Des Gogoets, p. igg, aoo
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LA VEILLÉE DES ARMES
dans les étoiles. « Vous êtes, lui dit-elle, un de ces hommes que j^attendais, que la ProTÎdence m'envoie, et qui ont une grande part à accomplir dans ToBuvre qui se prépare; bientôt vous retournerez en Europe ; FEurope est finie, la France seule a une grande mission à accomplir encore; vous y participerez^... x>
Quand Lamartine vint prendre possession de son siège législatif, la France était gouvernée par le cabinet connu dans rhistoire sous le nom de ministère du il octobre. Constitué à cette date en 1832, ce cabinet, dont Broglie, Guizoi et Thiers faisaient partie, avait réussi à assurer le vote de lois importantes et à rendre au pays une tranquillité dont les premières années du règne de Louis-Philippe n'avaient pas connu le bieniait. La confiance renaissait. Pouvait-elle être de longue durée? C'est encore Lamartine qui, dès 1830, avait entrevu la vérité. «Tout marcherait si on peut surmonter les dubs. » Guizot, au commencement de février 1833, croyait les clubs morts et, avec eux, les émeutes et la propagande révolutionnaire. Les événements devaient donner à cet optimisme un sanglant démenti. En attendant, et même vers la fin de Tannée, malgré la crise prochaine, Thiers s'associait à la confiance de Guizot.
Lamartine eût été pour le gouvernement une recrue d'importance. Thiers s'efforça de le conquérir. J'ai dit comment, au lendemain des journées de Juillet, il mit toute sa grftce à le rallier au parti des vainqueurs. En 1832, il lui écrivait dHm ton qui laissait supposer la conquête à moitié faite : « Nous sommes, vous et moi, fort amis de la liberté et de la monarchie, mais aux conditions de la force, de la dignité, de la justice, de la légalité, de la clémence, etc. Nous devons vouloir des hommes qui n'aient aucune des haines routinières de la Révolution ou de la Restauration.... Venez donc, je vous en conjure, au nom de notre parti, de ce pauvre yc»/a milieu tant maltraité. 9
Cet appel coïncidait avec la candidature de Thiers à l'Académie où il avait besoin, pour vaincre, de l'appui de Lamar-
t. Voyage en Orient^ I, a6a.
tine. Mais, en décembre 1833, il le lui renouvela dans un hut politique. Il alla Toir le poète, essaya de lui démontrer ]A fausseté de sa situation^ indécise, instable et impuissante entre les partis, et déploya pour Tenrôler dans le parti du gouyemement toutes les ressources de son éloquence séduisante et habile. Lamartine fut touché par une démarche où sa vanité et son ambition trouvaient leur compte, mais les sentiments qu'il avait exprimés dans sa lettre de démission au comte Mole étaient trop profonds en lui pour qu'il pût céder : il refusa d'aller à la Cour.
Où irait-il?
Les chefs de l'opposition radicale lui firent dans les couloirs un accueil empressé, mais c'était moins, dans les circonstances de Theure et avec le passé trop récent du fonctionnaire de Charles X, une invitation qu'une politesse.
Quant aux légitimistes, Lamartine ne pouvait ni comprendre ni approuver leur attitude. Combien de fois, depuis la Révolution de Juillet, n'avait-il pas exprimé dans ses lettres à Virieu sa déception et son irritation! Pour détruire le gouvernement établi, les légitimistes, qui le considéraient comme un gouvernement de trahison et d'usurpation, ne reculaient devant aucune coalition. Berryer ne dirigeait pas ce parti. Il était moins son chef, capable d'action calculée et suivie, que son orateur, souvent entraîné lui-même, et doué d'ailleurs d'une puissance de tribune incomparable. Lamartine a laissé sur les légitimistes et sur Berryer des pages admirables où ses regrets, j'allais dire ses espérances déçues, sont empreints de sévère amertume. Postérieures de treize ans à la Révolution de 1848, elles empruntent une signification particulière à la date où elles furent écrites. «• Être ce que l'on est, voilà la première force des vrais partis ^ »
Le parti de La Fayette n'avait rien non plus, ni dans ses doctrines ni dans ses hommes, qui pût tenter Lamartine d'y chercher un abri.
Donc, où iraitril? A des amis qui lui demandaient où il
1. Criliqae de VHUloirt des Girondin», XXVIII à XXXI. Voir aaasi, dans Lamartine par lui-même, le chapitre zlyii, p. 345.
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siégerait, il fit la réponse célèbre : « Au plafond, car je ne vois de place publique pour moi dans aucun parti. » 11 a parlé dans ses Mémoires d'un de ses collègues royalistes, M. DeshermeauXy qui partageait ses propres sentiments et sous les traits duquel il s'est en réalité dépeint lui-même. « Il était de ce petit nombre d'hommes qui ont assez d'indépendance pour savoir rester seuls, assez de talent pour se faire leur place à eux-mêmes, assez de vertu publique pour braver du haut de leur conscience les colères et les mépris des partis qui n'ont de force que leur nombre et qui ne savent que dénigrer et applaudir ceux qu'ils sont incapables de comprendre et indignes d*imiter. »
Lamartine entra dans la salle des séances en même temps que La Fayette, avec lequel il causait. Le général alla s'aaiseoir sur les bancs de la gauche avancée. Lamartine ne le suivit pas. Â défaut de la première place sur le premier banc à droite, que la questure put seulement lui donner en 1842, il occupa « sur l'un des bancs les plus élevés et les plus infréquentés de la droite une place solitaire et neutre ». M. Henry Cochin dit que cette entrée fit sensation. Je le crois sans peine. Quand on a écrit les Médilalions et les Harmonies^ on ne saurait passer inaperçu la première fois que Ton pénètre dans une assemblée parlementaire, Lamartine n'attendit pas longtemps pour satisfaire la curiosité que sa présence éveillait : entré à la Chambre le 23 décembre 1833, il y prononça le 4 janvier 1834 son premier discours.
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