsi le comble a des bontés qui se sont mani-, Testées pour les miens comme pour moi jusqu'à ses derniers jours.
Il me faudrait une véritable sécheresse de cœur pour ne pas me souvenir ; et je me souviens.
J'ai le devoir de le faire sans bruit inutile, mais assez haut cependant pour que l'Histoire sache où
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elle poarra trouver certaines vérités qu'elle ne pos-* sède pas encore*
D*ailleiirs» mon silence ne serait pas seulement coupable envers Lamartine ; il le serait aussi envers mon père et ses descendants.
En dehors des exemples d'une vie toujours honorable et des services d'une vie souvent utile, mon père, en méritant une amitié aussi illustre, a marqué son nom d'un lustre nouveau.
C'est la part morale de son héritage ; elle n'est pas la moins précieuse.
J'honore mon père, et je m'honore, ainsi que les miens, en faisant acte d'héritier sur cette part d'héritage comme sur les autres.
Un troisième motif m'imposait encore de parler.
Quelque humble qu'il soit, quelque petite place que puisse prendre sa parole au milieu des clameurs du siècle, tout bon citojen, je crois, a le devoir de laisser monter à la lumière la somme de vérité qu'il possède au sujet des hommes vraiment illustres de sa patrie, afin de les faire mieux connaître, mieux apprécier, mieux aimer.
C'était donc accomplir un semblable devoir que de travailler à replacer la noble figure de Lamartine sous son jour véritable ; que d'essayer de le montrer tel qu'il était vraiment, c'est-à-dire aussi grand par