‹ Lamartine, orateurChapitre 75 sur 108 · Il (aui rappeler ici un vers des Nooiêsima verba · texte numérisé non relu

Il (aui rappeler ici un vers des Nooiêsima verba

J'aime à jouer ainsi mon ime avec le sort.

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quelle pensée répoadent ces murmures, mais que, s'ils supposent en moi une pensée d'adulation....

« De toutes parts. — Oli! nonl nonl

« M. DE LAMARTiNfi^ — Eh bîe&l je vous deomide pairion de m'ôtre trompé à la signtfioatioB de rinterraption et je reprends.

« Je disais, en sincère républicaiB, en homme qm ne peut pas être désormais autre chose, je disais que, sous us certain rapport, j'avais eu peut-être à sne réjouir dans ma pensée d'uAe élection à laquelle j'arns répugné m fortemenl; d'avance, et qu'il y avait peut-être qiîelque bénéfice pour cette nouvelle République, dont il noius faut iiaplanter le nom avec la chose à la fois dans notre pays, ii se revêlir d'un certain prestige déjà acquis par Timagination des populations, et à acclimater la liberté par la gloire. »

En attendant que les événements vinssent doniMr à cetle confiance le brutal démenti du Coup d'Éiat, il £aut dumoios rendre à Lamartine cette justice qu'il ne déserta ni la cause de la Révolution de Février ni celle de la liberté. La défense de l'une et de l'autre fut l'iiœpiraftion commune diss disco«i!% d'ailleurs peu nombreux, qu'il prononça soit dans lea derniers mois de l'Assemblée Constituante, soit pendant la durée de l'Assemblée Législative, où il ne rentra, lui, l'élu de dix départements en avril 1848, que par une élection partielle du Loiret en juillet 1849. Entre lemois de janvier 1849 eiJe mois de mars 1851, Lamartine, qui fit d'ailleurs un nouvean voyage en Orient, monta setse ibis à la triiNUie. CoAseient de sa situation devant l'opinion, il ne voulait pas « latiguer la tribune de sa présence » ; il abdiquait tou4e part d'in* âuence et de pouvoir, mais son « honneur et son patriotisme » lui commandaient d'intervenir chaque fois qm la Révolution de Février ou les principes répoUtcains hd paraissaient courir un danger. Alors, comme le soldai de Virgile, il s'écriait avec une fierté courageuse : Me, me, adeum, ijui feci.

On Tentendit opposer la vigueur d'un raisonnement décisif à la proposition de Bastiat qui voulait établir l'incompatibilité entre le mandat de député et les fonctions de

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DE L'APOTHÉOSE A L'OUBLI

ministre et lutter, malgré les clameurs injurieuses de la droite, contre les conditions trop rigoureuses de la déportation substituée à la peine de mort en matière politique.

Sa faculté d'improvisation n'avait pas faibli. Le 23 février 1850, il entra par hasard dans l'Assemblée au moment où Thiers qualifiait de funestes les journées d*où la République était éclose. Cette épitbète le jeta à la tribune où il prononça en faveur de la Révolution de Février une allocution vibrante et indignée, dont une interruption presque grossière de Montalembert ne réussit pas à briser Télan. À la veille du second anniversaire des journées de Février, heureusement évoqué, il leur décerna, par opposition à Tépithète de Thiers, le titre de glorieuses^ faisant d'ailleurs honneur de cette gloire au peuple français, « qui avait couvert, le lendemain, de sa force et de sa magnanimité ceux qu'il regardait, la veille, comme des ennemis ». L'effet de cette improvisation est suffisamment -caractérisé par la mention du Moniteur, a Bravos et applaudissements à gauche. Un grand nombre de représentants se précipitent de leurs bancs pour féliciter Forateur et lui serrer les mains. Les membres de la gauche se lèvent tous et à trois reprises différentes poussent le cri de : Vive la République! »

