‹ Lamartine, orateurChapitre 25 sur 108 · CrUifuû de FBUIêire des Gitvndku^ XZXH · texte numérisé non relu

CrUifuû de FBUIêire des Gitvndku^ XZXH

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D'où lui Tenait cet instrument? Pas de ses ancêtres. Je n'en trouve pas un à qui Ton puisse rattacher ses dons oratoires. Il était un génie spontané.

On peut croire qu'enfant il avait déjà révélé ses aptitudes. Sa mère raconte qu'en 1804, ayant quatorze ans, il fut chaîné à Belley de prendre la parole dans une cérémonie. « Il doit jouer un rôle d'orateur demain dans les exercices que les Jésuites font faire à la fin de l'année d'études, en public, à tous les meilleurs écoliers. Cela me trouble autant que si c'était moi qui devais faire le discours. » Elle ne nous dit pas comment le jeune orateur s'acquitta de son rôle. L'année suivante, il remportait, avec d'autres trophées scolaires, les prix de discours latin et de discours français.

En 1828, au retour de Florence, ses compatriotes lui font une entrée triomphale dans Saint-Point. Il y a des vers, des discours, des devises. Il faut remercier et répondre. La lettre du 25 novembre où il raconte à Virieu sa réception ne laisse pas entendre qu'il ait éprouvé un embarras. « Arrivés au chftteau, j'ai répondu par une harangue où j'ai prêché Dieu, le roi et les honnêtes gens. J'ai arrosé mon éloquence de deux tonneaux de vin« puis un déjeuner de cent soixante couverts. La cérémonie n'a fini qu'avec le jour. Rien n'était ni commandé ni inspiré, tout spontané. »

En 1829, l'Académie de Mftcon tient une séance publique où il doit dire des vers. La réunion est imposante : on est venu des environs, et tout ce qui compte en ville est présent. Sa mère raconte : « Quand son tour est venu, on a applaudi d'avance, on s'est écrié qu'on voulait le voir, il s'est levé avec convenance et a commencé à faire une petite improvisation en prose pour attirer la bienveillance de ses concitoyens et dire combien il était sensible à leurs suffrages; cet exorde a plu excessivement; les applaudissements ont été très vifs. » (21 septembre.)

Tels sont ses débuts. C'est peu de chose. On ne saurait dire qu'avant de monter à la tribune il ait eu l'occasion de faire l'expérience de sa facilité, de sa voix, de sa diction, de son geste. Sa campagne électorale, en 1831, menée, surtout par ses amis, ne lui a pas fourni cette occasion. D'ailleurs,

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LES DÉBUTS A LA TRIBUNE

si Ton songe qu'il y a exactement 473 électeurs inscrits, on comprend qu'elle a été faite de visites individuelles en dehors de l'action collective des réunions.

Néanmoins, sans l'avoir éprouvée, il sent en lui une force impérieuse dans laquelle il a une extrême confiance. Il dit à Dargaud : « J'influerai par la parole sur le gouvernement de mon pays. Ma vocation n'est pas seulement, comme vous le croyez, une sollicitation de mon talent, qui chercherait à se développer en se variant; non, cette vocation est plus qu'un désir, elle est une faculté vraie, une faculté plus déterminée, plus énergique, plus fougueuse qu'une faculté poétique. Les hommes de l'antiquité nous donnent l'exemple. Ils avaient plusieurs génies. Ce que je serai, d'autres l'ont été avant moi. Il n'est besoin que de résolution ^ »

C'est donc une vocation irrésistible qui fait de Lamartine un orateur. Chez Victor Hugo l'éloquence est une fantaisie d'amour-propre et un jeu de volonté; chez Lamartine elle est un don spontané et naturel. Lui est-il interdit de devenir tribun parce qu'il est poète? Il ne le croit pas et il ne le veut pas. Mais un sûr instinct l'avertit de ne pas confondre les genres et de ne pas apporter dans la politique, où le guettent la jalousie, la malveillance et l'ironie, les richesses de son imagination poétique. A Dargaud, qui lui dit : « L'éloquence parie, si la rhétorique développe », il réplique avec une absolue justesse : « Cette distinction que vous faites entre la rhétorique et l'éloquence est incontestable. Elle s'applique même à la poésie. Ainsi moi, qui ne suis pas rhéteur, j'aurai à écarter les circonvolutions de l'image quand j'aborderai l'éloquence'. »

Physiquement, quel est-il? La taille, le port, l'allure, ne font pas l'éloquence, l'exemple de Thiers en est parmi bien d'autres la preuve décisive; mais ils peuvent produire une impression qui prédispose en faveur de l'orateur. Ces qualités extérieures, Lamartine les possède. Ses contemporains en font réloge, mais ici encore il faut laisser la parole à Dargaud dont le portrait, écrit en 1831, est singulièrement vivant.

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