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Souvenirs et Portraits, I

LA POESIE ET LA VIE

la révolution : « Que faisons-nous donc, Messieurs, répondait-il à une députation d'étudiants, si ce n'est la plus sublime de toutes les poésies '■ » ? C'est l'interrègne de la poésie vécue. « Il faut à tout beau soir son Jardin des Olives" )). On connaît assez les amertumes progressives, où le triomphe de ces journées héroïques vint s'endeuiller et se faire presque oublier ; on connaît cette chute silencieuse et digne, cette vieillesse désolée, pauvre, ettenacement laborieuse, le nouvel « isolement » qui se fit autour du vaincu. Dans ses courts instants de relâche, le poète, rendu à lui-même, se reporta sans joie, sinon sans douceur, vers les années de jeunesse et les pensées de jadis. Ainsi poussèrent sur le tard quelques rares et précieuses fleurs de l'automne lamartinien, d'autant plus exquises aux délicats qu'ils sont seuls à en respirer le parfum. C'est la poésie du souvenir : les vrais « Recueillements », les voilà ! Souvenirs des anciens jours, des anciennes amours, des anciennes amitiés, des anciennes luttes, des anciennes victoires, — ce sont tous des retours attristés sur la vie, qui a trahi ses

1. Réponse à M. Edouard Dupont, parlant au nom d'une députation d'étudiants, 6 mars 1848, La Fraftce Parlementaire,

op. cit., V, 182.

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