Le S^3 mai 1830, Lamartine combattit le projet de loi de mutilation du suffrage universel dans un discours, mal ordonné et diffus, mais où son éloquence retrouva des accents et des lueurs admirables. Il parla, notamment, du socialisme avec une hauteur de vues, un courage et une clairvoyance d'où se dégageait, dans une claire vision de l'avenir, un programme de réalisations pratiques opposé au jacobinisme social et aux chimères impuissantes. Quand il somma les adeptes des théories révolutionnaires de se nommer, personne ne se leva. D'un autre cdté, il dénonça les conspirations ourdies en plein jour contre le gouvernement républicain et démocratique. Il prononça le nom de Monk. Un interrupteur parut s'étonner de ce souvenir. « Je souhaite, répliqua Lamartine, que, dans deux ans, vous ne me demandiez pas, monsieur, ce qu'avait fait Monk. » Ses conseils, qu'il prodiguait à tous, dans une crise déjà

LAMARTWB. tÇ

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ouverte, avec la sagesse d'un désintéressement insoupçonné, prenaient une forme magnifique : « Je voudrais, disait-il, qu'au lieu de regarder sans cesse et d'appeler les yeux de ce peuple vers des horizons nuageux, et par là même suspects à la sagesse de ces populations, je voudrais que le pouvoir, et la majorité, et Topinion conservatrice dans la République, que les feuilles et les organes qui dépendent d'eux, au lieu de regarder toujours vers les Tuileries, regardassent plus souvent vers cette modeste demeure de Washington, vers ce Mont-Vemon, dans laquelle le premier président de la République américaine repoussa toutes ces offres d'accroissement de pouvoir, de décimâtion du pouvoir du peuple, de prolongation illégale du sien, que des amis téméraires comme vous venaient sans cesse lui offrir, et où il conquit, au lieu d'un pouvoir précaire, la liberté pour un monde tout entier, et l'immortalité pour son nom {Vive approbation et applaudissements répétés à gauche) ».

. Il prodiguait au peuple les exhortations les plus pathétiques pour le détourner du « droit exécrable d'insurrection » ou du refus de l'impôt, qu'il dénonçait comme « l'insurrec* tion à domicile et la guerre civile portée au foyer de chaque citoyen ». Il lui recommandait « la justice et la patience : la {ustice qui donne l'opinion, et la patience qui donne le temps, ces deux éléments invincibles de la cause des peuples ». Et il terminait sur ces mots, qui entraînaient l'Assemblée dans des applaudissements unanimes : a Puissions-nous, messieurs, puissions-nous dans deux ans dire à ces détestables agitateurs de toutes les nuances, et je dis avec intention de toutes les nuances (Mouvement)^ à ces détestables pessimistes qui semblent se complaire à agiter le peuple, à prophétiser le trouble pour le faire n^ttre...« {Mouvement, — Très bien! très bien/), qui semblent tenter la sagesse du peuple, comme si cette sagesse était un reproche pour eux; puissions-nous dire dans deux ans à ces obstinés pessimistes qui semblent vouloir prendre la liberté en flagrant délit pour avoir le droit de la supprimer et de la punir.... {Bravos)y puissions-nous leur dire après deux années passées dans 4e calme, et en rentrant on en sortant de cette enceinte :

DE L'APOTHÉOSE . A . Lf OUBLI

a V^U8 Bxe% été trompés dans vos piopliéliea^ vous avez été déçus dans vos espérances ; vous avez donné «"endez-vons à la tempête, mais la tempête a été plus sage que voos, elle n'y viendcaipas! »

