Des Gognetfl, p. i
« M. de Lamartine est grand, beau et svelle. Il a toujours Tair de s'âancer. Son pied ferme et léger à la fois se pose sans appuyer et laisse une noble empreinte* Sa main est une main d'artiste et de gentilhomme, merveilleusement faite pour tenir une plume ou une épée, pour frapper le marbre d'une tribune.. . Il est familier et éloquent, négligé et lyrique. On ne pourrait être insensible soit à Texpression de sa figure fine et distinguée, soit à la sonorité inimitable de sa voix de poitrine. Ses cheveux châtains à peine a^entés surmontent son front où réside la sérénité. L'inspiration y bat ses rythmes. Son nez est d'un aigle, ses lèvres sont d'un orateur autant que son regard d'un poète. Sa bouehe est grande, bienveillante et d'un agrément infini. Elle tonnera peut-être sur la France et sur TEurope, mais elle sait sourire à une vierge et à un enfant Souvent, et surtout l'automne, dans la saison de ses labeurs inépuisables, ks yeux de M. de Lamartine, où le bleu se mêle un peu au gris sombre, roulent comme le ciel tantôt des nuages noirs, tantôt des pans d*azur, puis s'illuminent de soudains éclairs ^ »
Ainsi préparé et ainsi doué, Lamartine ne sut pas attendre. Plus tard il a regretté de ne pas s'ôtre imposé avant d'aborder la tribune, a terrain mobile et trompeur », un silence d'obaei^ vaticm et de tactique. II voulait la prendre d'assaut La discussion de l'Adresse, dont la généralité permettait d'aborder tous les sujets, lui offirait une occasion favorable: son impatience ne la manqua pas.
Comme Chateaubriand, il avait rapporté d'Orient des images^ mais, plus que Fauteur de V Itinéraire^ il en avait rapporté des idées. Ce voyage, en mûrissant son esprit, l'avait élargi et poussé vers de nouveaux problèmes. La question d'Orient, dont il avait pu étudier sur place les éléments complexes, lui apparaissait comme le problteie capital de la politique extérieure. Il en fit le sujet de son premier discours. (4 janvier 1834.)
Son apparition à la tribune provoqua un vif mouvement