La tempête que Lamartine avait Voulu éearter naquit des conflits persistants entre TAssemblée et le pouvoir exécutif. Commest ces conflits n'auraient*ils pas existé eii:tre»deu3e. pouvoirs nés de la même source, investis Tun et l'autre par le. suffrage universel, inévitablement jaknfix,^so«pçonnMa eï\ rivaux? Lamartine avait une grande responsabilité dans^ cetto situation constitutionnelle à laquelle le génie de^ sa parola avait jsi puissamment collaboré. Quand ^ibeot à prendre parii,«le 16 janvier 1851^ sur la Comnnssicnatd'aBquêtb, qui* était UB/acte de 'défiance de rÂJ3sembIée*envef9 4e «pouvoir exécutif j il prononça, au milieu de Tagitation 'générale, ^un^ discours embarrassé dont il faut pourtant convenûrque le (on était plus favorable au pouvoir exécutif qu'à la. commission permaiiente. «Je crois toujours, disait-il, quand 'un homme élevé à cette hauteur profère, sans y être obligé, un nouveau sermeatà la République, et quand, en y manquant^ il aurait pour démenti, non pas seulement vos voix/ mais les voix de l'histoire et de la postérité.... » Un nuembre^de l'extrême gauche^ dont le Moniteur n'a pas conservé 4e nom, s'écrie : « Qu'est-ce que c'est que ça? » Cette interruption irrespec* tueuse et familière provoqua des rires. Elle potiait pourtant en elle le secret de l'avenir et l'histoire, une histoire prochaine ! devait lui donner raison contre la crédulité de Lamartine.

C'est le ^15 mars 1861 que Lamartine-prononça, sur un incident imprévu, son dernier discours.' Ub représentant,* M. Bàze^ avait accusé le Gouvernement provisoire « devoir impunément réorganisé ou plutôt désorganisé la garde nationale ». Lamartine prit la défense et fit l'éloge de la garde nationale, à laquelle il attribua, pour partie, l'honneur d'avoir a par son zèle spontané, son -dévommeat et son intrépidité gardé à la France le drapeau* qui fait fia «dignité, sa force. et sa nationalité ». Cette évocaiiondu jour le plus glorieux de sa vie valut à Lamartine do (connaître, pour la derhière fois, la joie des acclamations nna&imee.

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A partir de cette date, il se tut. Ce fut le journal le Pays^ dont la Guéronnière était le rédacteur en chef» qui reçut, jusqu'au coup d'État, ses impressions ou ses confidences. « Le journal, disait-il, est à la hauteur de la tribune. C'est la tribune en quelque sorte domestique, transportée au foyer de chaque citoyen. Le discours ne parle que rarement, le journal cause tous les jours; une conversation assidue est souvent ainsi plus persuasive qu'une harangue ». Devenu journaliste, Lamartine se couvrait de l'autorité de Mirabeau, « cet oracle de la révolution modérée », qui écrivait dans le Courrier de Provence^ en descendant de la tribune, « ses plus belles pages et ses plus éloquentes considérations ». A v^ai dire, l'exemple portait mal : Lamartine finissait comme Mirabeau avait commencé. Mirabeau déserta le journal pour la tribune : Lamartine abandonna la tribune pour le journal. Ses articles, dont la clairvoyance n'égale pas toujours le talent, étaient écrits d'un style entraînant ei, passionné où l'orateur prenait la revanche du silence qu'il s'était imposé. Pourquoi donc l'orateur se taisaitril? Les agitations et les intrigues d'une assemblée où il n'avait pas de parti, et qui supportait impatiemment ses conseils embarrassés dont une ferme direction était absente, avaient fini par l'inquiéter et par le décourager. Il était retombé dans l'isolement et dans l'impuissance. L'heure était passée du

... Tribun de paix soulevé par la houle.

Offrant, le cœur gonflé, sa poitrine à la foule Pour que la liberté remontât pure aux cieux.

<( Las des soleils », le grand homme désabusé voulait l'oubli dans la mort, cette mort dont les admirables strophes au comte d'Orsay avaient déjà appelé le jour prochain :

Que la feuille d'hiver, au vent des nuits semée, Que du coteau natal l*argile encore aimée Couvrent vite mon front moulé dans le linceul! Je ne veux de vos bruits qu*un soupir de la brise, Un nom inachevé dans un cœur qui se brise, J*ai vécu pour la foule, et je veux dormir seul.

Hélas I dix-huit ans s'écoulèrent* dix-huit ans d'abandon moral, de travail forcé et de détresse, avant que l'aigle, frappé au cœur, pût mourir et dormir seul 1

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LIVBE III

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